Coopération, réciprocité, pardon.

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Bon, j'ai cherché sur le forum et j'ai rien trouvé de convaincant sur ce "protocole", ou plutôt cette stratégie. J'étais partagé entre l'idée d'écrire dans la section Communication, ou ici en Dynamique Social, mais puisque ça peut donner lieu à un éventuel débat j'ai opté pour cet emplacement.


Dans sa définition personnelle du charisme, Master Roshi aborde la notion de domination du "charismatique" sur le "suiveur". Se pose alors la question de savoir si une autre forme de rapport ne serait pas plus profitable aux deux sujets qui composent une interaction.

Vous avez peut être déjà entendu parler de la stratégie CRP, pour Coopération Réciprocité Pardon. Stratégie développée par le mathématicien et psychologue Anatol Rapoport. Bénéfique aux deux protagonistes, elle traduit non pas un jeu à somme nul comme le composerait une relation entre un gagnant et un perdant (ou un charismatique et un suiveur), mais une relation gagnant-gagnant ou les deux seraient bénéficiaires.

Citation:
En 1979, Robert Axelrod, professeur de sciences politiques, organisa un tournoi entre logiciels autonomes capables de se comporter comme des êtres vivants. Une seule contrainte : chaque programme devait être équipé d'un sous programme de communication lui permettant de discuter et d'interagir avec ses voisins.
Robert Axelrod reçut 14 disquettes de programmes envoyés par des collègues universitaires également intéressés par ce tournoi. Chaque programme édictait des lois différentes de comportement (pour les plus simplistes, deux lignes de code de conduite, pour les plus complexes, une centaine), le but étant d'accumuler le maximum de points. Certains programmes avaient pour règle d'exploiter au plus vite leurs voisins, de s'emparer par la force ou la ruse de leurs points, puis de changer rapidement de partenaires pour poursuivre cette accumulation de points. D'autres essayaient de se débrouiller seuls, gardant précieusement leurs points et fuyant tout contact avec ceux susceptibles de les voler. Des règles stipulaient : "Si l'autre est hostile, l'avertir qu'il doit modifier son comportement puis procéder à une punition." Ou encore : "Coopérer puis obtenir des défections-surprise provoquées par un système aléatoire." Chaque programme fut opposé 200 fois à chacun des autres concurrents. Celui d'Anatole Rapaport, équipé du comportement CRP (Coopération-Réciprocité-Pardon), battit tous les autres.

Encore plus fort, le programme CRP, placé cette fois au milieu des autres en vrac, s'avéra au début perdant devant les programmes voleurs agressifs, mais finit par être victorieux puis même "contagieux", au fur et à mesure qu'on lui laissait du temps. Les programmes voisins, constatant qu'il était le plus efficace pour accumuler des points, alignèrent en effet leur attitude sur la sienne.



Est-ce concrètement applicable dans une relation humaine ? A vrai dire je suis un peu mitigé. Une relation entre un homme et une femme comprend quand même beaucoup plus de paramètres qu'un simple échange de point entre ordinateurs. Assimiler un algorithme à des rapports humains semble un peu trop réducteur, ceci dit force est de constater qu'appliqué à la vie de tous les jours, ça propose une manière de fonctionner assez saine.

Il/elle est sympa avec moi, je suis sympa avec elle/il. Il/elle m'emmerde, je l'emmerde. Puis je pardonne, et on repart sur de la coopération. De cette manière on évite les frustrations qu'engendre la soumission, et on évite de se perdre de la rancœur et la rancune. Ça peut paraître un peu trop simple, voir absolu, trop rigide pour s'adapter aux explosions propre aux diverses personnalités qu'offre l'esprit de l'Homme avec un big H, mais appliquée avec un peu de souplesse et une bonne prise de recul c'est une stratégie qui marche plutôt bien sur le long de terme. Car, et l'expérience le prouve, les comportements les plus agressifs ne gagnent sur sur le court terme.

Citation:
Coopération, réciprocité et pardon (modèle CRP) : cette théorie fait figure aujourd'hui encore de "modèle" de comportement d'une insolente simplicité, à l'heure d'un certain pan-psychologisme ; elle a, à tout le moins, le mérite de proposer une réconciliation opératoire de la morale et de l'efficacité. Elle constitue un modèle intéressant, capable de produire sa propre auto-régulation, en particulier pour tous ceux qui, dans l'entreprise ou la vie sociale, ont pour fonction de créer du lien ou d'ouvrir des espaces de créativité collective, et qui considèrent que cela ne doit pas être fait à n'importe quel prix, en privilégiant l'auto-régulation sur la demande d'arbitrage.

Le modèle est en revanche beaucoup moins adapté pour faire face à des jeux psychologiques plus complexes, qu'il parvient tout au plus à neutraliser. Ce n'est pas sa fonction, et c'est très bien ainsi : s'il constitue en quelque sorte un modèle de gestion du "risque relationnel" sur un plan socio-managérial, il ne saurait, en revanche, permettre de "faire l'économie" du risque inhérent à toute rencontre, sur un plan plus personnel.

http://oliveretcompagnie.blogspirit.com/archive/2007/04/10/coop%C3%A9ration-r%C3%A9ciprocit%C3%A9-pardon-les-risques-du-m%C3%A9tier.html


Vous en pensez quoi de cette histoire ?
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • +1 le 01.02.12, 15h44 par Roshi
  • +2 (Très intéressant) le 03.02.12, 12h23 par FrenchKiss
  • +1 (Intéressant) le 06.02.12, 16h54 par Mikau

Citation:
Est-ce concrètement applicable dans une relation humaine ? A vrai dire je suis un peu mitigé. Une relation entre un homme et une femme comprend quand même beaucoup plus de paramètres qu'un simple échange de point entre ordinateurs. Assimiler un algorithme à des rapports humains semble un peu trop réducteur, ceci dit force est de constater qu'appliqué à la vie de tous les jours, ça propose une manière de fonctionner assez saine.

Il/elle est sympa avec moi, je suis sympa avec elle/il. Il/elle m'emmerde, je l'emmerde. Puis je pardonne, et on repart sur de la coopération. De cette manière on évite les frustrations qu'engendre la soumission, et on évite de se perdre de la rancœur et la rancune. Ça peut paraître un peu trop simple, voir absolu, trop rigide pour s'adapter aux explosions propre aux diverses personnalités qu'offre l'esprit de l'Homme avec un big H, mais appliquée avec un peu de souplesse et une bonne prise de recul c'est une stratégie qui marche plutôt bien sur le long de terme. Car, et l'expérience le prouve, les comportements les plus agressifs ne gagnent sur sur le court terme.




Ce modèle me parait aussi sain mais il a le défaut d'ignorer un gros de pan de réalité. Beaucoup de rapports humains équilibrés fonctionnent comme cela. Si tu as toujours fonctionné de cette manière, je comprend que ce modèle te parle plus que celui développé par Master Roshi.
Cela dit, il sous-entend justement que la relation soit équilibrée à la base et que les deux personnes aient une estime d'elles mêmes relativement bonne.

Malheureusement, c'est loin d'être toujours le cas. Beaucoup de gens ne se connaissent pas et rentreront systématiquement dans des relations inégalitaires avec la soumission et la frustration qu'elles entrainent. Ils n'ont aucun choix si tu vois ce que je veux dire.

En fait, ce modèle et celui de Roshi sont tous deux valables, ils correspondent juste à deux réalités bien différentes.

C'est intéressant, même si comme tu le dis, c'est un peu simple pour les humains. Néanmoins, il reste utile de préciser que malgré ce que les lunettes déformantes de gentil garçon amènent parfois à penser, le fait de toujours faire ce qu'on veut et d'amener les autres à le faire n'est pas forcément la meilleure stratégie. Etre déterminé est bon, mais vouloir être soi à tout prix est un objectif très narcissique qui, bien qu'il soit vital dans une certaine mesure, présente aussi ses effets secondaires.

Hum. Intéressant tout ça.

Holden j'etais entrain de preparer une réponse a ce post :

post266006.html?hilit=axelrod#p266006

En fait, le theoreme d'Axelrod est a l'equation de price ce que l'equilibre de nash est a la theorie des jeu de von neumann, un concept de solution.

Voir l’équilibre de Popper.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • 0 (OMG) le 01.02.12, 16h01 par Adoniis

On dirait un générateur de texte aléatoire, le lien que tu donnes.

Euh non o_O

Nikos Lygeros est Conseiller stratégique, Professeur des Universités, Expert Judiciaire près la Cour d'Appel, Professeur de stratégie à l'Académie de Police, Professeur de géostratégie à l'Ecole Nationale de Sécurité, Professeur à l'Ecole de Défense Nationale, Conseiller Scientifique du Ministère des Affaires Etrangères.

Voici quelques livres qu'il a écrit.

C'est aussi un mec avec un QI extrèmement élevé qui fait partie de Mensa et autres sociétés élitistes, j'avais vérifié qui c'était avant. Mais avoir un gros CV n'a jamais empêché quiconque de déblatérer un jargon ésotérique pour avoir l'air de dire des choses intéressantes. Voir par exemple l'ensemble de l'oeuvre de Lacan.

Edit: c'est quoi ces institutions, École Nationale de Sécurité, École de Défense Nationale ? Ça n'existe pas en France, donc je suppose qu'il s'agit d'institutions grecques ?

C'est vrai, tout le monde n'a pas le temps de vérifier les sources de Lygeros.

En fait c'est plutôt simple, pour avoir l'interaction la plus égalitaire possible il suffit d'appliquer le principe suivant : vous coupez la pizza en 2 et vous laissez l'autre choisir. Et inversement.

C'est le théorème du minimax dont l'application la plus didactique est le tir au penalty. On peut en déduire également la panenka de Crooked et dire que Zidane était "on Flow" ^^.

PS : Surement.

Master Roshi a écrit:
C'est intéressant, même si comme tu le dis, c'est un peu simple pour les humains. Néanmoins, il reste utile de préciser que malgré ce que les lunettes déformantes de gentil garçon amènent parfois à penser, le fait de toujours faire ce qu'on veut et d'amener les autres à le faire n'est pas forcément la meilleure stratégie. Etre déterminé est bon, mais vouloir être soi à tout prix est un objectif très narcissique qui, bien qu'il soit vital dans une certaine mesure, présente aussi ses effets secondaires.


@Master Roshi: c'est peut-être une fausse impression que j'ai, mais ce qui m'embête avec ton discours, c'est que des fois j'ai l'impression que tu estimes qu'il existe une meilleure stratégie comportementale, une stratégie gagnante à tous les coups, ou même qu'il vaut mieux être "gentil garçon" que "dominant", quelque soit la situation.

Non, il a dit que l'important c'est d'avoir un comportement adapté à nos objectifs et qe c'est une erreur que de vouloir absolument etre un dominant.

C'est une erreur car tout le monde n'en a pas la trempe à un instant T, et aussi parce que "leader" n'est peut être pas, pragmatiquement, ce qui va donner les meilleurs fruits dans une sutuation donnée.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • 0 (Merci ! :)) le 06.02.12, 11h18 par Iskandar

Effectivement, comme dit Smooth, c'est justement que je suis contre cette idée qu'un comportement A serait nécessairement meilleur que tous les autres, non seulement parce que les données réelles (non-fantasmées par des coaches sans qualification) ne permettent pas de l'établir, mais également parce que ce n'est pas forcément accessible à tous, selon leur tempérament.

Dans un sens la relation leader-suiveur est une forme de coopération.

Le modèle CPR me fait penser à une optimisation des interactions sur un mode sanction-récompense.

Les gens n'ont habituellement pas conscience de leur schéma d'interactions et n'ont pas forcément appris à interagir de manière différente. Ils en sont parfois incapables.

Au final, la meilleure manière d’interagir avec les autres prend en compte les schémas et les capacités d'interaction des autres avec notre manière idéale d’interagir.

En effet, l’équilibre n'est pas forcement le mode de coopération qui produit les meilleurs résultats, c'est pourquoi la domination existe.

Voir l'experience de Lewin.

Par contre il y a une chose qu'ils ne disent pas dans l'article je crois c'est que les pièces produites par le groupe au commandement autoritaire sont de moins bonne qualité.

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