Cyrano de Bergerac, l'AFC à la pointe de l'épée

Spoiler : ce post est fait pour ceux qui ont lu ou vu la pièce. Les autres, passez votre chemin !

Cyrano de Bergerac est un monument du patrimoine littéraire français. Une oeuvre forte, agréable à lire ou à regarder, et je me dois de le dire parce que je vais lui en coller plein la tronche :lol: Il y a en effet, pas dans la forme flamboyante mais dans le fond, dans les idées développées au fil de la pièce, quelque chose de joyeusement insupportable, qui titille ma conscience de player.

Je crois qu'on ne peut plus lire de la même façon cette excellente pièce de théatre quand on connaît la game. Paye ton AFC . Cyrano est touchant, son panache légendaire nous impressionne, mais il a quelque chose de pathétique... En y réfléchissant un peu j'en suis venu à la conclusion que Cyrano de Bergerac est un des plus grands AFC de tous les temps.

Tellement puissant, tellement vertueux, tellement noble, et tellement... con!
Je crois que c'est pour ça qu'il plait tellement aux adolescents. Il a une manière de DECIDER que tout est perdu d'avance à cause de son nez qui, à bien y réfléchir, trouve une résonnance avec les tares dont chaque ado se croit affublé. Son courage, son talent, ne lui servent qu’à saborder le navire.

Quant à son panache… Tiens, parlons-en de son panache :

Concrètement son panache ne lui sert qu’à obtenir des victoires inutiles. Regardons la célèbre tirade des nez (acte I, scène IV) : faire un scandale en public à un mec qui se fout de sa gueule ? Super. Il n’aurait pas pu le casser à la cool, non, c’était pas possible. Il fallait absolument qu’il se donne en spectacle devant le tout Paris, le tout les armes à la main pour être certain de passer pour un boulet.

La tirade du « non merci » (acte I, scène VII) : dire non au jeu des relations au sein de la cour ? Ok, bon bah après ça il n’y a plus qu’à rester dans son coin, bravo !

Quant à Roxanne et Christian alors là c’est la lose des grands jours. Cet imbécile vient en aide à son rival au lieu de tenter sa chance ! C’est d’autant plus idiot que chacun démarre la course à la Roxanne avec un malus : l’un a un nez ridicule, l’autre a une conversation de guichet automatique. Ironie de l’histoire, la belle accorde de l’importance à ce qu’un homme a dans le cœur et le cerveau (comme toutes les filles. Et comme toutes les filles elle veut un beau mec. Et comme toutes les filles, elle peut parfaitement tomber amoureuse d’un homme qui n’est pas parfait, puisqu’au final personne ne l’est)

Si je me souviens bien l’auteur a pris soin de placer les qualités morales et l’art du discours amoureux au plus haut des aspirations de son héroïne, histoire de forcer le trait. D’ailleurs la fin de l’histoire (très confuse pour des raisons de ressorts dramatiques), Roxanne se rend compte qu’elle aimait Cyrano depuis le début, et que ce mufle lui avait caché cette information qui pourtant lui paraît diablement intéressante…

Pour moi le personnage de Cyrano est le prototype de la mauvaise influence pour les jeunes. Et tout le monde s’en fout car en termes de mauvaises influences ça se bouscule sous le nez des ados, alors un inoffensif personnage de fiction, paré de toutes les vertus par-dessus le marché, qui donc irait perdre son temps à lui demander des comptes ?

Moi !

Cyrano est un perdant. Un vrai, pas quelqu'un qui galère, non, quelqu'un qui VEUT perdre. Il a été créé pour perdre de la manière la plus spectaculaire et émouvante possible, avec en prime une rage de vaincre qui force l’admiration, mais c’est criminel à mes yeux. Se battre de toutes ses forces pour perdre, c’est péché ! Vraiment pas un exemple à suivre.

Vous n’accomplirez rien en vous comportant comme lui! D’ailleurs au final il n’a rien accompli à part s’illustrer à la guerre, faire l’entremetteuse et s’enfermer dans la solitude.

Pour revenir sur la notion de panache, c’est une arme diabolique et rare qu’il a entre ses mains, mais il en fait un jouet inutile, entièrement consacré à une fierté mal placée.

Nous avons tous une fierté mais ce n’est qu’un outil. La manière dont on l’utilise fait souvent la différence entre la réussite et l’échec, entre le bonheur et le malheur, entre une personne adorable et un sinistre connard, entre supporter l’insupportable ou au contraire déclencher des guerres totales pour des broutilles. A méditer. Qu’est-ce que les gens font de leur fierté ? De la merde, le plus souvent.

La pièce demeure très agréable à voir ou à lire, pour le style, mais si on veut faire le plein d’alphatitude, on préfèrera un bon gros Michel Strogoff. Les exemples de héros alpha sont légion, mais je trouve que Michel Strogoff fait très fort. Et comme par hasard il ne fait pas le malin au fil de son aventure. Au contraire il avale son lot de couleuvres, mais il garde le cap et rien ne l’arrête, surtout pas une fierté mal placée.

J’ai écrit ce post pour le plaisir et aussi avec une certaine condescendance face à l’éducation nationale qui, je n’en doute pas, traite ce livre comme tous les autres, à savoir un outil joli et banal pour faire exécuter aux élèves une fiche de lecture plus ou moins pompée à droite à gauche, et surtout pas pour leur apprendre à penser. (Cette corvée a été exclusivement assignée aux profs de philo, ce qui permet aux élèves de ne pas réfléchir de toute leur scolarité et de se taper des siestes homériques pendant toute leur année de terminale…)

Le fait est que l’auteur a tout fait pour rendre son héros sympathique et admirable, c’est un parti-pris qui n’est pas critiquable et qui fait tout le piquant de son œuvre, mais ça donne au lecteur et à ses professeurs des gros thèmes de réflexion, qui à mon avis ne sont pas abordés en classe, faute de temps.

Je vous parlerais bien également de la princesse de Clèves, le porte-étendart de la superlose au féminin, mais j’ai la flemme. Désolé pour la parité homme-femme.

Un petit quatrain pour la fin, afin de régler mes comptes avec ce cher Cyrano que j’aimais bien quand j’étais ado :

Désolé l’ami j’en ai fini avec toi
Ton côté Don Quichotte a cessé de faire mouche
Je suis plus réaliste et vraiment ça me va
A la fin de l’envoi, je couche
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  • +3 (Like !) le 20.05.12, 12h48 par LittleNeapolis
  • +1 (Très intéressant) le 20.05.12, 23h58 par Innocent
  • +2 (lol) le 21.05.12, 03h23 par Ozone
  • +1 (Yep ! :)) le 21.05.12, 11h57 par Adoniis
  • +1 (Intéressant) le 24.05.12, 06h34 par JohnMcClane
  • +1 (100% d'accord) le 24.05.12, 11h11 par Nevermind
  • +1 (Intéressant) le 24.05.12, 20h46 par Robbie94
  • +2 (Like !) le 27.03.13, 10h58 par Marshall Ombre

Terrigan a écrit:
Cyrano de Bergerac est un des plus grands AFC de tous les temps.


Ce n'est qu'un petit joueur en comparaison du véritable Roi de tous les AFC de la création, à savoir Severus Rogue, de la saga "Harry Potter".

Image
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  • 0 (Tout à fait !) le 21.05.12, 10h19 par Terrigan
  • +1 (mdr !!) le 27.03.13, 10h59 par Marshall Ombre

C'est un beau specimen j'avoue. Cependant, à mon humble avis son sens de la stratégie et son style glacial le placent en-dessous de Cyrano!
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  • 0 (Il y'a du vrai...) le 21.05.12, 10h54 par Iskandar

Le prix du plus gros AFC catégorie théatre est usurpé et devrait être décerné à titre collectif à la moitié des personnages masculins de Marviaux. Eux à la fin de l'envoi, ils se touchent.

Moi Cyrano, je le comprends. Franchement, si j'en venais à faire des poèmes à ma cousine pour lui déclarer ma flamme, je pense que je me saborderais aussi parce que l'inceste, c'est pas top.

Hey Cyrano, toi contre 100 types pour sauver celui qui veut te piquer ta nana, ça te dit?
:challengeaccepted:
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  • 0 (mdr !!) le 24.05.12, 11h53 par Terrigan

En fait, moi ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi on analyse la littérature à l'aune de certaines théories sociales modernes.
On est quand même d'accord pour dire qu'entre l'art et la vie, y'a juste un gouffre, non ? J'adore Madame Bovary, j'ai pourtant pas envie de me marier avec un nul et de le tromper avec un encore plus nul ; je suis fan absolue de Belle du Seigneur mais je n'ai pas envie de me marier avec un petit fonctionnaire minable et de finalement me barrer avec un beau mec devant lequel je suis incapable de péter (je fais du mal à Albert Cohen là mais en substance hein...) ; bref : la littérature, ce n'est pas la vie. Les personnages ne sont pas des personnes, et ce qui est intéressant, c'est la manière de mettre en forme des histoires sorties de l'imagination d'un auteur. Pas la conformité avec la vie et les échanges sociaux qu'on connaît au quotidien.
Vous me direz : oui mais le réalisme, tout ça... Déjà, Cyrano ne fait pas partie des oeuvres réalistes ; ensuite, on aura beau chercher le naturalisme le plus fort et le plus profond, il n'en reste pas moins que la littérature, c'est avant tout une forme, un parti pris entre ce qu'on dit et ce qu'on ne dit pas, et qu'il y a donc fatalement distorsion de la réalité, quand bien même on essaie de s'y coller au maximum.
L'amour, c'est un idéal qui a été forgé, principalement, par la littérature et par l'art en général. Lire l'histoire d'un super player qui emballe, ça me ferait hautement chier, parce que ce qui est touchant en général, ce sont les losers. Moi, je serai toujours de leur côté en ce qui concerne l'art, parce que c'est eux qui sont le plus à même de nous faire ressentir de vraies émotions.
Oui, Roméo et Juliette c'est débile, à quelques secondes près ils ne crevaient pas tous les deux : oui mais voilà, s'ils ne crevaient pas, ce ne serait pas beau. Cyrano, s'il ne se sacrifiait pas parce qu'il est persuadé de ne pas être séduisant, il serait chiant. C'est ça qui est beau dans cette oeuvre (et dans la version adaptée au cinéma : je suis rarement friande des adaptations ciné mais celle-là, elle est vraiment bien foutue) : c'est que le héros n'en est pas un. Non, je n'aime pas les héros, les mecs sûrs d'eux, ceux qui savent tout faire et en sont conscients. Ils font de très piètres personnages de roman dont le seul intérêt est, en général, qu'on peut se moquer d'eux.
Oui, il faut que ce soit triste, que ça déconne, pour que ce soit beau. C'est effectivement propre à notre culture (lire à ce sujet l'Amour et l'Occident de Denis de Rougemont, très éclairant), mais voilà : j'adore Tristan et Yseut alors que les bluettes qui se terminent bien m'ennuient.
(D'ailleurs, le vrai Cyrano de Bergerac était un libertin adepte du langage grossier et homosexuel, alors vous voyez, entre la réalité et la fiction, bon...)
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  • +1 (Il y'a du vrai...) le 24.05.12, 20h46 par Robbie94
  • +1 (100% d'accord) le 05.06.12, 12h26 par SoulStripper
  • +2 (Instructif) le 23.06.12, 15h15 par Iskandar

Je suis tout à fait d'accord avec toi quand tu dis qu'on ne doit pas toucher à la valeur artistique d'une oeuvre. Si une oeuvre est belle on ne peut pas salir sa beauté en l'analysant avec des grilles de lecture qui ne concernent pas sa beauté. ça n'a aucun sens.

Cyrano est une oeuvre magnifique, je pense que je n'ai pas remis ça en cause. Tout ce que j'ai écrit se plaçait à côté.

Après tu parles beaucoup d'émotions et c'est ce que nous recherchons beaucoup dans une oeuvre, mais on a aussi le droit de réfléchir dessus!

Je me souviens en 4ème le prof de français avait organisé le procès du héros du lys dans la vallée, avec des procureurs et des avocats de la défense. c'était marrant et plutôt stimulant intellectuellement!

Les héros des grands classiques ne sont pas que des machines à faire vibrer, on les connaît tous et on peut s'interroger sur eux comme sur de vraies personnes. Les choix souvent extrêmes que les artistes ont fait pour assurer l'intensité de leur oeuvre rendent ces personnages exceptionnels, emblématiques, et mettent en lumière des traits de l'âme humaine qu'on voit moins clairement dans des personnes réelles. (sauf à taper dans les biographies)

On peut apprendre des choses d'un personnage de fiction, en bien ou en mal, avoir un avis sur ses actes.

Quant à plaquer des théories sociales modernes sur des oeuvres anciennes c'est casse-gueule en effet. Mais pour Cyrano si on enlève l'idée d'AFC, on ne peut plus connotée, le fait qu'il n'ait rien accompli de sa vie par fatalisme et excès de fierté me paraît intemporel.

Je ne te suis pas du tout quand tu opposes les personnages bourrés de failles aux héros invincibles. Entre les deux, il y a les personnages pleins de failles et qui arrivent à s'en sortir. D'ailleurs la ficelle est usée jusqu'à la corde ces derniers temps, grâce à l'industrie cinématographique et audiovisuelle américaine, et leur putain de culte commercial du happy end. Personnellement je n'ai pas de préférences.

Et puis merde on peut bien se foutre de la gueule des personnages de fiction. Ma mère a proprement défoncé Roméo et Juliette en disant que "de toute façon si ils avaient pu passer leur vie ensemble ils auraient fini par se balancer des assiettes à la tronche!"
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  • +1 (Pertinent) le 15.07.12, 06h53 par Iskandar

Ah mais je n'ai rien contre le fait qu'on s'en moque, loin de là ! Rien n'est sacré, à mon sens, et il est sain de s'interroger sur tout, et surtout lorsqu'il s'agit d'un patrimoine a priori intouchable.

Maintenant, je t'avoue que je ne suis pas très fan de l'analyse psychologique des personnages, d'autant moins quand on en arrive à les considérer comme des personnes. Lorsqu'il ne s'agit pas justement d'une biographie et de faits avérés, on est quand même en prise avec des êtres de papier qui n'existent pas ; et qui donc ne peuvent pas être analysés comme des êtres humains vivants.
On peut davantage à mon sens s'interroger sur la psychologie de l'auteur, même si là encore, ce n'est pas franchement ce qui me plaît le plus en littérature. Je trouve davantage intéressant, pour les romans contemporains ou pas trop vieux (à partir du 19e) de m'interroger sur les grilles sociales qui sont évoquées, sur la manière dont les personnages sont abordés, sur les thématiques qu'on présente que sur la psychologie d'un personnage qui par définition n'en a pas, puisque la psychologie, c'est ce qui est propre à l'âme humaine ; et un personnage de fiction ne peut pas en avoir. (désolée, un master de lettres ça laisse des traces !)
Tu vois, quand tu dis que Cyrano a tout foiré par fierté et parce qu'il n'y croyait de toute manière pas, j'ai envie de te dire : d'accord ; sauf que je parie que Rostand a voulu écrire, avant tout, une histoire d'amour impossible, dont on apprend aux dernières lignes qu'elle aurait pu l'être mais que les circonstances ont fait que. Je ne pense pas qu'il soit parti d'un personnage à la psychologie déterminée : il a adapté son personnage à l'histoire qu'il voulait écrire, et partant de là, la psychologie est contingente et n'a donc pas franchement de valeur si on essaie de l'analyser, puisqu'elle est factice et présente uniquement pour permettre à l'oeuvre d'aller dans le sens décidé par l'auteur.

Après, je suis d'accord pour dire qu'il existe dans la réalité des gens qui sont capables aussi parce qu'ils sont persuadés d'avoir un défaut indépassable, de tout rater parce qu'ils se diront constamment qu'il n'y a de toute manière rien à faire. Mais je pense que ça reste plus probant d'en parler en s'appuyant sur des cas réels, des expériences personnelles, que sur des fictions qui nous parlent certes de la réalité mais de manière détournée voire déformée.
Tu parlais de l'Education Nationale : je trouve bien plus intéressant d'orienter les élèves vers les intentions de l'auteur (il a voulu raconter une histoire tragique, et si je faisais référence à Roméo et Juliette ou Tristan et Yseut c'est pas pour rien : on est aussi dans le cadre d'un amour tout à fait possible mais qui va être compliqué par des agents extérieurs, et qui se termine mal pour des raisons de temporalité, de manière finalement assez triviale si on y pense bien : à 2 min près Roméo vivait et Juliette aussi), leur faire comprendre que le personnage a été écrit et conçu de manière à entrer dans un cliché littéraire fréquent, plutôt que de leur parler de la psychologie d'un personnage qui devrait avoir davantage confiance en lui, etc etc. Je dis pas que c'est inintéressant de dire aux gosses de s'aimer davantage et de tenter plus de choses dans leurs vies perso, mais si on veut leur apprendre la littérature, ça n'a pas grand intérêt ; ou alors il faudrait des cours de développement personnel mais eh, c'est pas pour ça qu'on me paie !
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  • +1 (Intéressant) le 25.05.12, 15h27 par Terrigan
  • +1 (100% d'accord) le 25.05.12, 15h30 par galatee

LuxLisbon a écrit:
Lire l'histoire d'un super player qui emballe, ça me ferait hautement chier, parce que ce qui est touchant en général, ce sont les losers. Moi, je serai toujours de leur côté en ce qui concerne l'art, parce que c'est eux qui sont le plus à même de nous faire ressentir de vraies émotions.

(…)

Oui, Roméo et Juliette c'est débile, à quelques secondes près ils ne crevaient pas tous les deux : oui mais voilà, s'ils ne crevaient pas, ce ne serait pas beau.


Tu viens de me confirmer un truc dont récemment je commençais à me douter. Je n’ai, mais alors pas du tout la même vision. Pire, ce n’est que récemment que j’ai réalisé que sincèrement, des gens trouvaient les loosers beaux (je sais, je dois paraître sacrément à côté de la plaque en disant ça…), confirmé depuis par un pote.
Tu pourrais détailler si tu peux STP. Qu’est-ce qu’il y a de beaux chez les loosers. Même du côté de l’art. Quelles « vraies » émotions sont-ils à même de nous faire ressentir ? Sincèrement, je ne comprends absolument pas. Je lirai le livre conseillé, mais si tu avais un peu de temps pour résumer l’essentiel en quelque lignes…
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  • 0 (+1) le 23.06.12, 17h39 par pastelle

Ah oh hum. Dire que Cyrano est le plus grand AFC de tout les temps, c'est conceptuel.

C'est une oeuvre grandiose, un chef-d'oeuvre de théâtre. Pour mettre en dramaturgie des histoires, il faut de l'extraordinaire et si on devait s'inspirer de la normalité qui fait le succès des vrais séducteurs, ça serait pas grandiose.
Les plus beaux chefs-d'oeuvre sont des histoires de héros a qui il arrive les pires misères du monde.

Donc même si l'analyse est jolie, pertinente, lorsqu'on a vu jouer Belmondo le rôle de Cyrano on a du mal à qualifier le perso d'AFC quand même.
Et quand Cyrano se joue de son nez, et en fait une des plus belles tirades d'autodérision du théâtre c'est quand même fort.

Venusian a écrit:
Et quand Cyrano se joue de son nez, et en fait une des plus belles tirades d'autodérision du théâtre c'est quand même fort.


Exactement, et d'ailleurs, avec un tel sens de la répartie , pouvoir humilier en public, aux yeux de tous, avec autant d'élégance et d'auto-dérision c'est digne des plus grands.
Mais il est vrai que le personnage de Cyrano est assez complexe et paradoxal dans le sens où il est capable d'être aussi bien un AFC qu'un alpha-male en puissance.

Je suis mitigé, Terrigan. Je vais faire un peu l'avocat de Cyrano, puisque personne n'a voulu défendre autre chose que son panache ou le style de l’œuvre. Moi, c'est pour le personnage-même que je veux m'engager... Mais je lui assènerai tout de même quelques coups à la fin. :wink:

Je pense que notre époque a perdu une capacité "d’enivrement" que possédaient encore les anciens. Dans notre époque désabusée, plus de chevaliers prêt à mourir dans un duel à cause d'une baffe, ou pour une noble cause.

Ce qui est beau chez Cyrano, c'est cette capacité à engager toute son âme et à risquer mille périls pour préserver l'image qu'il a de lui-même, et pour suivre ses propres valeurs. Il se sait être un prince, et il est prêt à affronter le monde entier pour préserver son idéal personnel.

Il ne se croit pas capable de séduire la fille, et tout en s'abandonnant complètement à son élan du cœur, dans un désespoir fou, il se sacrifie tout de même pour son concurrent. Pas par faiblesse; par magnanimité. Pourquoi il ne "tente pas son coup", en avouant son amour? Toujours par honneur: il ne peut souffrir, en tant que Prince d'âme, d'être ridiculisé.

Certes, il peut paraître ridicule, mais tel est la nature du dramatique, du pathétique, de toujours être à un doigt du burlesque.

Et c'est ce même burlesque qui fait la grandeur des héros, de ceux qui refusent de balancer un nom sous la torture, même celui d'une personne haïe, parce que ce serait s'abaisser à l'indignité, perdre toute valeur à ses propres yeux. Et le héros meurt heureux, grand d'avoir maîtrisé la mort, la souffrance et la peur, et lance un regard victorieux et moqueur au bourreau, qui est humilié par tant de noblesse... Enfin, vous m'avez compris (sérieux) :lol: ): ces héros ne sont pas des AFC, qui, eux sont guidés par la faiblesse et la peur!

Cependant, et c'est là que je rejoins Terrigan, il existe de nombreux héros qui ont cette force morale de faire plier le monde plutôt que de s'y plier, et qui cependant ne peuvent même pas éveiller le doute d'Afcisme ou pas, tellement leur force est évidente, et je les préfère largement à des Cyrano et à des Cid. Mon auteur préféré, Joseph Kessel, ne consacre sa plume qu'à de tels hommes, et il parle d'expérience, je vous conseille notamment le très beau et épique Les cavaliers, ou, plus connu, La condition humaine de Malraux, et enfin, l'histoire de Don Juan, qui ne cesse de défier les Cieux dans une exigence de liberté entière, et en mourra, puni pour ses blasphèmes...

Tous ces livres démentent l'avis de LuxLisbon selon lequel seuls les losers émeuvent, enfin en tout cas pour moi :wink: Pourquoi? Parce que le plus orgueilleux, le plus fier, le plus courageux des héros possède ses faiblesses humaines, et j'en suis arrivé à un stade d'exigence où je ne suis ému que par les faiblesses des "forts" et ne ressens que mépris pour les "gentil loser antihéros" qui restent dans leur marasme de médiocrité et se complaisent dans leur collection de défauts. Je dirais même que je suis ému par l’héroïsme et la soif d'absolu qui l'accompagne, alors que c'est pas le truc émouvant d'habitude.

My 2 cents... :wink:
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  • +1 (Intéressant) le 30.06.12, 08h32 par Terrigan

Iskandar a écrit:
Tu viens de me confirmer un truc dont récemment je commençais à me douter. Je n’ai, mais alors pas du tout la même vision. Pire, ce n’est que récemment que j’ai réalisé que sincèrement, des gens trouvaient les loosers beaux (je sais, je dois paraître sacrément à côté de la plaque en disant ça…), confirmé depuis par un pote.
Tu pourrais détailler si tu peux STP. Qu’est-ce qu’il y a de beaux chez les loosers. Même du côté de l’art. Quelles « vraies » émotions sont-ils à même de nous faire ressentir ? Sincèrement, je ne comprends absolument pas. Je lirai le livre conseillé, mais si tu avais un peu de temps pour résumer l’essentiel en quelque lignes…

Mais tu le dis toi-même, puisque tu parles de "vraies" émotions. Les losers sont vrais. Ils sont humains. Ils ne gagnent pas à chaque coup. Et ils l'acceptent, parfois, parce qu'ils sont suffisamment humbles pour savoir qu'on ne peut pas toujours être devant.
Je n'ai jamais eu l'esprit de compétition, et même si j'essaie de réussir dans ce que je fais, il m'est arrivé d'échouer. Ceux qui ne supportent pas l'échec sont des gamins immatures. Vouloir s'améliorer est une bonne chose ; ne pas avoir conscience qu'on ne sera jamais parfait en est une autre, révélatrice d'un narcissisme que j'abhorre.
J'aime les humains, et j'aime leurs faiblesses. Elles sont toujours bien plus touchantes et intéressantes que les forces qu'on étale de manière obscène, afin de se faire mousser un peu plus.
Et je rejoins Padawan sur une chose : les forts qui faillissent, voilà ce qui m'intéresse, me plaît. Un mec qui a le monde à ses pieds, mais vient tromper sa femme dans mes bras, parce qu'il n'est pas heureux. Voilà ce qui me touche, bien plus que les super-héros : ils n'existent pas, de toute manière...

Ben c'est impressionnant, mais comme je disais, je ne partage absolument pas cette manière de voir, et jusqu'à récemment...

Ce serait un sujet intéressant de savoir comment se construit la sensibilité des gens. Mais là, je n'ai aucune piste.

J'aimerais pas dire, mais les oeuvres d'art litéraire ne sont pas des manuels de développement personnel. Ce sont des œuvres d'art, qui répondent à une logique qui ne se résume pas à "faites ceci, faites cela". Pour ça, faut lire Stéphane Édouard, Mystery, Christophe André, ou suivre un coach.

Mais ce n'est pas de la litérature. Et les grandes œuvres ont à nous apporter bien autre chose.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • +1 (Absolument) le 02.07.12, 19h46 par Blusher
  • 0 (Developpe stp) le 02.07.12, 20h23 par Iskandar

Citation:
0 (Developpe stp) le 02.07.12, 20h23 par Iskandar


Je vais répondre d'abord par une question. Pourquoi lis-tu de la litérature, Iskandar ?

Moi, quand j'en lis (actuellement, pour des raisons de temps, malheureusement, je n'en lis pas beaucoup), je n'en lis pas pour voir à quoi ressemble un modèle de ce qu'est l'homme idéal auquel même éventuellement j'aimerais tendre.

J'en lis pour m'imprégner de quelque chose de beau. J'en lis pour découvrir un univers qu'un auteur a créé. J'en lis pour voir comment un auteur perçoit, présente, décrit une réalité et des choses de la vie que je ne connais pas.

Lorsqu'on lit Cyrano, on lit l'histoire d'un homme qui se fourvoye. Mais est-ce inintéressant pour autant ? Au contraire, c'est d'autant plus intéressant. Car ses erreurs, son erreur, celle de croire que son défaut le disqualifie, c'est l'erreur la plus commune qui soit. Le voir, le lire, ça nous renvoie à une réalité humaine la plus universelle, celle qu'on connait tous, avant ou après. Cyrano n'est pas un héros, c'est un anti-héros, et c'est ce qui le rend intéressant et c'est ce qui fait que tout le monde peut en tirer un enseignement. Pas besoin d'être passé par la révélation FTSienne, Spikeienne ou Mystérienne pour comprendre que Cyrano s'était planté. Je l'avais compris lorsqu'on me l'avait fait lire au lycée (peut-être qu'en l'occurrence, mes profs n'avaient pas trop mal fait leur taf).

Cyrano, ça nous donne un certain regard sur l'humain qui nous enrichit d'autant plus que son personnage est pathétique. Mais il est pathétique en ce qu'il est nous, il est profondément nous.

Bref. Je ne lis pas de la litérature pour devenir un alpha. J'en lis pour m'enrichir, pour nourrir mon esprit.

En ce moment même j'écoute un concert de Bach. Bach est profond, triste, puissant dans sa précision et son angoisse musicale presque mathématique. C'est pas ce qui va me donner envie d'aller baratiner de la jolie fille. J'en aurais peut-être envie demain. Peu importe. Pour l'instant j'écoute quelque chose de grand. Très peu alpha, mais tellement humain.

Mais on peut aussi faire comme le faisait "feu" champion et ne jurer que par une soit-disant "litérature" qui n'a comme seule utilité de montrer la voie vers plus d'"alphaness". Ne lire que du développement personnel, et éventuellement de la bonne litérature soigneusement choisie en fonction du degré de "gagnance" des personnages. Pourtant, je ne suis pas certain que ça rende vraiment plus gagnant. En tout cas, personnellement, ça ne m'intéresse pas.

Ni le monde, ni l'art, qui en est une sublimation, ne se résume à un combat entre "AFC" et "PUA", à une opposition entre "perdants" et "gagnants", bordel. Si certains le croyent, il est temps qu'il oublient un moment le monde de la séduction et du "devpers" pour redécouvrir d'autres réalités.



PS: ça n'empêche pas que je trouve le post de Terrigan génial. Enfin, à supposer que s'y trouve la bonne dose de second degré que j'y suppose.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • +1 (100% d'accord) le 03.07.12, 19h03 par LuxLisbon

Histoire de mettre mon grain de sel:

il n'y a que moi qui voit Cyrano (de Edmond Rostand) comme une oeuvre de propagande? Et particulièrement virulente, avec ça?


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