Discussion

[A/D] De la responsabilité de rompre

Note : 10

le 19.04.2019 par Jalapeno

6 réponses / Dernière par Jalapeno le 20.04.2019, 01h49

Pas vraiment un article, mais une petite digression personnelle qui peut peut-être mener à une discussion intéressante :wink:

Je pars du principe qu'il y a toujours un partenaire en position de force dans une relation, d'autant plus lorsque celle-ci est devenue dysfonctionnelle. Ces positions ne sont pas forcément figées, elles peuvent varier au fil d'une relation et d'une relation à l'autre. J'ai moi même été en position de faiblesse et en position de force et j'en tire la conclusions suivante :

Être en position de force dans une relation, ça peut-être un avantage, parce qu'on a un certain contrôle sur ce qui se passe. Mais cette position implique aussi des responsabilités. Dont celle d'initier la rupture lorsque la relation est dans un cul de sac (ce qui veut dire que les autres possibilités ont été tentées sans succès). Parce que :
  • par définition le partenaire le plus "fort" a plus de force dans la relation, que ce soit en terme d'énergie, de détachement ou de stabilité psychologique et émotionnelle. Autrement dit, il a plus de ressources pour rebondir par la suite, c'est une décision qui l'affectera moins que le partenaire le plus faible.
  • le partenaire le plus faible n'aura souvent pas le recul nécessaire ou la force de prendre cette décision délicate. Autrement dit, si personne ne le fait, la situation ne fera que se détériorer encore plus. Et c'est nocif pour les deux partenaires au final.
Ça ne veut pas dire qu'un partenaire en position de faiblesse ne peut pas rompre, c'est juste qu'il y a peu de chance qu'il le fasse. Quand on est en position de faiblesse, on a tendance à maintenir un statu quo qui parait moins douloureux qu'une rupture, même s'il est délétère.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [+1] Constructif le 19.04.19, 10h18 par FK
  • [+1] Intéressant le 19.04.19, 10h43 par Perlambre
  • [+1] A lire le 19.04.19, 17h05 par Thedaze
  • FK King in the North
  • Score : 3225 - 36 ans - MBTI: CHAT
100% d'accord.
Maintenant question subsidiaire : est-on (peut-on être) vraiment amoureux si l'on est en "position de force", ou est-ce AUTRE CHOSE que de l'amour ?

Et par la même occasion, l'amour existe-t-il vraiment ?
Pour moi, non : ce qu'on appelle l'amour, c'est un mix plus ou moins dosé de:
- dépendance affective
- volonté inconsciente de domination / soumission (ou d'ascendance, je dirais)
- projection dans l'autre d'une vie fantasmée
- volonté de préserver des habitudes et un confort domestique
- peur de la solitude
- promesse de réalisation d'un projet commun
- avantages sexuels (et c'est pas forcément l'ingrédient majeur du mix)

Donc pour moi celui qui rompt, c'est celui qui ne se satisfait plus du mix / qui veut s'en extraire pour rebooter sa situation, mettant à la poubelle la situation actuelle. Ca explique aussi les infidélités : c'est bien sûr pas que sexuel, ça peut être (et c'est souvent) existentiel, on va chercher ailleurs ce qui manque dans le mix de son couple.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [+1] Intéressant le 19.04.19, 10h26 par Jalapeno
  • [+1] Intéressant le 19.04.19, 17h05 par Thedaze
Pour moi l'amour, c'est avant tout le bonheur, le plaisir qu'on éprouve à être avec quelqu'un, une grande compatibilité. Du coup je pense qu'on peut être amoureux ET en position de force, d'autant plus si l'autre partenaire recherche aussi une forme de soumission (= complémentarité).

Après ce "bonheur" ne tient pas qu'à ça, comme tu le disais, c'est aussi un mélange d'hormones, de forces et de failles complémentaires, de projections, etc.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [+1] Pertinent le 19.04.19, 10h45 par FK
Jalap, ce qui peut faire hésiter celui en position de force : la souffrance

- celle de l’autre car même en étant respectueux, il sait que ses mots pour annoncer la rupture vont occasionner un choc, un mal-être et à moins d’être sans cœur c’est inconfortable d’être celui par qui arrive le chagrin même lorsque la rupture s’avère nécessaire

- mais aussi la perspective de sa propre souffrance. On lit souvent que celui qui quitte est heureux de reprendre sa liberté… tout dépend car pour lui aussi c’est une histoire finissante à laquelle il a cru, dans laquelle il s’est investi. Admettre que l’amour ne suffit pas pour faire durer une relation peut être un véritable déchirement…


D'autre part, je pense que nous pouvons être amoureux ET en position de force. L'idéal étant le passage fluide du pouvoir d'un partenaire à l'autre afin que la relation reste équilibrée.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [+1] Pertinent le 19.04.19, 10h44 par FK
  • [+1] Effectivement le 19.04.19, 15h52 par Jalapeno
  • [+1] En effet le 19.04.19, 17h06 par Thedaze
Oui bien entendu, une rupture est quasi toujours une source de souffrance pour les deux partenaires.
Ce n'est qu'après, avec le recul, qu'on se rend compte que cette souffrance était nécessaire et finalement moins importante que celle qui aurait été endurée en laissant pourrir la situation.

Ça demande de la rationalité et un courage qu'on a pas toujours même en étant en position de force. C'est pour ça que je parle de responsabilité. On pourrait aussi parler d'une forme de leadership : dans l'intérêt général, c'est une décision qu'il faut prendre quand le moment est venu, point. C'est en tout cas le raisonnement qui me permet de court-circuiter la peur dans ce genre de circonstance.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [+1] Oui le 20.04.19, 05h49 par Perlambre
La responsabilité de rompre; on l'a envers soi quelle que soit notre position dès lors que la relation est trop merdique, vouloir "aller au bout des choses" et se dire qu'on ne perdra rien parce qu'on aura vécu, c'est du romantisme mal placé.
C'est pour ça que le "dominé" d'une relation devrait être aussi en capacité de se dire que cette situation qui ne le satisfait pas* devrait se terminer (*pas forcément parce qu'il sent le déséquilibre mais parce que même en étant plus impliqué, il n'arrive pas à trouver de bonnes raisons d'être heureux), s'il s'est impliqué raisonnablement et que malgré tout, ça reste pourri...

Pour la question subsidiaire, nous avons des zones cérébrales qui concernent le sentiment d'amour, qui se distingue bien de l'envie sexuelle.
L'amour existe bien, mais il est multiforme.

On peut être amoureux et en "position de force", parce que l'autre donne plus que ce qu'on est en capacité de donner, sans que ça affecte pour autant la mesure et la réalité de nos sentiments. Et d'ailleurs, l'autre peut le savoir sans être malheureux, voire s'en satisfaire.
Le vrai amour fait qu'on exploitera pas cette position de force, même si elle existerait sur le papier.
Parce que dedans, il y a du respect et des envies positives vis à vis de et avec l'autre.
De plus, au sens décrit par Jalapeno, être plus stable psychologiquement ou plus détaché ne veut pas pour autant dire qu'on s'en fout. Dans le deuxième cas, on est juste un peu plus raisonnable.
Onmyoji a écrit:
C'est pour ça que le "dominé" d'une relation devrait être aussi en capacité de se dire que cette situation qui ne le satisfait pas* devrait se terminer (*pas forcément parce qu'il sent le déséquilibre mais parce que même en étant plus impliqué, il n'arrive pas à trouver de bonnes raisons d'être heureux), s'il s'est impliqué raisonnablement et que malgré tout, ça reste pourri...

Oui. Idéalement. Mais en pratique, ou "statistiquement", il y a peu de chance que ça arrive.