Pour résumer grossièrement: le Moi (quand on dit "je") n'est qu'une petite part du Soi; le Soi serait l'intégralité de la personne, incluant les perceptions du corps, l'énergie psychosomatique (libido), le subconscient... C'est comme un "Soleil" intérieur et les autres morceaux de la personnalité de simples "planètes"; je sais qu'il y a des fans de Nietzche sur le forum, qu'ils se souviennent des phrases de Zarathustra sur son Soleil.
L'Anima serait donc une part de nous-même dont nous n'avons généralement pas conscience, tout comme l'Ombre, relégués dans le subconscient, alors que le Soi est quelque chose de "supra-conscient" que notre conscience ne peut totalement atteindre. Les moments d'extases des mystiques, ou plus simplement les moments de paix qu'on ressent parfois lorsque tout semble à sa place dans l'univers, seraient des moments où nous nous rapprochons du Soi.
Je crois comprendre l'Anima comme notre conception de la féminité, une féminité intérieure. Puisque nous sommes des hommes, elle est tout ce que nous ne sommes pas.
Alors que l'Ombre est plutôt la poubelle ou finit ce que nous n'avons pas réalisé en nous (l'Ombre est "masculine" chez les hommes; du moins j'ai cru le comprendre).
C'est ce qui rend l'Anima si primordiale: si elle est ce que nous ne sommes pas, alors c'est elle qui définit notre masculinité et notre rapport aux femmes: quand on parle à une femme, c'est à notre Anima que nous la comparons. Quand nous ne la comprenons pas, ça ne veut pas dire que notre Anima a des manques, mais plutôt que nous nous sommes coupés de notre Anima.
Le subconscient et la conscience ne sont pas clairement séparés: donc parfois des choses inconscientes deviennent conscientes. La cohésion et la force de l'Anima expliquerait pourquoi elle prend la forme de ce que Jung appelle un Archétype: on penserait volontiers que, chaque individu étant unique, les gens devraient faire face dans leurs rêves à des symboles qui n'appartiennent qu'à eux, comme le pingoin-totem dans Fight Club qui dit au héros de glisser. Mais comme l'Anima est naturelle à l'homme elle prend alors une forme assez usuelle, qui se répète à travers les âges et les civilisations. Généralement, la personne qui "rencontre" son Anima en rêve la ressent comme extérieure à elle-même.
En fait je crois que Fight Club résumerait bien symboliquement les "personnages" en présence:
- "Jack", c'est le Moi: il croit être "lui", et il veut Marla. Il est fasciné par Tyler.
- Marla, c'est l'Anima de Jack, elle veut Tyler. C'est elle qui est involontairement le déclencheur des changements de Jack, à l'instant précis où il la rencontre.
- Tyler Durden est l'Ombre de Jack, il ne veut pas Marla: il veut Jack.
Toujours dans Fight Club, rappelez-vous qu'à la fin le héros comprend que son pingoin est une femme fatale
On pourrait dire que Tyler est une part de la psychée de "Jack" qui a finit par devenir un complexe indépendant à force de ne pas pouvoir s'exprimer, différent de sa conscience.
(je suppose que je ne suis pas trop clair, et je m'en excuse; j'ai découvert Jung il y a peu et je trouve ses idées fascinantes, d'autant qu'elles éclairent des choses que j'ai vécu avant de le lire; ce qui ne veut pas dire qu'il faut le prendre pour argent comptant)