En fait, tous les métiers s'apprennent en pratiquant.
Mais on ne les apprend pas plus mal en étant salarié, payé normalement, et dans un rapport de force égalitaire avec son employeur plutôt qu'en étant en contrat de qualif, payé moins que le SMIC, et dans une position de dominé vis à vis de son employeur (parce que son appréciation compte pour l'obtention du diplôme).
Mes enfants, je n'en ai pas encore, mais je n'entends pas en faire des ingénieurs plutôt que des mécaniciens. Ce serait ridicule. Ils peuvent même être artistes peintres s'ils veulent. J'entends surtout en faire des individus autonomes et libres plutôt que dominés et asservis.
Citation:
il y a des gamins pour qui ne se plaisent pas sur les bancs de l'école.
C'est un pléonasme ça.
Après, je parle d'instruction, pas de diplôme. Je ne trouve pas que ce soit mieux un bac+5 plutôt qu'un bac-3. Ce que je conteste fortement, c'est l'esprit utilitariste qui règne maintenant, en matière de formation. A trop vouloir faire professionnalisant, on dépouille tout les savoirs. Par exemple mon cours "d'anglais des affaires", comme ils l'appelaient, que j'ai eu pendant ma licence. Ben heureusement que j'avais des bon cours d'anglais au lycée, parce que mon niveau d'anglais dans le supérieur a drastiquement baissé. C'est quoi cette idée qu'une langue est compartimentable ? Genre tu sais dire "To hire", "To relocate" "Financial department" et c'est bon tu parles anglais des affaires...
Et puis c'est quoi cette idée d'opposer l'intellectuel et le manuel ? J'exerce une profession intellectuelle, et ça m'a pas empêché d'avoir su tapisser, peindre, poser du carrelage sur les murs. Si demain je devais gagner ma vie en exerçant un travail manuel, je saurais faire. Exercer une activité dite manuelle ne dispense pas d'une instruction pour travailler et vivre avec intelligence.
Bref, si j'ai un gamin qui veut sortir tôt du système scolaire, pour "travailler et gagner de l'argent", très bien. Mais il faudra pas qu'il pense que je lui ferais échapper à tout questionnement à ce sujet : "Tu gagnes de l'argent, mais es tu sûr d'en "gagner" véritablement ?" "Pourquoi tu veux gagner cet argent ? Est-ce que tu en gagneras assez pour obtenir ce que tu souhaites ?" "Est-ce que cet argent gagné vaut ce que tu laisses en contrepartie ?" "N'y a-t-il pas un autre moyen de gagner plus et/ou mieux ?" "Est-ce qu'être adulte c'est travailler et gagner de l'argent ?", "Est-ce que gagner sa vie est synonyme de gagner de l'argent ?".
Voilà , je fais autant référence à l'argent, parce que j'ai essayé de dissuader quelqu'un d'effectuer un contrat de professionnalisation dans le tertiaire, et qui tenait à le faire parce qu'elle a la tête tartinée de stéréotype tels que "Pour être quelqu'un de sérieux, il faut travailler et gagner de l'argent" (même si tu gagnes rien ?) ou "Je vais pas rester le cul sur une chaise" qui contient l'idée que quand on étudie, on ne fait rien, et que quand on travaille, a contrario, on est utile (mais est-ce toujours le cas ?).
Voilà , et là on en revient à l'estime de soi. Un gamin qui a une bonne estime de lui-même va pouvoir résister à ces stéréotypes, et à ses potes qui vont lui montrer que eux ils gagnent de l'argent et "s'achètent des trucs" grâce à leur "paye" (indemnité serait un terme mieux approprié). Il vont se dire "Non mais tu plaisantes toi, j'ai pas besoin d'être payé deux fois moins que les adultes pour apprendre quelque chose !".
Depuis quelques années, les formations en apprentissage et alternance déferlent tel un rouleau compresseur qui avale tout sur son passage (et même dans les métiers du tertiaire dits "intellectuels"). T'as toujours une émission pour te montrer un gamin qui n'était pas bon à l'école et que maintenant il est heureux parce qu'il fait un CAP charcutier. T'as plein de pubs dans les métros telles que "l'alternance c'est ta chance". Je ne veux pas que quand ce sera à mes enfants de s'orienter, ce soit devenu la norme que de les obliger à passer par la case alternance sous payée et à la merci de son employeur pour "se faire une expérience".