SG- Vos deux livres s’intitulent « Comment draguer… », comment draguer ceci, comment draguer cela, mais en fait c’est plus une série de comptes rendus qu’un manuel… Alors : c’est plus difficile d’écrire un manuel qu’un compte rendu ?
EL- Non, c’est pas plus difficile d’écrire un manuel, mais je voulais écrire absolument quelque chose qui ressemblât quand même à un roman, c’est pourquoi j’ai voulu l’écrire sous cette forme, avec une certaine recherche littéraire, également parce que lorsqu’on écrit des scènes érotiques, si on ne travaille pas le style on est très vite chiant et on tombe très vite dans le roman porno de gare.
SG- J’ai noté des constantes dans votre pratique en lisant les deux livres, et vous allez me dire ce que vous en pensez parce que les deux livres sont assez spéciaux et ce que j’ai vu est peut être entaché d’un biais d’observation.
a) D’abord c’est l’approche à travers des croyances, des opinions communes, puisqu’il y a soit la croyance politique, soit la croyance en Dieu. Ca c’est peut-être un biais d’observation, est-ce que c’est toujours le cas ?
EL- Pour moi c’est toujours le cas : il faut aller dans le sens de la personne qu’on a en face de nous si on veut vraiment la draguer. Ca reste un jeu, mais si on veut vraiment la draguer je pense qu’il faut sur le point fondamental qu’elles développent, je crois qu’il faut aller dans leur sens. Si par exemple elles sont très impliquées dans leur travail, ou qu’elles sont psychanalystes, on va pas d’un seul coup s’opposer à elles sur ce plan fondamental qui fonde leur vie. Dans le cas du chemin de Compostelle, les femmes qui font le chemin de Compostelle elles sont tournées vers Dieu, si on veut vraiment les draguer, il faut absolument aller dans ce sens là . Dans le cadre politique, si on se pointe à la fête de l’huma et qu’on veut draguer une communiste, si on arrive en disant qu’on est socialiste, ça risque d’être très-très dur et de rajouter un cheminement très compliqué, ça se fera pas en deux heures ou trois heures comme on essaie de le faire là dans le livre.
b)Une autre chose que j’ai notée c’est le choix très délicat des vêtements qui sont parfois choisis pour s’intégrer et parfois choisis pour se faire remarquer et détonner du groupe. Est-ce que vous vous reconnaissez là -dedans ?
EL – Oui, c’est ça. Il y a des fois où il faut coller car on sent que les gens sont dans un uniforme, par exemple, avec la militante de gauche, on a un uniforme de mec de gauche, si on se pointe habillé différemment, de la façon dont s’habillent les bobos cools du Xème arrondissement ou de Montreuil, on va même pas avoir le regard des filles, on va immédiatement être classé comme un bourgeois et on pourra pas avancer, donc il vaut mieux parfois se coller au style. Et parfois comme avec la militante UMP, il est pas mal de se démarquer un petit peu, on peut se démarquer un petit peu pour montrer qu’on a un peu de fantaisie.
SG- Il y a ça aussi dans vos vêtements, au début de Comment draguer la catholique… (1), vous écrivez que ce sont des vêtement un peu colorés.
EL- Là je veux montrer, dans le chemin de Compostelle, que je suis en dehors du temporel, en dehors de l’activité temporelle, donc je veux montrer que je suis élevé vers Dieu, que je marche poussé par une force spirituelle, donc je me distingue un petit peu du lot des marcheurs de Compostelle. Il faut à la fois rassurer et surprendre, je pense que c’est important.
(NDSG: la vache, c'est conceptualisé!)
c)Avec les vêtements il y a un truc qui est connexe, c’est qu’il y a chez vous la mise au point d’un personnage parfois très élaboré. Avec toute une réflexion sociologique sur ce personnage.
(NDSG: la fréquence élevée avec laquelle on rencontre la sociologie dans la drague en France, alors que ce domaine est peu populaire, bien moins que, par exemple, la psychologie, ne laisse de me faire m'interroger.)
EL- C’est tout l’intérêt de mes bouquins. La drague est une façon de s’amuser en faisant une analyse sociologique de différents milieux, de différents personnages. L’intérêt du bouquin c’était d’étudier le fonctionnement de groupes humains, de microcosmes humains, pour comprendre leur fonctionnement. Je dirais que la drague rajoute un élément littéraire, un genre littéraire, mais que l’intérêt premier -d’ailleurs les courriers que je reçois sont souvent de gens qui se reconnaissent dans le milieu que je décris, et c’est amusant, parce que sur le dernier bouquin, celui sur les militantes, j’ai reçu beaucoup de messages d’hommes et de femmes politiques, pas toujours ceux et celles qu’on croit, j’ai reçu beaucoup de messages de droite, de Mme Boutin, de plein de gens…
SG-Celui de Mme Boutin, il faut me dire…
EL- Mme Boutin m’a écrit une lettre absolument charmante, où elle me dit « J’ai beaucoup aimé votre livre, mais j’aurais bien aimé que vous m’envoyiez le premier, celui-là m’aurait été directement utile sur le chemin de Compostelle. »
SG-
EL -Je ne sais pas, en tous cas elle a été sensible à mon bouquin…
SG- J’ai envie de vous demander, vos dragues vous les préparez énormément, vous étudiez beaucoup le milieu dans lequel vous allez vous insérer, ça représente beaucoup de bouquins ?
EL- Il y a des milieux que je connais bien, ça a pas été trop difficile, c’est vrai que pour draguer la sarkozyste, il a fallu que je me tape les deux bouquins de Sarkozy. C’était quand même une épreuve, c’est vraiment très-très mal écrit, et puis ça correspond à un schéma d’une ringardise totale, et ça c’était assez pénible… Pour draguer la militante d’extrême droite je me suis tapé quelques discours de Le Pen, je me suis baladé le jour du premier mai à leur fête, c’était quand même une épreuve. C’était plus sympa de draguer la jeune socialiste ou de draguer la militante gauchiste ou la verte… C’est plus sympa de draguer la verte.
d)On aussi l’impression qu’un élément de votre pratique c’est une énorme érudition, vous pouvez parler de tous les sujets comme si c’était votre passion depuis 10 ans, on a parfois quasiment l’impression de lire les aventures amoureuses de Bourdieu (2).
EL- Moi je suis un amateur de culture générale… J’aime bien la culture, et quand il faut que je me spécialise dans un domaine pour une raison aussi noble que la drague, j’hésite pas…
e)Il y a aussi la cuisine qui apparaît seulement dans le deuxième bouquin (3)…
EL- La cuisine c’est important, je pense que c’est un élément érotique (NDSG : c’est aussi un élément littéraire.) et puis je veux aussi essayer de donner au lecteur un certain nombre d’outils et j’ai pu vérifier que quand on fait la cuisine et quand on fait manger à une femme on donne un peu de soi-même et on se découvre un petit peu sur ce qu’on est soi même : son histoire, sa culture, ses origines, et c’est une autre façon de lui faire plaisir. Et puis la cuisine et l’érotisme ont toujours été liés.
(1)Comment draguer la catholique sur les chemins de Compostelle, Editions La Musardine
(2) Lequel se fait traiter de ringard dans un des bouquins.
(3)Comment draguer la militante dans les réunions politiques, Editions La Musardine




