[D] Le syndrome du premier de la classe

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Salut,


Vous est-il arrivé d'éprouver de la gène, ou d'essuyer des moqueries en rapport avec votre goût pour quelque chose d'intellectuel ? Voire simplement parce que vous parlez et écrivez français correctement ?


J'ai sauté une classe en primaire, et j'ai été dans le trio des premiers de la classe jusqu'en 2de. Mais au fur et à mesure du temps, j'ai pris l'habitude de dissimuler mon niveau intellectuel, afin qu'on cesse de me regarder différemment.


Encore maintenant, je ne dévoile mes lectures et mes réflexions qu'à un nombre très restreint de personnes.


Cette peur du jugement d'autrui m'a entravé dans mes relations sociales, et bien sûr amoureuses, dans mon adolescence. J'ai toujours été hanté par le fait qu'on découvre que je suis un intello. J'ai développé une timidité à cause de ça. J'ai donc pris l'habitude d'être évasif en public sur des centres d'intérêts qui risqueraient d'être estampillés "intellos" ou "ringards" par le public en question.


Je sais que les membres de FTS lisent des livres, ou s'adonnent à des activités qui ne sont pas communes. Comment communiquez-vous autour de ça ?

Salut Electrik,
c'est vrai que pendant les études, enfin du moins mettons jusqu'au Bac, on a un peu peur d'être catalogué dans les "premiers de la classe".
Je ne sais pas pourquoi. J'ai l'impression qu'il y a un rejet du bon élève, celui qu'on ne peut pas égaler parce qu'il surpasse tout le monde. Ça crée une espèce de complexe ... on ne veut pas être trop bon sinon on ne pourra plus intégrer les groupes sociaux.

Rassure-toi, ce genre de comportement disparait ... du moins en faculté. Les bons élèves sont même plutôt recherchés car ce sont eux qui pourront expliquer le cours qu'on a pas pigé.

Par contre j'ai retrouvé cette "exclusion" en école d'ingénieur. Je ne l'ai pas subit parce que j'arrivai à faire la fête et à bosser mais les gros bûcheurs (on les appelait les "polars") qu'on ne voyait quasiment jamais aux soirées étaient un peu mis à l'écart ...

Enfin bon ... de toutes façons tu finiras par voir que les gens qui sont cultivés sont très appréciés. Surtout quand ils ont la modestie de ne pas en faire étalage. Ma méthode est ... je laisse les gens parler ... et quand ils me demandent mon avis ou font une erreur je me permet d'intervenir, très courtoisement. Le must reste de signaler son erreur à la personne sans que les autres s'en aperçoivent... là tu gagnes quelques points.

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C'est un faux problème, mais je m'en suis rendu compte en écrivant ce message...arrivé à la fin de ce que je voulais écrire, je me suis aperçu que j'avais faux.

Le problème n'est pas d'avoir des activités trop culturelles ou d'être trop intelligent comme tu semble le dire...
Le problème c'est de ne pas avoir de vie, et de paraitre pédant ou vantard.Un mec intelligent ayant une vie sociale normale et étant modeste sur ses connaissances réussira sans problème...


Au lycée, je souffrais de la même chose, mais le problème n'était pas la.Certes je lisais beaucoup, je connaissais 10fois plus de trucs sur l'histoire, la géographie, l'économie ou la politique américaine que les 3/4 des gens de ma classe, mais surtout, je ne sortais jamais, mes potes je ne les voyaient que rarement en dehors des cours, j'avais un cercle familial pesant, etc...
Et forcément, j'étais très souvent exclu par la plupart des groupes de personnes.
Désormais, je ne pense pas que j'ai moins de culture qu'avant, je "parait" même plus intelligent, vu que je suis en école d'ingénieur.
Et pourtant, lorsque je fais le nouvel an avec mes potes de lycée (que je ne vois plus que la, a cause de la distance), et que je croise de nouvelles têtes, le courant passe mieux qu'il ne serait passé quand j'étais au lycée. Parce que certes, je fais des études et je suis cultivé, mais je fais aussi la fête, je choppe etc...bref je vie.


Par ce petit exemple tiré de ma vie, je veux seulement montrer que bien souvent les gens cataloguent les gens cultivés comme des no-life.Il suffit de leur montrer qu'il se trompent, et de rester modeste, et tout se passera bien.
Voire même mieux que pour un autre...

Altaryan a écrit:
Il suffit de leur montrer qu'il se trompent, et de rester modeste


C'est justement ce point qui me chagrine. C'est que quand on est plus quelque chose que la moyenne, on va être comme attendu au tournant sur sa modestie.

Je prends l'exemple d'être plus intellectuel (et non pas plus intelligent notez). Mais on pourrait dire aussi la même chose d'être plus riche, plus beau, plus grand, meilleur dans une discipline.


Il me semble que cette fausse modestie obligatoire peut réfréner ses ambitions et empêcher d'exceller là où on est bons.


J'ai fini mes études, et j'ai justement appris avec le temps à avoir de l'intelligence sociale, et à "rester modeste" par rapport à ça, ce qui fait que je n'ai pas été exclu. Par contre, je me suis aussi auto-limité de façon à être plus lisse.


M'auto-limiter, ça passait par le fait de minimiser l'intérêt que j'avais pour la lecture, ça passait par le fait de se forcer à écouter skyrock pour suivre les conversations, ça passait par le fait de ne pas dévoiler mes vrais goûts musicaux...


Même les personnes qui voient l'intellect et la réflexion de manière positive vous collent une étiquette. Ainsi, j'ai dû me justifier de ne pas vouloir faire école d'ingénieur, et d'avoir voulu arrêter mes études en licence alors que j'avais "les capacités de continuer".


Au niveau de la recherche d'emploi, je suis jeune diplômé, mais je me place sur la fourchette haute des salaires par rapport au marché. Et bien, je trouve toujours plein de gens, à commencer par les recruteurs, qui cherchent à me convaincre que j'en demande trop. Là aussi, je me décale du prototype du jeune diplômé moyen, qui doit chercher à avoir une situation moyenne, grâce à des capacités et un savoir moyens... Et puis une fois en poste, difficile de faire entendre aux collègues qu'on pourrait faire le travail différemment, en mieux et en moins pénible. Là encore, l'intelligence, c'est de ne pas trop la montrer.


Mis à part quelques amis très proches, il n'y a que sur des forums comme FTS où je puisse être vraiment moi-même : réfléchir sur des concept parfois complexes, faire des grandes phrases, etc...

Je voudrais juste intervenir sur une chose... écouter des trucs qui ne te paraissent pas "culturels" a la base (difficile de trouver une poussière de culture dans la Ferme Celebrites) n'est pas forcément négatif ... enfin sur le court terme. Ça te permet de juger avec ta propre vision de la chose. Avant de condamner un truc, c'est toujours mieux de s'y interresser un minimum.
Ce n'est pas parce que des personnes peu cultivées écoutent un truc qu'il est forcément débile.

Pour moi l'intelligence ce n'est pas le savoir, c'est la curiosité qui y mène.

Je pense que le plus important dans le cas du premier de la classe, c'est qu'il ne doit pas déconnecter du monde réel et ne pas sombrer dans l'excès.

Je m'explique: prenons deux exemples de premiers de classe (exemples réels que j'ai pu observer)

1) le premier de classe qui est dans son monde à lui, dans ses cours, ses bouquins, ses réfléxions philosophiques,etc... à tel point qu'il "transpire l'intello" (bien souvent le genre qu'on repère à 200m,sans même lui avoir parlé...). Celui ci, la plupart du temps, se préoccupera du fait qu'il y a un monde entre lui et les autres (c'est le cas de ton post,non?) et aura beaucoup de mal à assumer ses goûts, et donc se fera chambrer une fois ces derniers découverts. On pense de lui qu'il est louche, qu'il vit dans un autre monde, on a pas envie de discuter avec et c'est normal (oui, en général les débats "chiants" entre gens cultivés à la télé, on les zappe, dans la vie, les gens font pareil).

2) Le premier de classe "relax". Celui-là il est plus rare (surtout dans les classes avant BAC) mais en général tout le monde l'aime bien! Pourquoi? Il se prend pas la tête avec la distance entre lui et les autres (même si il les surclasse avec ses facultés intellectuelles), ne cherche pas à briller, assume ses gouts, son phrasé, etc... En gros, il vit avec nous, dans notre monde, tout en gardant ses atouts qui lui donnent personnalité forte et singulière. Avant la fac, j'en ai connu qu'un seul, un type d'1m60 qui se lavait 3 fois par semaine grand maximum, mais qui s'assumait tellement qu'il avait les 80 filles du bahut acquises à sa cause sans rien faire! Il sait être léger, et utiliser ses connaissances sans passer pour le "m'as tu vu?" de service aux yeux des gens plus "normaux" (ok,c'est pas le meilleur adjectif,mais je viens de me lever :) ).

Ensuite, il y a le coté "sombrer dans l'excès" :

Ici encore, je vais illustrer avec un exemple personnel: je suis musicien, j'adore la musique plus que tout au monde (peut être même plus que les filles) ET POURTANT: pour moi, rien de plus chiant qu'un type qui va me parler musique à chaque fois qu'on parle. J'adore la langue anglaise, ET POURTANT: j'ai mille fois préféré les profs qui passaient l'heure à sortir des vannes que ceux qui étaient à fond dans le cours et n'en débordaient pas. De la même manière, j'ai jamais pu accrocher avec les élèves de ma fac qui ne vivaient que pour ça,etc,etc...

En résumé, séduire, que ça soit une fille qu'on convoite ou des cercles sociaux, c'est en grande partie (comme on le dit souvent sur FTS) savoir être léger. Y'a pas de mal à ça. L'erreur (et je l'ai faite) c'est de croire que les gens avec qui on peut le mieux s'entendre sont ceux qui partagent nos centres d'intérêt. Je sais pas si c'est naturel ou par égoïsme, mais en général on s'en fout pas mal des centres d'intérêt d'une personne qu'on rencontre, on a chacun les nôtres!

En plus,toi apparemment t'as la chance d'avoir des amis pour partager les tiens (besoin bien naturel). Avoir peur du jugement de tous les autres, c'est ne pas s'assumer. Et ne pas s'assumer en séduction, c'est se disqualifier :)

En 4ième, il y avais un élève, 1er de la classe, chiant, déversant sa culture et sa supériorité, assistant du prof (balance), il s'est exclu tous seul...
L'année suivante il a changé, il avais intégré le cercle de pote que nous étions.

Bref, il faut savoir dosé, savoir dire les choses, et s'intégrer par soi même.

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Faut pas être modeste, faut être humble, c'est différent. Etre modeste, c'est volontairement se casser une jambe. Tu as un atout , et volontairement tu vas l'étouffer . Etre humble, je sais pas trop comment le définir là comme ça, mais c'est plus avoir une certaine lucidité sur soi, ses succès, savoir relativiser, pas avoir un égo surdimentionné... mais sans se dévaloriser non plus.

Le problème de l'intello qui se fait exclure, c'est qu'il s'exclue lui même pas son comportement, en général, il n'est QUE intello: il a pas de vie, il fait pas de sport... Et en plus, il a aucune intelligence sociale. Il fait des gaffes, il est blessant sans même s'en rendre compte... Et en plus, pour l'enfoncer encore plus et aller encore plus loin dans le cliché, il a aucun courage, aucune générosité, un comportement "petit".

Je pense qu'il y a aussi une part d'intelligence sociale qui fait que face à des gens qui "souffrent beaucoup" d'un manque quelconque, si tu as le truc dont ils manquent en opulence, tu vas pas aller parader avec ce truc en le mettant bien en avant pour leur foutre la haine si tu veux te faire accepter : ça me semble évident.

Je sais pas, du style, tu vas faire un repas avec un mec qui a raté toutes ses études et qui complexe énormément , tu vas pas passer toute la soirée à lui raconter dans le détail comment toi t'as tout réussi là ou il s'est planté. ça me parait tellement évident. ça veut pas dire de se dévaloriser, ou de se renier, tu peux assumer clairement être fier de ce que tu as accompli, mais tu vas peut être pas t'apesantir toute la soirée sur un sujet ou tu vois que l'autre, ça le fait se décomposer... Il faut être à l'écoute un peu des autres aussi, et pas concentré sur son nombril. Et être capable de parler d'autre chose si le sujet stresse l'autre personne ...

Altaryan a écrit:
Le problème n'est pas d'avoir des activités trop culturelles ou d'être trop intelligent comme tu semble le dire...


Anonyme2 a écrit:
T'as vraiment besoin de montrer aux autres que t'es intelligent?


Stalwart a écrit:
En 4ième, il y avais un élève, 1er de la classe, chiant, déversant sa culture et sa supériorité


Cyberceb a écrit:
Je pense qu'il y a aussi une part d'intelligence sociale qui fait que face à des gens qui "souffrent beaucoup" d'un manque quelconque, si tu as le truc dont ils manquent en opulence, tu vas pas aller parader avec ce truc en le mettant bien en avant pour leur foutre la haine si tu veux te faire accepter : ça me semble évident.



J'ai laissé filer un peu les réponses exprès, car elles illustrent ce dont je veux parler. J'ai parlé d'intérêt pour des choses intellectuelles, et vous me parlez d'intelligence. Ce qui vous vient à l'esprit, c'est l'image de la personne suffisante qui veut prouver aux autres qu'il est plus intelligent.


Par intérêt pour des choses intellectuelles, je n'entends pas débats politico-philosophiques interminables sur la constitutionnalité et les conséquences éventuelles d'une modification d'un alinéa du Code Civil.


Je veux simplement désigner le fait de parler et écrire convenablement, d'ouvrir un livre, une encyclopédie, d'être curieux comme le dit Djudj, d'avoir un esprit critique, de chercher à comprendre, de se poser parfois des questions philosophiques, d'essayer d'imaginer ce qui pourrait être, essayer d'écouter et d'apprécier de la musique qui n'est pas de sa génération, etc...



Je conçois que des gens n'aiment pas lire ou ne s'intéressent pas à l'histoire et préfèrent jouer au foot. Je fais d'ailleurs partie des rares gens qui ne critiquent pas les salaires des footballeurs. D'ailleurs j'aime bien jouer au foot de temps à autres, mais ce n'est pas là que j'ai des prédispositions naturelles. On ne réfrène pas les personnes qui ont des prédispositions pour un sport. Alors pourquoi une personne qui a des prédispositions à la réflexion doit être réfrénée ?


Pourquoi il serait socialement plus acceptable pour un élève moyen de se réjouir d'avoir eu 18/20 devant ses camarades plutôt que pour un bon élève ayant eu la même note ?

Lorsque moi, en tout cas, je dis intelligent, je parle de choses intellectuelles, sauf que le terme 'chose' me parait lourd, donc je remplace, peut être trop rapidement.

Ensuite, je voudrais revenir sur ton dernier point:

Citation:
Pourquoi il serait socialement plus acceptable pour un élève moyen de se réjouir d'avoir eu 18/20 devant ses camarades plutôt que pour un bon élève ayant eu la même note ?


Fais un parallèle, avec, par exemple...le foot.Pas au niveau pro, ou il faut faire le show. Mais au niveau scolaire.
Imagine qu'il y ait un gars qui mette 2buts par match, a chaque fois, sans paraitre forcer.Et un autre qui n'en met que rarement.Ce dernier, quand il en met un, peut être heureux, et le montrer.Après tout, il est comme les autres, et pour lui, marquer n'est pas banal, donc, montrer sa joie de l'avoir fait est normal, tout le monde l'accepte comme évident.Par contre, si le premier, qui met 2buts par match, laisse éclater sa joie a chaque fois, ça aura un coté lassant, voire humiliant pour ses équipiers et ses adversaires, et il y aura alors le même type de jalousie que pour un bon élève.

En soi, ce n'est pas le fait d'avoir une bonne note, qui dérange, c'est le fait d'en avoir souvent et de le faire savoir, parce qu'alors, le comportement de la personne fait penser a du mépris, pour les autres, même s'il n'en est rien.

Electrik a écrit:
Alors pourquoi une personne qui a des prédispositions à la réflexion doit être réfrénée ?

C'est un problème d'humilité, comme le dit cyberseb, mais le problème est qu'il ne suffit pas d'être humble pour paraître humble. La société nous a tout le temps rabâché, de plein de manières, que la culture était 1) un truc d'intellos, 2) un signe de valeur. Du coup, quand quelqu'un te classe dans la catégorie "intello", ça le renvoie à son supposé manque de culture et de valeur. Même si ce n'est pas l'opinion que tu en as, toi.

Il y a des gens pour qui lire Dostoievski est un signe de valeur. Pas pour moi, pour moi c'est juste lire un auteur que j'aime bien ; peu m'importe qu'il soit russe et mort depuis longtemps. Mais du coup, quand je dis à quelqu'un qui n'a pas lu Dostoievski que je lis Dostoievski, ça le renvoie à une espèce de mini-complexe parce qu'il ne l'a pas lu. Je n'observerais pas la même chose si je lui parlais d'un autre auteur que j'aime bien mais qui est plus contemporain, comme Haruki Murakami. Pourtant, mon attitude vis à vis des deux auteurs est la même. Tout réside dans l'association, dans l'esprit de mon interlocuteur, entre Dostoievski et études/culture/intelligence.

J'ai été première de la classe pendant une bonne partie de ma scolarité et ça ne m'a pas empêché d'avoir une vie sociale et d'être appréciée à côté tout simplement car je ne me définissais pas par ça. Quand on réussi dans ses études et qu'on s'intéresse à ce qui nous entoure, ce n'est pas une tarre, il faut juste savoir que ce n'est pas toute notre personnalité et que ça ne nous oblige pas à chercher forcément à ne s'intéresser qu'à des sujets "profonds".

L'intelligence c'est aussi de s'intéresser à des choses tout à fait "communes" sans pour autant les rabaisser ou rabaisser ceux qui s'en passionnent.

En plus, il n'y a pas besoin d'être sorti de St Cyr pour lire tel ou tel auteur ou aimer tel ou tel sujet, on en aura juste une approche différente.

MaryMorgane a écrit:
J'ai été première de la classe pendant une bonne partie de ma scolarité et ça ne m'a pas empêché d'avoir une vie sociale et d'être appréciée à côté tout simplement car je ne me définissais pas par ça.


Et aussi parce que tu es une fille ;-)


Ce qui favorise le fait d'être bon élève, ce sont des traits de personnalité tels que la discipline, la tempérance, l'introversion, la discrétion. Or, ce sont des traits diamétralement opposés à ceux du garçon viril : extraversion, agitation, témérité, jeux physiques...


Heureusement pour moi, j'étais pas mauvais en sport, et j'arrivais premier à tout ce qui était en rapport avec l'athlétisme.


MaryMorgane a écrit:
il faut juste savoir que ce n'est pas toute notre personnalité et que ça ne nous oblige pas à chercher forcément à ne s'intéresser qu'à des sujets "profonds".


Non, mais bon le stéréotype de l'intello est tellement tenace, qu'Auscard ne pourra pas dire à n'importe qui qu'il lit Dostoïevski (que je n'ai jamais lu d'ailleurs), sous peine d'être catalogué.


Altaryan a écrit:
Par contre, si le premier, qui met 2buts par match, laisse éclater sa joie a chaque fois, ça aura un coté lassant, voire humiliant pour ses équipiers et ses adversaires, et il y aura alors le même type de jalousie que pour un bon élève.


Au pire il sera catalogué et critiqué comme gros vantard, mais il ne sera pas exclu comme le serait un premier de la classe qui ferait la même chose.



Enfin, moi j'ai pas été exclu à cause de mes bonnes notes. D'ailleurs, en rentrant en première S, je n'avais plus de bonnes notes dans les matières scientifiques, j'étais moyen. Par contre, je restais bon en français et en langues.

Reste que si je n'étais pas catalogué comme intello dans le sens négatif du terme, j'ai jamais pu échapper au fait d'attirer l'attention parce qu'à une épreuve particulière de ma scolarité, j'ai eu la meilleure note de la classe. Alors du coup, on te réduit à ça. On vient se mettre à côté de toi pour les interros ou les partiels.


Et puis tu passes vraiment pour intello avec pas grand chose. A la fac il me suffisait d'avoir une note approchant du 20 dans une matière un peu mathématique, là où la moyenne de la classe était à 6 ou 7. Alors après tout le monde te croit intelligent, alors que l'exercice consistait à recopier un même schéma de résolution d'un problème statistique, qu'on a tel quel dans le cours. Nulle intelligence là dedans.


Il suffit aussi d'employer un mot qui n'est pas soutenu, mais qu'on a pas l'habitude d'employer.


Au collège, il me suffisait d'avoir entre 18 et 20 en dictée, alors que la moyenne de la classe était inférieure à 10. Même à la fac, je corrigeais des dossiers de groupe criblés de fautes.


Il suffit de répondre à une question du trivial pursuit dont les autres joueurs ne connaissaient pas la réponse.

Le fait que je sois une fille n'y change pas grand chose a mon avis car je n'ai jamais été discrète et je ne suis plus introvertie depuis un moment, je suis très bavarde et agitée et je l'était déjà en cours. C'est d'ailleurs ce qui m'a vallut d'être déléguée pendant un moment : étant bonne élevé, les profs et le directeur l'avaient a la bonne mais étant également très franche et bornée, les gens de ma classe savaient que s'il fallait défendre quelqu'un j'irais sans m'occuper des retombées.
Rien n'empêche d'être a la fois bon élevé, fêtard et sociable.

Si ça change, parce que jusqu'au bac, les valeurs qui prédominent parmi les garçons, ce sont celles en rapport avec l'image classique de l'homme viril : celui qui marque des buts, celui qui se bagarre, le déconneur de la classe.


Etre studieux à l'école pour un garçon, ça a le même impact que d'être geek ou de faire de la danse.


Une fille studieuse et première de la classe, elle sera moins facilement moquée par les autres filles de sa classe, à moins qu'elle soit binoclarde, qu'elle se sape mal, enfin bref, qu'elle soit pas féminine quoi !


Ce n'est pas un hasard si les filles ont de meilleures notes que les garçons à l'école.

Mouais, pas convaincue... J'ai eu droit aux moqueries aussi mais c'était de la part d'un groupe de "pétasses" et de leur cour (le genre de nanas qui se remaquillaient en cours, obtenaient ce qu'elles voulaient des mecs de la classe juste d'un battement de cils et ne comprenaient pas comment on pouvait faire marcher son cerveau et rouler du cul en même temps) mais vu que je m'en foutais complètement de ces gens là, ça m'est passé au dessus de la tête (par contre, quand il a fallut les défendre en conseil de classe, j'ai passé la main à l'autre délégué).
Ce sont les seules qui ont fait des reflexions quand j'ai demandé à ma prof principale de me faire suivre les cours et les devoirs maison à l'hosto pour que je puisse les faire, les autres ont compris.

MaryMorgane a écrit:
mais vu que je m'en foutais complètement de ces gens là, ça m'est passé au dessus de la tête


Oui, c'est là le point crucial. Mais le souci, c'est que lorsqu'on a 9 ans quand ça arrive, on n'a pas le même blindage...


J'étais dans une école primaire qui faisait facilement sauter une classe. J'ai sauté le CM1. Je me souviendrai toujours de la façon dont l'instit de CM2 m'a présenté à la classe, le jour de la rentrée :

l'instit a écrit:
Vous voyez, Electrik a sauté une classe. C'est un très bon élève, c'est parce qu'il travaille bien !


Ou comment mettre mal à l'aise un gamin de neuf ans...


Alors après, je ne pouvais plus entendre le mot "intello" sans que ça me rappelle qu'on me catégorisait.


Et puis après, dès que j'avais une bonne note, on me ressortait ce mot "intello". Ce n'était d'ailleurs pas forcément méprisant. Les adultes aussi s'y mettaient, en disant que j'étais "une tronche". Là c'est un compliment, mais ça vous rappelle que vous êtes différent aux yeux des autres.


En 5e, je faisais du tennis. Et parmi les autres élèves du même cours de tennis, il y avait deux filles de mon CM2, et une autre fille. J'ai entendu de loin la remarque de la 3e fille, quand l'une de mes camarades de CM2 lui a dit que j'avais sauté une classe :

Citation:
Baaah, c'est un intello. Je parie qu'il sait même pas ce que c'est une galloche !



Je savais ce que c'était, mais je n'avais encore jamais embrassé de fille en 5e. Alors je me suis senti honteux, et j'ai commencé à associer bonnes notes = pas un homme = pas de copine.


Voilà comment on se crée une croyance limitante et auto-réalisatrice. Comme je croyais que mon statut d'intello me dévaluait avec les filles, alors il me dévaluait, et ça renforçait la croyance...



Pourtant, en regardant objectivement, je n'étais pas exclu. J'avais des amis, je participais à mes premières soirées. Il y avait même des filles qui voulaient sortir avec moi. Mais ce n'était pas celles que je voulais, alors j'ai refusé. Vu que mon estime de moi était atteinte, j'aurais voulu sortir avec LA plus belle fille de la classe, voire du collège, celle que tout le monde voulait, afin de montrer aux yeux de tous que je n'étais pas un intello.


J'ai continué avec ce complexe au lycée. Je suis entré en section scientifique, avec option sciences de l'ingénieur. Comme c'était une option technique, il y avait 4 femmes pour 30 mecs en première, et puis 1 femme pour 30 mecs en terminale...


Il fallait donc chercher une copine en dehors de ma classe. Problème (pour moi), j'étais en S, et en S, c'est les intellos... J'étais encore inhibé à cause de ça. J'ai fait quelques essais, audacieux. Ils se sont soldés par des rateaux. Des râteaux légers, mais qui renforçait encore ma croyance (c'est parce que j'étais intello).


Ensuite au lycée, dans ma classe, ça écoutait du rap ou du métal, et ça fumait des joints. Comme ce n'était pas mon truc, je me sentais différent, et là ça renforce encore la croyance : Je suis un intello, et en tant que tel, je ne suis pas cool comme les autres (surtout comme les autres mecs). Donc ça m'inhibait encore plus.


Et pourtant, au lycée non plus, je n'étais pas exclu. Je prenais même souvent la parole en public.


Depuis j'ai eu des copines. Mais lors des moments de doute, ce complexe de l'intello me revient toujours. Toujours la même peur d'être jugé à part, barbant, pas viril, dès que je montrerai mon vrai "moi"...

C'est pour ça que mon père n'a pas voulu que je saute de classe (surtout que je suis de fin d'année). C'est vrai que primaire/collège, on a pas encore le recul pour passer outre ses réflexions. C'est un travail sur soi a faire après je pense, quand on a la maturité nécessaire.

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