MaryMorgane a écrit:
mais vu que je m'en foutais complètement de ces gens là , ça m'est passé au dessus de la tête
Oui, c'est là le point crucial. Mais le souci, c'est que lorsqu'on a 9 ans quand ça arrive, on n'a pas le même blindage...
J'étais dans une école primaire qui faisait facilement sauter une classe. J'ai sauté le CM1. Je me souviendrai toujours de la façon dont l'instit de CM2 m'a présenté à la classe, le jour de la rentrée :
l'instit a écrit:
Vous voyez, Electrik a sauté une classe. C'est un très bon élève, c'est parce qu'il travaille bien !
Ou comment mettre mal à l'aise un gamin de neuf ans...
Alors après, je ne pouvais plus entendre le mot "intello" sans que ça me rappelle qu'on me catégorisait.
Et puis après, dès que j'avais une bonne note, on me ressortait ce mot "intello". Ce n'était d'ailleurs pas forcément méprisant. Les adultes aussi s'y mettaient, en disant que j'étais "une tronche". Là c'est un compliment, mais ça vous rappelle que vous êtes différent aux yeux des autres.
En 5e, je faisais du tennis. Et parmi les autres élèves du même cours de tennis, il y avait deux filles de mon CM2, et une autre fille. J'ai entendu de loin la remarque de la 3e fille, quand l'une de mes camarades de CM2 lui a dit que j'avais sauté une classe :
Citation:
Baaah, c'est un intello. Je parie qu'il sait même pas ce que c'est une galloche !
Je savais ce que c'était, mais je n'avais encore jamais embrassé de fille en 5e. Alors je me suis senti honteux, et j'ai commencé à associer bonnes notes = pas un homme = pas de copine.
Voilà comment on se crée une croyance limitante et auto-réalisatrice. Comme je croyais que mon statut d'intello me dévaluait avec les filles, alors il me dévaluait, et ça renforçait la croyance...
Pourtant, en regardant objectivement, je n'étais pas exclu. J'avais des amis, je participais à mes premières soirées. Il y avait même des filles qui voulaient sortir avec moi. Mais ce n'était pas celles que je voulais, alors j'ai refusé. Vu que mon estime de moi était atteinte, j'aurais voulu sortir avec
LA plus belle fille de la classe, voire du collège, celle que tout le monde voulait, afin de montrer aux yeux de tous que je n'étais pas un intello.
J'ai continué avec ce complexe au lycée. Je suis entré en section scientifique, avec option sciences de l'ingénieur. Comme c'était une option technique, il y avait 4 femmes pour 30 mecs en première, et puis 1 femme pour 30 mecs en terminale...
Il fallait donc chercher une copine en dehors de ma classe. Problème (pour moi), j'étais en S, et en S, c'est les intellos... J'étais encore inhibé à cause de ça. J'ai fait quelques essais, audacieux. Ils se sont soldés par des rateaux. Des râteaux légers, mais qui renforçait encore ma croyance (c'est parce que j'étais intello).
Ensuite au lycée, dans ma classe, ça écoutait du rap ou du métal, et ça fumait des joints. Comme ce n'était pas mon truc, je me sentais différent, et là ça renforce encore la croyance : Je suis un intello, et en tant que tel, je ne suis pas cool comme les autres (surtout comme les autres mecs). Donc ça m'inhibait encore plus.
Et pourtant, au lycée non plus, je n'étais pas exclu. Je prenais même souvent la parole en public.
Depuis j'ai eu des copines. Mais lors des moments de doute, ce complexe de l'intello me revient toujours. Toujours la même peur d'être jugé à part, barbant, pas viril, dès que je montrerai mon vrai "moi"...