Mon argument quant à Loft Story vs Freud, c'est qu'il est possible d'avoir
un regard riche sur l'un, et rester totalement vide bien qu'ayant lu l'autre.
Ce fut d'ailleurs une plaie du forum un temps, qui entraînait son lot d'utilisation de mots à mauvais escient, de consommation culturelle moutonnière et autres désagréments. Une phrase de Nietzsche coûte moins cher qu'un costume, et on ne risque pas de faire paysan endimanché. Et si l'autre répond de même, quelle plaisir de se sentir entre soi !
Plutôt que la culture comme liste de choses à lire, je préfère la culture de la rencontre. La qualité littéraire m'importe peu en tant que telle. Une lecture agréable, c'est la rencontre d'une sensibilité et d'une œuvre : presque entre deux êtres séparés par le temps et l'espace. Hesse me parle de ma recherche d'une vie qui me soit supportable dans son Loup des steppes. Gary un peu de ma relation à ma mère dans les promesses de l'aube. Les représentations de la folie, aussi. Un homme d'exception, par exemple.
Pour que cette rencontre aie lieu, il faut avant tout qu'il y ait possibilité d'une communication : rôle fondamental de l'école qui m'apprend à lire, mais aussi de mon milieu qui valorise la lecture, mais aussi pour lequel lire est vu positivement... "Reste pas dans ta chambre et va dehors !", entendu maintes fois chez un ami pour les parents duquel le dehors est le lieu de l'apprentissage et le dedans celui de la paresse.
Transmettre la conviction que dans tout le fatras que nos prédécesseurs ont laissé, il y a des choses qui nous parlent. Et décomplexer les gens, les assurer qu'ils ont droit de trouver Proust chiant et d'exulter avec Jules Valles.
Et un bon livre ne doit pas se laisser apprécier à la première lecture, le jeu des perles de verre est le meilleur livre que j'aie jamais lu. Je ne l'ai d'ailleurs toujours pas fini.