Je crois que ce témoignage m’est salutaire, car je pense être en train de dangereusement glisser vers la pente d’Aurélien… Mettons les choses au clair tout de suite : je n’ai jamais battu personne, et encore moins de petite amie. Le paradoxe veut même que je ne supporte pas de faire preuve de violence envers des personnes plus faibles que moi (je fais des arts martiaux).
Je vais mettre mon témoignage dans ce post, en faisant quelques comparaisons avec la situation d’Adrien.
Blusher a écrit:
Je ne vois pas l'intérêt de ce témoignage. Tu peux m'éclairer FK?
J’espère que ton avis à changé depuis…
Citation:
Non. Sauf à considérer qu'il est normal d'avoir ces pulsions et d'y laisser cours, ce mec n'est pas 'normal' ni représentatif.
Et il n’a jamais prétendu être représentatif du trentenaire moyen. A moins que tu ne connaisses des cas représentatifs de violence conjugale, et qui vont à l’opposé de celui-ci ?
@Frenchkiss: Par contre, c'est vrai que je me demande si le cas d’Aurélien est représentatif des conjoints violents. Je veux dire, je suis surpris par la lucidité dont il fait preuve aujourd’hui, mais également sur celle dont il a fait preuve en demandant à sa copine de partir.
MaryMorgane a écrit:
D'habitude on le présente comme un sadique faisant du mal volontairement pour remettre sa copine/femme a son rang d'être inférieur par rapport a lui (j'ai connu plusieurs cas comme ça).

Je n’avais jamais remarqué, mais maintenant que j’y pense, ce n’est pas un sujet dont j’ai déjà vu des gens discuter.
Blusher a écrit:
Tu présentes les choses de manière intéressante mais il ne faudrait pas tomber dans le relativisme moral non plus.
Aurait-il été choquant par exemple que sa copine porte plainte et qu'il soit jugé pour ses actes?
Je ne le pense pas.
Pas faux. Mais le fait que tant de femmes meurent chaque année sous les coups de leur conjoint montre que c’est loin d’être une réaction « habituelle » dans ce type de cas. Cependant, ta remarque est pertinente, et j’y reviendrai.
Bon, de plus, je vais me faire l’avocat du Diable, mais si on doit porter un jugement moral, je ferai remarquer que les conjoints battus ont aussi leurs torts.
ATTENTION : IL NE S’AGIT ABSOLUMENT PAS DE DIRE QUE SI LES VICTIMES SONT VICTIMES C’EST AUSSI DE LEUR FAUTE. Mais, comme Aurélien témoignait, il a battu la demoiselle à plusieurs reprises, et pourtant, elle est restée. Je ne comprends pas les raisons de ces demoiselles, d’où que je me disais que si @Frenchkiss ajoutait le témoignage d’une femme battue, ça pourrait être sympa.
Sinon, pour en revenir au témoignage…
Frenchkiss a écrit:
C'est pas le manque d'éducation, ou l'absence de valeurs morales qui permet à la violence de prendre racine, je pense que c'est bien plus compliqué que ça.
Je pense que ça passe surtout par un problème de gestion de l’échec et de la frustration. Personnellement, je suis plutôt malheureux actuellement (et depuis longtemps maintenant), et je dois faire face à des frustration assez importantes, sur plusieurs plans.
Une réponse très souvent apportée, quand on se retrouve face à la frustration, c’est de prendre sur soi. Vous remarquerez que c’est un aveu d’impuissance, mais bref… Ca doit marcher pour pas mal de monde, c’est peut être l’attitude à prendre dans certains cas, mais ça finit par montrer ses limites. Le problème, c’est que les limites en question sont les bordures qui mènent vers la violence... Plus précisément, si tu te retrouves face à un niveau élevé de frustration, à un moment, tu atteins ta limite. Pas un « craquement », d’un coup. Mais ton « espace de stockage » de frustration est plein, et il faut que ça sorte, d’une manière ou d’une autre. C’est exactement ce que j’ai pu expérimenter, et ce que décrit Aurélien.
Au début, par des moyens socialement acceptés. Par exemple, des cris plus réguliers, des crises de rages, … Ces changements, je ne les manifestais pas devant la personne concernée. Je fulminais de rage, seul chez moi. Ensuite, la situation s’y prêtant, j’ai commencé à parler de mes plus gros points de frustration à mes proches, à la recherche de solutions, et avec une colère dans la voix plus forte que je ne l’aurais voulu… Mais n’ayant obtenu aucune solution, la frustration a perduré. Comme je l’ai dit plus haut, le « prendre sur soi » a commencé à devenir néfaste car, au fond, je n’ai rien fait pour régler mes problèmes. L’autre point que je voulais signaler à ce stade, c’est que j’ai négligé ces changements. Après tout, est-il anormal de s’énerver un peu ? Je suis plus colérique qu’avant ? Oui, mais ma situation est plus difficile qu’avant. La similarité avec Aurélien m’a frappé (il explique que la pression au boulot a augmenté, ce qui l’a « changé »)…
Ensuite, ces moyens ont été dépassés à leur tour, et je suis passé à des moyens un peu moins acceptés. C’est-à -dire que des petites choses où je prenais sur moi, eh bien j’ai arrêté... Par exemple, une fois de temps en temps, un mec ne mets pas son clignotant au rond-point, mais j’anticipe qu’il va tourner à gauche (où je suis, c’est habituel). Eh bien, histoire de lui apprendre, je fais comme si je n’avais pas anticipé… Il y a d’autre exemple. Plus significatif maintenant. J’ai dans mon entourage un gars désagréable dont je ne peux pas me débarrasser (je ne suis pas encore indépendant). Je dois beaucoup prendre sur moi pour le supporter. Eh bien, je fais moins d’efforts. Cela m’a valu (me vaux, en fait…) des problèmes, mais bon, je gère. Vous remarquerez le changement… Là en revanche, j’ai commencé à m’inquiéter, car j’ai constaté que je commençais à ne plus pouvoir supporter la frustration, et ce même dans des cas où il aurait mieux valu… Là encore, j’ai mis ça sur le compte des dégradations récentes de ma situation que je venais de subir. Et puis bon, oui, je suis plus violent qu’avant, mais ce n’est pas si grave… Bon, oui, un ami proche (et face auquel je suis beaucoup plus relâché et naturel qu’avec les autres) m’a bien fait part de sa surprise devant la violence verbale dont je pouvais faire preuve face à une contrariété, mais bon… Enfin, c’est lui qui prend les choses de manière trop cool !
J’ai fini par admettre que j’avais un problème (et que je devrai consulter un psy) avant-hier en fait. Je n’entrerai pas dans les détails, mais je me suis retrouvé dans une situation où une conasse m’a réellement manqué de respect (un observateur extérieur était à peu près du même avis). J’ai alors eu une réelle envie de la frapper. Rien ne s’est passé, ne vous inquiétez pas. J’ai « sublimé » mon envie on va dire. Mais 1-2 heure après les faits, en y repensant à tête reposée, j’ai compris que non, là , j’avais un problème, que plusieurs éléments que je n’ai pas cité ici auraient dus me faire comprendre que je me voilais la face, et que je ferais mieux de réagir avant que ça ne me crée
réellement problème…
Dans des circonstance différentes, si j’avais une copine, je me demande si j’en serais venu à la frapper (grand Dieu, j’espère que non !). Mais je voulais faire une remarque en écho à ce que je disais sur la « responsabilité » des victimes. Si les mécanismes qui finissent par amener des conjoints à battre leurs femmes sont les même que ceux que je suis en train de vivre, vous aurez remarquer qu’il y a une gradation. D’abord les mécanismes de décompressions les moins gênants socialement parlant, puis une progression dans la violence et le « coût » social, jusqu’à un point limite qui varie je pense selon les individus. Moi, ça a été quand j’ai « sublimé » mon envie de frapper. Aurélien, en imaginant qu’il lardait sa copine de coups de couteaux… Donc, je me disais que dans un tel cas, les femmes victimes de violence conjugale aideraient les deux partis en prenant la décision de partir, même si c’est difficile. Attention, je ne les accuse pas de leur sort, d’autant plus que je l’ai moi-même expliqué, je ne comprends pas les ressorts qui les incitent à rester, mais en agissant de la sorte, elles enfoncent le gars (mais bon, il n’est pas à plaindre, hein), mais surtout elles s’enfoncent elles, et se préparent à se faire battre encore plus…
Je voulais également revenir sur cette remarque de Blusher :
Citation:
Tu présentes les choses de manière intéressante mais il ne faudrait pas tomber dans le relativisme moral non plus.
Aurait-il été choquant par exemple que sa copine porte plainte et qu'il soit jugé pour ses actes?
Je ne le pense pas.
Tu as raison, et justement je pense qu’une des parties du mécanisme repose dans une certaine minimisation des faits, par rapports à d’autres personnes ( minimiser ce qu'elles en auraient pensé), mais aussi une minimisation instaurée par la première fois, une habituation. Puisque bon, c’est vrai que le mec frappe sa copine à plusieurs reprises, et ne se dit qu’il devrait peut-être aller chercher de l’aide que lorsqu’il s’imagine la poignarder… Je pense que le même mécanisme doit jouer pour la femme battue.
Sinon, juste quelques petites remarques : je pratique des arts martiaux, mais je ne pense pas que ça aide à contrôler la colère et la violence. Ce serait même plutôt l’inverse. Je demande leur avis aux membres du forum.
Ensuite, je ne pense pas que les valeurs morales aient un quelconque rapport direct dans cette histoire. d'autant plus que c’est justement dans l’irréfléchi que se manifeste la violence, pas quand on juge rationnellement, mais au contraire lorsque l’émotionnel devient tel que les facultés d’analyse et de perception sont au mieux diminuées…