[A] Vie, escroqueries et couilles de Tigre...

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Vie, escroqueries et couilles de Tigre, soigneusement enveloppées dans un rouleau de papier toilette.


--- Article écrit dans le cadre du concours Write & Fight Episode 2 ---

Ce qui va suivre est long et n'est, je pense, pas destiné à tout le monde. Il y a des attitudes de pensée qui nécessitent un certain cheminement intellectuel préalable – ceci dit sans aucune arrogance ou prise de préjugés, c'est simplement un fait – et s'il est probable que tous ici sachent déjà implicitement ce que je dis – ça n'a rien de nouveau, et ça traine naturellement dans la conscience collective depuis un bon bout de temps – il est tout aussi probable que les moins de vingt ans – pour des questions d'expérience – et en général, ceux qui considèrent la séduction comme un but en soi ne le comprennent pas.
Ce n'est pas un guide à situations pratiques, ni les 100 trucs et astuces pour choper une fille en 29 secondes. Plutôt une tentative de rassembler avec une cohérence relative tout ce que je sais et ai appris ces quatre dernières années sur la façon d'avoir une éthique de vie, et d'être un homme. C'est donc à la fois très large et très subjectif, mais j'ai tenté de l'exprimer de façon aussi claire et concise que possible, pour en faire une sorte d'aide à la marche à suivre. Un coup de pouce pour aller plus vite, plus loin, et de brûler certaines étapes douloureuses. Pour ceux que ça intéresse, suivez le guide.

Petit edit : je m'aperçois que j'aime bien fonctionner par phrases toutes faites, bien punchlines. Mais ça exprime bien le sens que je veux leur donner.


Neil Gaiman a écrit:
- Mon escroquerie préférée, c'était le Coup de l'Evêque. Il y avait tout là-dedans : suspense, subterfuge, portabilité, surprise. Je me dis que, parfois, peut-être, avec de petits aménagements... » Voyageur médita un instant puis secoua la tête.

« Non, elle a fait son temps. Mettons que nous soyons en 1920, dans une grande ville, voire une ville de moyenne importance – Chicago, par exemple, ou New-York, ou Philadelphie. Nous sommes dans une grande bijouterie. Un homme vêtu en ecclésiastique – et pas un simple ecclésiastique : un évêque en grande tenue violette – choisit un collier : un superbe assemblage de diamants et de perles, qu'il paie avec une douzaine de billets de cent dollars flambant neufs.

« Comme il y a une tache d'encre sur celui du dessus, le propriétaire, gêné mais ferme, envoie le tout à la banque au coin de la rue pour vérification. Bientôt, l'employé chargé de la course revient en assurant qu'aucun billet n'est contrefait. Le bijoutier présente de nouvelles excuses, mais l'évêque, charmant, déclare fort bien comprendre le problème, car il y a tant de mécréants de nos jours, tant d'immoralité et de duplicité de par le monde – sans parler des femmes impudiques. Qu'attendre d'un pays où la pègre a quitté le caniveau pour hanter les écrans des cinémas ?
Tout en déposant le collier dans son écrin, le bijoutier tente très fort de ne pas se demander pourquoi un évêque achète une rivière de diamants à douze cents dollars, ni pourquoi il la paie en liquide. Le prélat fait ses adieux chaleureusement mais à peine est-il sorti dans la rue qu'une grosse main s'abat sur son épaule.
“Mais c'est Soapy ! Alors espèce de vaurien, tu recommences tes petits tours, hein ?”

« Et un solide policier à la bonne tête d'Irlandais le repousse dans la bijouterie.
“Cet homme vous a-t-il acheté quelque chose ?” s'enquiert-il. “Sûrement pas, s'exclame l'évêque. Dites-lui que non !” Mais le marchand répond déjà : “Et comment ! Un collier de perles et de diamants qu'il a payé en liquide. – Vous auriez encore les billets sous la main, monsieur ?” demande le policier.
Alors, le commerçant sort les douze coupures de cent dollars de son tiroir-caisse et les lui tend. Notre agent les examine à la lumière et secoue la tête, émerveillé. “Oh, Soapy ! Soapy ! Ce sont les plus beaux que tu aies jamais faits ! Tu es un sacré artiste !”

« Un sourire satisfait étire les lèvres de l'évêque : “Vous ne pouvez rien prouver, prévient-il. La banque a dit qu'ils étaient bons. Ce sont des vrais billets. – Je suis sûr que ces braves gens n'y ont vu que du feu, admet le policier, mais je doute qu'on les ait avertis que Soapy Sylvester était en ville, et qu'ils aient constaté la qualité des billets de cent dollars que ledit Soapy écoulait de Denver à Saint-Louis.” Sur ces mots, il sort le collier de la poche de l'évêque.
“Douze cent dollars en perles et en diamants contre cinquante cents de papier et d'encre, déclare-t-il, visiblement philosophe dans l'âme. Et en plus, tu te fais passer pour un homme d'Eglise. Tu devrais avoir honte.” Il menotte l'évêque qui, à l'évidence, n'en est pas un, et il l'emmène, non sans avoir donné au bijoutier un reçu pour le collier et les mille deux cent faux dollars. Ce sont des pièces à conviction.

- Est-ce qu'ils étaient vraiment faux ? demanda Ombre.

- Bien sûr que non. De beaux billets tout juste sortis de la banque, avec juste une empreinte de pouce et une tache d'encre verte sur un ou deux, histoire de les rendre un peu plus intéressants.

Neil Gaiman – American Gods



Comme toutes les bonnes escroqueries, celle-ci repose sur la cupidité et l'âpreté au gain. Les escrocs sont, d'une certaine manière, les artistes déchus de notre époque. Escroquer quelqu'un est mal, certes, répréhensible aux yeux de la loi, mais peu de choses apportent autant de jouissance que le jeu d'acteur et la prise de risque qu'elle demande, ainsi que la pensée de la tête du pigeon plumé.
De même, une belle escroquerie, bien menée, est d'un point de vue intellectuel un chef-d'œuvre en soi, l'équivalent en connaissance profonde de l'âme humaine et de ses penchants les moins avouables du plafond de la chapelle Sixtine dans la peinture.
Considérez un bon escroc comme un Robin des Bois moderne, la philanthropie en moins. Mais s'il escroque, c'est moins par besoin d'argent que par amour de l'art, par plaisir de voir une moue défaite sur les traits du richard dupé. Il y a une certaine élégance à penser, comme à accomplir, une escroquerie.

Je ne suis pas en train de vous envoyer étriller tous vos voisins – et j'espère que vous ne le ferez pas :wink:. Ce que j'essaie de montrer, c'est qu'un bon observateur de l'âme humaine passe maître dans tout ce qu'il cherche à accomplir, parce qu'il comprend comment se reposer (au sens propre, en évitant de gaspiller ses forces inutilement) sur les autres.
Là où l'escroc est dans le brouillard, c'est qu'il s'appuie sur les autres, mais en fait son mode de vie. Il les essore jusqu'à ce qu'ils n'aient plus rien à donner, puis passe à une autre victime, laissant la précédente sur le carreau, jusqu'à ce qu'il fasse coincer, puisque c'est un être nuisible.


PQ : Première feuille

Essayons de voir la société comme un gigantesque organisme, vivant et grouillant de ses multiples activités. Une action collective amène cet organisme à dresser paresseusement un bras, puis à le reposer une fois l'élan éteint. Une fourmi ne se conçoit pas sans sa fourmilière : seule, elle erre sans but pour finir par se laisser mourir dans quelque endroit. Dans la fourmilière, elle a un rôle, un but : c'est une fourmi soldat, une ouvrière, ou la reine.
Cette organisation rappelle un peu l'organisation tripartite définie par l'anthropologue Georges Dumézil dans Mythe et Epopée en observant la société indienne :
- au sommet, la reine/prêtres/brahmins
- ensuite viennent les soldats/guerriers/kshatriyas
- et enfin les ouvrières/artisans/vaishyas.

Chaque classe s'interpénètre et sert l'autre. Les guerriers défendent les artisans qui les nourrissent en retour, les prêtres détiennent le pouvoir spirituel et la capacité de faire avancer la société. L'équivalent actuel, ce sont les hommes qui ont des postes clés dans l'industrie, dans les gouvernements, mais aussi ceux qui réussissent : Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, par exemple, ou les fondateurs de Google, tous ces « capitaines d'industrie ». Capitaines. C'est-à-dire les hommes qui sont à la tête de ces actions collectives dont je vous parlais plus haut, ou, pour faire plus court, les leaders, les hommes qui ont compris comment s'appuyer sur leurs congénères sans les saigner à blanc, et en les payant de retour. Le problème est assez simple, en fait : nous sommes aujourd'hui dans une société qui nous pousse à la conformité, au consensus médiocre, de masse.

Nous ne sommes pas une fourmilière. Nous ne sommes pas des moutons qu'on mène à l'abattoir en bêlant stupidement. Nous sommes des hommes. Des êtres à deux pattes, avec une intelligence qui a suppléé à notre manque de défenses naturelles, et nous a fait régner en maîtres sur le reste de la chaîne alimentaire et de la planète. Pour cette raison, vous ne pouvez pas, vous ne devez pas vous laisser abattre par la moindre difficulté. Vous ne pouvez pas – et c'est l'exercice le plus douloureux – vous laisser abrutir par la société qui nous entoure, qui vous matraque les couilles à coups de bons sentiments jusqu'à ce qu'elles soient en purée et que tout ce que vous sachiez faire, c'est acquiescer d'un air bovin aux directives qu'on vous donne.

Ça implique de se secouer les puces un minimum. Ça fait mal, parce que le cheminement est long et dur – accoucher d'un nouvel être se fait toujours dans la souffrance, mais j'y reviendrai – parce que les gens vont vous regarder (ou vous regardent déjà) comme un OVNI, un trublion qui menace leur petit confort, vont essayer de vous mettre des bâtons dans les roues, et de vous annihiler. C'est le concept de l'AMOG en séduction, mais considérez-le étendu à toute votre existence.
Vous avez donc pris conscience de ça, et vous commencez à vous transformer. La chrysalide s'extrait péniblement de sa gangue pour devenir un papillon. Et puis là – bim ! Vous vous tapez une phase de blues, votre boss vous reconduit sur le paillasson avec un grand sourire et une prime de licenciement, vous surprenez votre copine rouler une pelle à un autre mec et pour couronner le tout, un connard vous a dévoilé le nom du Tueur aux Origamis dans Heavy Rain (c'est Shelby :mrgreen:).


PQ : seconde feuille

Qu'allez-vous faire ? Rester sur le paillasson la tête entre les cuisses, en attendant que des lichens vous poussent sur le crâne, transformer en paquet de jambon Mal Vu! votre rival amoureux ou le spoiler ? Ou faire comme dans cette belle allégorie que j'aie lu quelque part dans un e-book, encaisser le rouleau de la vague, en ressortir trempé, rire et y replonger ?

Chez tous ceux qui réussissent, chez tous les leaders, chez tous les alpha, il y a deux points communs : la ténacité et la lucidité de leurs objectifs. Au passage, revenons deux minutes sur le concept d'alpha male. De ce que j'en ai compris, c'est un bon concept au départ que la communauté a transformé en un tissus de fadaises en le focalisant sur la séduction. Effacez de vos têtes qu'être un alpha, c'est être le mec qui fait rire les nanas, qui est le centre d'attention d'un groupe, etc. En raisonnant ainsi, vous basez votre estime de vous sur les réactions des autres : elle va donc fluctuer en fonction de cette variable, et ce n'est pas ce que vous voulez, non ?
Le véritable alpha, c'est ce que j'appelle un leader. Dans les siècles passés, ils étaient légion. Il y une chanson de Paula Cole au titre évocateur : Where have all the cow-boys gone ? – Mais où sont passés tous les cow-boys ? Les vrais mecs mal rasés, mal peignés, sentant la sueur et la fumée âcre qui monte des poils des chevaux éreintés, en culottes de peau, le Stetson négligemment enfoncé sur le crâne ? Disparus. Pouf – évanouis. Comme des lapins de prestidigitateurs dans les rêves des enfants.

Aujourd'hui, la société – mais ce n'est pas de votre faute, c'est l'air du temps qui veut ça – vous émascule et s'attend en plus à ce que vous payiez la main-d'œuvre. Soyez donc alpha. Soyez leader dans votre domaine, dans vos compétences, dans votre tête, dans votre cœur.
Le chemin de la réussite passe par là, y compris en séduction, qui n'est qu'une annexe, une conséquence naturelle d'une personnalité charismatique.

● La ténacité

C'est d'abord dans votre cœur que ça se passe. Dans vos tripes. Vous devez arriver à sentir vos objectifs, à les vouloir de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout votre corps. Quand j'étais petit, j'étais un fan de Tolkien. Raide dingue ébaubi. Ça s'est calmé avec le temps, même si je l'apprécie toujours, mais passons. L'important, c'est qu'il y avait cette édition en anglais du Seigneur des Anneaux pour le cinquantenaire de sa publication : cartonnée, illustrée par John Howe, avec les cartes originales de l'auteur et de son fils Christopher, les annexes, une préface des plus grands auteurs de fantasy qui doivent tous, d'une manière ou d'une autre, au vieux John Ronald, et plus. Je la voyais dans mon miroir en me lavant les dents, je la sentais dans mon oreiller en me couchant, j'en rêvais en prenant le bus pour le collège, bref, je la voyais partout. Je la voulais, comme j'ai rarement voulu quelque chose. J'aurais donné n'importe quoi pour l'avoir.
Pour l'anecdote, mes parents n'ont jamais voulu me l'offrir (elle coûtait trop cher et j'étais un peu obsédé) et j'ai fini par me l'acheter, à prix d'or, à ma majorité.
Je ne sais pas si vous avez déjà éprouvé cette envie qui vous tenaille le ventre, mais si c'est le cas, c'est génial. Parce que c'est exactement ce que vous devez ressentir dans vos objectifs. Vous ne devez pas en avoir simplement envie. Vous devez les vouloir, méchamment, sauvagement, et une fois mordu dedans, ne plus les lâcher. De toute façon, vous n'en auriez plus envie.

C'est une lutte constante. Pas contre les autres, contre vous-même. Ne tombez pas dans le panneau de l'aigreur. C'est vous votre pire adversaire. Riez de vous-mêmes, mais soyez assez sérieux pour prendre les décisions qui s'imposent.
Un petit con vous tourne en dérision, vous et vos rêves ? Au pire, c'est, hélas, un petit con. Au mieux, un mec qui n'a rien compris à la vie et passera la sienne à remuer la croupe bien docilement au rythme du troupeau. Ignorez-le. Apprenez à laisser glisser les quolibets sur vous comme sur de la glace. Il y a encore une meilleure façon de faire, mais à ce stade, contentez-vous de ça, c'est déjà bien mieux que la moyenne.

Comment arriver à acquérir cette force d'âme qui fait le leadership et caractérise un homme ? Il y a autant de manières différentes que de personnalités. Certains trouvent leur voie dans la spiritualité (bouddhiste, catholique, musulmane,...), certains dans le développement personnel, la PNL, le self-improving, d'autres encore dans la philosophie (Krishnamurti, le Bushidô,... lisez les philosophes orientaux, ils sont d'une clarté et d'une justesse affolante dans la plupart des domaines), certains enfin dans l'action (la boxe thaï, la musculation, le Fight Club perso,...). L'idéal pour moi est d'arriver à une juste combinaison de toutes ces disciplines et d'être un homme complet.
Concrètement, il existe des exercices de PNL pour vous aider dans la vie de tous les jours 1.
Sinon, il n'y a pas de secret. Il faut faire les choses petit à petit, se fixer des objectifs raisonnables et en nombre défini, que vous écrirez sur un papier et cocherez le soir pour vous aider à les remplir. S'astreindre à une discipline de vie, en bref 2.

● La lucidité dans ses objectifs

Il faut vouloir de tout son être son but, mais si on ne sait pas comment y arriver, c'est peine perdue. On s'éparpille et on dépense des tonneaux de sueur pour de maigres résultats.

Installez-vous confortablement. Un endroit que vous appréciez particulièrement, où vous vous sentez à l'aise, chez vous. Moi, c'est un vieux fauteuil crapaud très cliché, avec la bourre qui s'échappe de plein de déchirures du cuir, mais ça peut être au bord de la piscine, sur une serviette, sur l'herbe au soleil, ou même sur les mains le long d'un mur, si ça vous fait triper. Faites alors le point en vous-même.
Si vous deviez partir sur une île déserte, maintenant, et vivre solitaire pendant une période dont vous ne connaissez pas la fin, qu'est-ce que vous emporteriez ?
Qu'aimeriez-vous laisser comme image à vos enfants, ou à une quelconque postérité, si vous voulez devenir célèbre ?
Quelle est l'activité dans laquelle vous vous sentez le mieux, vraiment mieux ? Ecrire, courir, lire, étudier,...
Qu'est-ce qui vous attire, dans quoi ? Précisément ?
Comment vous jugeriez-vous ?
Aimez-vous l'image que le miroir vous renvoie ?
Qu'aimeriez-vous améliorer ?
Etc...
Écrivez tout ça sur un papier, rassemblez vos affaires et classez-le par ordre d'importance. 1 pour les priorités immédiates (j'ai les dents jaunes, les gens m'évitent, je veux m'acheter une Kawasaki 350 cm3), 5 pour les dispensables (je veux changer de couleur de caleçon).
Évitez la forme négative, dites-vous : « je veux ci, je veux ça », pas « j'aimerais ». Je veux.
Mettez tout ça en poche, quittez votre antre de méditation, et allez l'appliquer.
Faites-le MAINTENANT. Plus vous repoussez une échéance, plus vous retombez inconsciemment dans le cercle vicieux qui amène 98% des gens à rester ce que la vie a modelé d'eux toute leur vie. Vous ne voulez pas devenir un pot de pâte à modeler, non ?

Bon, je sais que tout ça est facile à dire, vu et répété sur tous les sites de dév perso, n'empêche que c'est la manière la plus directe et la plus simple d'arriver à des résultats, et que ça ne fait jamais de mal de le rappeler.


PQ : troisième feuille

Il y a un manga que je trouve excellent, quelque part dans ma bibliothèque, avec une couverture noire et des numéros sur fond gris. Le dessin est le plus naze que j'aie jamais vu, mais les thématiques soulevées sont tellement intéressantes que je le possède jusqu'au tome 20 et des poussières (après, ça part en trip à la Dragon Ball Z : gros méchant – grosse latte du gentil – période (courte) de jouissance intense du méchant d'être méchant – entraînement intensif du gentil ou évolution surprise – grosse bataille de cinq épisodes où les deux adversaires se lancent des défis, redéfinissent la philosophie et font des moulinets de bras pendant que le public regarde le gentil avec des yeux ronds en mode : Oo, comment a-t-il gagné toute cette puissance en si peu de temps ? C'est in-croy-able !).
C'est Full Metal Alchemist. Je l'aime pour une chose : le principe de l'échange équivalent.

Basile Valentin, un alchimiste du XVIe s., le mangaka de FMA, Anaxagore de Clamozènes a écrit:
« Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau. »
« Pour toutes choses, il faut payer un prix. »


L'alchimie (al-khaiemia : la connaissance) est la quête du Grand Œuvre, la fusion de l'esprit avec la matière, la mutation finale de l'homme, en quelque sorte. La pierre philosophale n'en est qu'un des « rejets », une conséquence naturelle des milliers de manipulations d'éléments dans un creuset. Le Grand Œuvre ne s'obtient qu'après des années de travail (si on l'obtient !), des années passées à purifier, encore, et encore, et encore, par des opérations répétées, toutes semblables, des éléments chimiques simples dans des creusets, dans des mortiers, des athanors, opérations entrecoupées de longues méditations. Le prix à payer est énorme : une vie de labeur éreintant pour une hypothétique sagesse. En apparence.

La sagesse réside dans l'opération elle-même. Le Grand Œuvre est l'opération alchimique. Et c'est là tout le merveilleux de la chose. Vous voulez quelque chose ? La vie vous l'offre sur un plateau, mais il faut en payer le montant équivalent. Le truc est que la récompense est inscrite dans ce prix. Les efforts que vous ferez pour vous améliorer porteront des fruits, par forcément immédiats, mais en eux-mêmes. Le but que vous voulez atteindre n'est pas un phare qu'on voit à l'horizon, c'est le banc de dauphins qui suit le navire le long de la coursive. Il va avec vous, et plus vous vous améliorez, mieux, et plus complètement, vous remplissez ce but.
Je parlais tout à l'heure de l'aigreur et des jaloux qui peuvent vous pourrir la vie et d'une meilleure manière de les contrer. Il y en a une, mais il faut être passé par les autres cases auparavant pour être capable de la délivrer : c'est de les aider. Leur faire percevoir ce à quoi vous êtes arrivé, sans les humilier, et leur montrer la voie à suivre. Vous seriez surpris de savoir à quel point le taux de réponse des gens à ce genre de situations est positif, tant ils sont peu habitués à ce qu'on leur parle ainsi. L'homme véritable, et viril, agit par amour du type en face, et ce, de façon totalement désintéressée. C'est l'échange équivalent que vous pouvez faire dans votre vie. Vous ne pourrez jamais rendre à vos parents, à vos mentors, ce qu'ils vous ont donné. Par contre, vous pouvez le transmettre à votre tour et faire avancer le grand organisme.

Le principe de sérendipité vous y aide grandement.

Wikipedia a écrit:
La sérendipité est une découverte inattendue, faite grâce au hasard et à l'intelligence.


C'est plutôt compliqué à définir, mais en gros, c'est cette extraordinaire capacité qu'a la vie à vous faire trouver au bon endroit au bon moment. Ça n'a strictement rien de magique, ce sont juste des coïncidences extraordinaires qui arrivent toutes les semaines, mais dont on ne s'aperçoit généralement pas. Les anglais appellent ça le happenstance. C'est également la capacité à saisir ces opportunités offertes sur un plateau. Cela demande une certaine flexibilité mentale, mais on peut y arriver sans grandes difficultés, et à partir de là, c'est comme la « petite poussée » de Worms Armaggedon : vous êtes constamment au bord de l'eau, et tout ce que vous avez à faire, c'est donner le coup de pouce nécessaire pour y tomber, l'impulsion initiale. A l'ère de l'information continue et planétaire, c'est Google qui, par exemple, peut nous donner ce coup de pouce : une recherche, qui nous amène sur une page, puis sur une autre. Laissez-vous guider par l'entropie dans vos recherches, dans vos lectures : ça élargit le champ de vos connaissances et aiguise votre curiosité.

Autre manga à lire, d'abord parce que c'est de la bonne humeur en barres, et puis parce qu'il est bon, et que c'est une leçon de vie. GTO, Great Teacher Onizuka. Ca reste un shônen, bien sûr, avec tous ses codes, mais il y a plein de choses à en tirer. Je pense ne rien apprendre à la plupart d'entre vous, mais je vais quand même faire un rapide résumé de l'histoire.

Eikichi Onizuka a écrit:
J'ai commencé ma vie comme un vrai loser. Je traînais mes fonds de calebutte crasseux sur des motos, je volais dans les magasins, et je matais les petites culottes des écolières sous leurs jupes (fantasme typiquement nippon, faut-il le souligner). Ma seule vie, c'était les zokus, les copains motards.

Puis j'ai voulu être prof. Pas UN prof. LE prof, le plus grand du Japon. Bien sûr, tout le monde m'en veut, les vieilles peaux à la tête de l'école ont essayé de me mettre des bâtons dans les roues, mais peanuts. J'ai fait des trucs vraiment délires avec mes élèves. Je suis arrivé déguisé en éléphant en cours, je faisais des tours pendables avec eux, et puis quand je m'emmerdais, j'allais me palucher sur le toit en lisant un hentai ou fumer de la beuh. Je crois que je n'ai rien enseigné à mes élèves de la matière que j'étais censé faire – un truc casse-burnes comme « éveil à la citoyenneté » ou une connerie du même acabit, mais par contre, je leur ai appris à aimer l'école, à affronter la vie, à devenir des adolescents et des adolescentes heureux de l'être, bien dans leurs baskets, et au passage, je suis devenu un mec bien, et plus responsable que 150 et quelques chapitres avant.

Sinon, j'ai la classe et je suis le héros d'un shônen, alors ça aide vachement.


Onizuka est un pervers, une raclure de première catégorie, mais il le fait avec tellement de bonne foi qu'on ne peut s'empêcher de le trouver sympathique même quand il détourne toute l'eau chaude de l'école pour se faire un jacuzzi sur son toit. Mais il n'est pas que ça. C'est aussi un prof comme j'aurais adoré en avoir, une mine inépuisable de bonnes histoires, de farces, un type sans complexes, heureux de vivre, capable de mettre une branlée à un élève qui en avait besoin, puis de lui payer les frais d'hôpital, d'aller le veiller quand personne ne le fait, de trouver ses peurs les plus secrètes et de les remplacer par une volonté d'acier – et tout le reste à l'avenant.

Une fois donc parvenus à vous réaliser, réalisez les autres, et vous continuerez à vous améliorer, en apprenant à la fois d'eux et en leur enseignant. Le chemin n'a jamais de fin.


Fin du rouleau

Et petite annexe, vu que nous sommes dans un contexte de séduction.
Comment, concrètement, appliquer tout ça à la séduction ?

Eh bien, c'est simple et totalement idiot : ça ne s'applique pas. Si vous êtes devenus comme Onizuka, vous dégagez une telle vibe que les filles se roulent de plaisir sur le trottoir quand vous revenez déchiré de soirée avec des cernes qui atteignent le menton. Bien sûr, ça n'arrive pas, et heureusement, mais ça marche.
C'est ce que mes potes naturals m'ont appris, c'est la synthèse de quatre années de lectures et de tâtonnements en ce qui concerne les filles. Les techniques du game vous farcissent la tête plus qu'autre chose, ne sont qu'un échappatoire temporaire de votre condition présente, et pour ceux qui entre 15 et 25 ans, c'est-à-dire au lycée ou en fac, sont totalement contre-productives 3.

Les filles aiment des hommes, et plus encore, des gentlemen. Je pense que le séducteur parfait n'existe pas, mais que son produit de synthèse le plus fidèle est le gentleman. On peut être galant, et poli, sans être nice guy. La différence entre le gentleman et le nice guy est que le gentleman est galant, parce qu'il trouve que c'est dans l'ordre des choses que de tenir la porte ou de tirer une chaise à une femme, tandis que le nice guy se sent obligé de le faire par convention sociale.
Le gentleman est libre de ses choix. Il est gentil, mais il est viril.

Je pense que la culture est un énorme apport à cet état d'esprit. Lisez ce qui vous plaît, mais LISEZ. Apprenez. Soyez curieux, soyez ouverts. Ça vous servira de façon pratique à faire de merveilleux story-tellings – et ceux qui disent que le story-telling ne marche pas en France ne l'ont pas essayé sur les Parisiennes qui s'ennuient et cherchent l'évasion – de ceux où vous vivez instinctivement l'histoire en même temps que vous la racontez, où vos yeux brillent et vos bras bougent, fluides, dans l'air, et où vous séduisez par votre seule passion la fille en face de vous. Le monde est terne, Seigneur. Apportez-y un peu de couleur, de la vivacité ! Faites pousser des fleurs, des plates-bandes entières sur les routes de béton de la vie ! (Surtout celles des filles, ça les mettra dans vos bras plus efficacement que n'importe quelle line débile). Aimez les gens, donnez-leur des défis, poussez-les dans leurs retranchements, exaltez-les, et ils vous aimeront, et vous suivront jusqu'en en Enfer pour ça.
Vous invitez une fille au sempiternel café et vous ne savez pas où mettre les pieds ? Vous avez révisé toute la MM avant d'y aller, bras ballants et la tête farcie de concepts confus que vous ne comprenez qu'à peine ? Laissez tomber !
Emmenez-la au jardin Albert Kahn, par exemple, à Saint-Cloud, au bout de la ligne 10, un merveilleux parc botanique avec quatre ambiances différentes : zen, shinto (japonaise), anglaise, française. Prenez ensuite le café parce que c'est naturel, vous êtes tous les deux fatigués, avez besoin de vous reposer, et avez acquis dans cette promenade une complicité que vous n'auriez jamais eue sinon.

DECUPLEZ VOS POSSIBILITES.

Ah, et puis. N'hésitez pas à devenir ami avec des filles avant de songer à les baiser. Elles vous apporteront énormément d'un point de vue humain, et vous pourrez toujours coucher avec elles plus tard. A 20 ans, dans le tourbillon des facs, la FZ, c'est totalement fumeux.

Pour finir, une histoire créole, dans le style gouailleur qui leur est propre, que j'aime beaucoup et qui me fait toujours beaucoup rire, dont le héros est Anansi, le dieu-araignée.

Citation:
Un jour, Anansi croise Tigre près d'un trou d'eau. Tigre avait les plus grosses couilles du monde, les griffes les plus aiguisées, et deux canines aussi longues, aussi tranchantes que des poignards. Anansi regarde ses couilles avec envie et lui dit :
« Frère Tigre, va donc te baigner, et moi, je veillerai sur tes couilles ».
Il en est tellement fier, de ses couilles. Il les enlève avec précaution, les pose et va se baigner. Pendant qu'il s'ébat dans l'eau, Anansi les enfile, laisse les siennes, toutes petites et fripées, sur le rivage, et court aussi loin et aussi vite que ses jambes maigres peuvent le porter.

Il ne s'arrête pas avant le village suivant. Là, il croise Vieux Singe.
« T'as franchement bonne mine, Anansi, » dit Vieux Singe. Alors Anansi lui demande :
- Tu sais ce qu'ils chantent, là-bas, au village ?
- Qu'est-ce qu'ils chantent ?
- La chanson la plus drôle que j'aie jamais entendu, lui assure le dieu, et il se met à chanter et à danser :

Les couilles de Tigre, ohé,
J'ai bouffé les couilles de Tigre,
Personne peut plus m'arrêter,
Personne peut plus m'acculer,
Maintenant, c'est moi qui suis Tigre,
J'ai bouffé les couilles de Tigre.


Vieux Singe se tient les côtes et se tape le cul par terre tellement il rigole, et puis il se met à chanter : Les couilles de Tigre, j'ai bouffé les couilles de Tigre, en claquant des doigts et en tournoyant comme une toupie, dressé sur ses pattes arrière.
- C'est une chouette chanson, dit-il, je vais la chanter à tous mes copains.
- C'est ça, vas-y, lui répond Anansi, puis il retourne au trou d'eau.

Là, il trouve Tigre en train de marcher de long en large, avec la queue qui fouette l'air en rythme, les oreilles dressées et la fourrure du cou hérissée, les yeux flamboyant d'un éclat orange. Il balance un coup de gueule au moindre insecte qui passe à portée de ses crocs. Il est terrifiant, colossal, mais il a entre les pattes les plus petites couilles que vous ayez jamais vues, le plus petit, le plus noir et le plus ridé des scrotums.
- Eh, Anansi, rugit-il en le voyant. T'étais censé garder mes couilles pendant que je nageais. Quand je suis sorti de la flotte, y avait plus que ces merdes de couilles d'araignée, noires, bonnes à rien que je porte en ce moment.
- J'ai fait de mon mieux, lui assure l'autre, mais c'est les singes. Ils sont venus, ils ont bouffé tes couilles, et quand j'ai voulu les chasser, ils m'ont arraché les miennes. J'ai eu tellement honte que je me suis enfui.
- T'es un menteur, Anansi, dit-il. Je vais te bouffer les fesses, moi. »

Mais juste à ce moment-là, il entend les singes arriver de leur village pour boire au trou d'eau. Une bonne douzaine très gais qui gambadent sur le chemin en claquant des doigts et en chantant aussi fort qu'ils peuvent :

Les couilles de Tigre, ohé,
J'ai bouffé les couilles de Tigre,
Personne peut plus m'arrêter,
Personne peut plus m'acculer,
Maintenant, c'est moi qui suis Tigre,
J'ai bouffé les couilles de Tigre.


Alors Tigre grogne, vocifère, et leur fonce à la gueule, ce qui déclenche une panique et une ruée générale vers les plus hautes branches, et lui reste en bas, furieux et bredouille, et les regarde se balancer et lui faire des pieds de nez depuis les ramures. Et Anansi ? Il se gratte les grosses couilles toutes neuves qui pendent fort agréablement entre ses cuisses maigres et il rentre chez lui.
Et encore aujourd'hui, Tigre chasse les singes.



Fin du rouleau de PQ.

Banshee


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Notes

1 Un des meilleurs exemples que je connaisse : l'exercice avec le poing pour déclencher d'agréables souvenirs. Facile à mettre en œuvre et extrêmement efficace. pp. 48-49 de l'édition de poche (Marabout) de Tout se joue en moins de deux minutes, de Nicholas Boothman. Excellent livre par ailleurs, à se procurer si ce n'est déjà fait.

² Lisez à ce sujet l'excellent article d'Asles : Road to Mastery disponible ici ou quelque part sur FTS. Je le remercie au passage pour l'exposé le plus clair que j'aie lu en pas mal de temps sur un chemin de vie, et qui m'a servi à construire une partie de mon article.

3 Quand JonJonJon est arrivé sur FTS, je me suis dit « Ouf ! Enfin un mec normal qui a l'air de choper en fac et montre de façon claire ce sur quoi je n'arrive à poser que des concepts vagues ». Pour les jeunes dans notre tranche d'âge, lisez-le, avalez-le, faites-en des papillotes, c'est tout simplement superbe.

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    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • +3 (A lire) le 06.03.10, 13h58 par Valmont
  • -1 (Déjà vu) le 08.03.10, 05h16 par mike mancini
  • +1 (Intéressant) le 08.03.10, 11h36 par bigdogg
  • +1 (A lire) le 24.03.10, 23h42 par Lossenia

>< spoiler
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • -1 (...) le 06.03.10, 13h58 par Valmont

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