Des bouquins à conseiller ?

Note : 76

le 28.12.2011 par FK

230 réponses / Dernière par Oldboy le 26.07.2019, 18h37

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Ah bah oui mais c'est mauvais parce que "le théâtre" de Sartre, bah euh.. comment dire. C'est justement le mec qui fait de la très bonne littérature, et qui s'est cru bon de devoir écrire des pièces de théâtre.

Et comme tu dis, le théâtre c'est de la dramaturgie, et non de la littérature.

Les dramaturges classiques faisaient de la poésie, certes, mais il y a de l'action et de la vie dans les écrits, notamment pour Shakespeare.
Les personnages ont des objectifs et des motivations qu'on ne peut voir que lorsque c'est joué, et la poésie n'est là que pour grandir leurs destins.
Shakespeare est le champion dans le domaine, car il alterne les passages poétiques et les passages plus naturalistes, et même humoristiques (on rit beaucoup dans Hamlet, par exemple. Normalement. Quand c'est bien monté, sans aucun dédain pour le public).

Comment peux-tu savoir que Hamlet dans son monologue "to be or not to be" montre tout simplement qu'il sait qu'il est épié par le roi et son bras droit, et joue notamment la carte de la folie, si tu ne le vois pas joué ?
Tu peux simplement le savoir, sans l'avoir vu.
Je ne dis pas que le théâtre ne prend pas une autre force quand il est joué. Je dis juste que le texte peut se suffire à lui-même, aussi, d'autant que les mises en scène ne sont pas toujours heureuses (j'ai parlé de Sartre mais il y a des représentations de Shakespeare aussi qui sont d'une tristesse à pleurer).
En réalité, ce sont les représentations originales qui devaient être passionnantes, avec les acteurs à qui l'auteur avait pensé en écrivant ses pièces. Ce qu'on fait par la suite, ce sont de nouvelles interprétations qui peuvent sublimer comme dénaturer un texte.
J'adore Tenessee Williams, aussi. Ses pièces sont très bien, même quand on ne fait que les lire. Le jeu sur la langue est là, l'intrigue principale...

En réalité, il y a des tas de genres littéraires qu'on a mis par écrit et qui n'étaient pas faits pour ça à l'origine. L'Iliade et l'Odyssée, c'étaient des textes racontés à l'oral. La littérature médiévale était essentiellement orale elle aussi (elle est d'ailleurs écrite en vers pour une bonne partie). On a perdu la tradition de la récitation et de la mise en musique, mais ça n'enlève rien à la qualité des textes et à la possibilité de les apprécier de cette manière-là.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [+1] Absolument le 06.06.14, 22h21 par Onmyoji
Venusian a écrit :
Shakespeare - Hamlet, Othello
Sacrilège. Ce ne sont pas des livres, mais des pièces de théâtre. ÇA NE SE LIT PAS, ÇA VA SE VOIR SUR SCENE.

Est-ce que les gens lisent des scénarios de films ? Bon.

Ceci dit, pardon pour ce caprice, Shakespeare reste quand même une exception et il est vrai que ses grands chefs d'oeuvre comme Hamlet ou encore Richard III peuvent presque provoquer les mêmes émotions que si l'on va le voir sur scène. Presque.

Foutue éducation nationale qui fait passer le théâtre pour de la littérature, quand même.
Ha très intéressant !

Ta question "Est-ce que les gens lisent des scénarios de films ?"

Non...

On en a écrit un avec un pote. Sur un personnage issu de la franc-maçonnerie. Inch Allah ça va marcher !

Mais Shakespeare... C'est de la littérature, bien sûr!! Corneille, Racine, Molière, c'est de la littérature. Les auteurs de théätre écrivent. Ils écrivent des scènes; les mots qu'ils utilisent, leurs intentions, le fond de leur propos, tout ça dicte le jeu des acteurs. Shakespeare c'est Shakespeare, peu importe qui le joue. Cette langue tellement parfaite, voir ces mots imprimés, ça m'a fait tellement plus d'effet que certaines mises en scène que j'ai pu voir, Henri 8, Songe d'une nuit d'été notamment... J'ai vu un beau spectacle de danse sur Hamlet à Lyon, mais globalement le texte surpasse la mise en scène. En film, pareil. J'adorerais voir un film bien fait tiré d'une pièce de Shakespeare. Y a moyen franchement. Othello, c'est une lecture qui devrait être indispensable sur un forum qui traite des relations homme-femme, donc forcément de jalousie. Mais bon dieu c'est de la littérature, et pas n'importe laquelle... Shakespeare est le plus grand auteur de tous les temps, je le pense sincèrement.
Un film tiré de Shakespeare ? Voyez Looking for Richard, avec Al Pacino.
Et plus jamais vous ne penserez que le texte écrit se suffit à lui-même.

Quant aux autres auteurs, comme Molière ou Corneille et Racine je suis définitivement contre l'idée que ce sont des auteurs à lire.
En plus, se mettre en tête que c'est de la littérature ça pousse consciemment ou inconsciemment à penser que si on va voir une représentation théâtrale ça va être chiant (bah ouais, littérature sur scène = chiant).

Tennessee Williams, je suis ultra-fan. Mais encore une fois, l'intérêt est de le jouer ou le voir sur scène.
D'autant plus que là, la langue ne sert que l'action et la vie des personnages, y a pas vraiment de poétique.
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  • [0] Trop dogmatique le 28.05.14, 10h34 par Onmyoji
La lecture offre des échos qu'on a pas sur scène.
Pour les détails dont tu parles, il faut avoir suivi l'histoire et les didascalies.
Et puis la bonne manière de découvrir une oeuvre c'est de la manière qui va te la faire apprécier et qui va t'en faire découvrir plus.
Moi j'ai découvert Molière joué par des wannabe acteurs qui se pensaient suffisamment grands pour réinterpréter la mise en scène de la pièce et c'était de la grosse merde. Et ça m'a éloigné de ces lectures là des années.
Même si on découvre un bouquin génial par un film ou une série c'est mieux que rien, du moment qu'on sépare bien les deux et que ce n'est qu'un moyen de s'intéresser.
En outre l'écriture de ces auteurs s'écoute et de voit jouer mais elle se lit aussi.
Si tu vas par là on ne doit pas lire des paroles de chansons...
Si on pense que la représentation ça va être chiant c'est souvent le fruit de mauvaises expériences. Sinon on d'air bien que ce n'est pas que de la lecture d'un texte et qu'il y a du jeu et de la dynamique.
Heureusement il y a du bon théâtre aussi mais c'est pas si courant et pas la faute des oeuvres souvent.
La lecture offre des échos qu'on a pas sur scène.
Pour les détails dont tu parles, il faut avoir suivi l'histoire et les didascalies
Si le métier de comédien c'était juste suivre les didascalies, alors se serait bien pauvre ! :mrgreen:
Non, un metteur en scène, des comédiens, un scénographe sont là pour mettre en lumière bien de choses qui ne sont pas visibles à la lecture d'un texte.
Et pour l'exemple donné (monologue "to be or not to be"), il n'y a aucune didascalie, non. Et 90% des gens pensent que c'est un monologue ou Hamlet déambule, l'air pensif, déclamant son monologue en regardant le plafond (voire en regardant un crâne, mais ça c'est une erreur grossière).
Alors que lorsqu'on voit une mise en scène mettant en lumière l'enjeu réel de ce monologue, on y voit simplement un pauvre gars, qu'on a convoqué pour un traquenard, se jouer de ses ennemis.

Chez Molière, beaucoup de scènes appellent un rythme très précis et c'est ce rythme qui va donner les effets comiques, invisibles à la lecture. Chez Edmond Rostand, il y a ce qu'on appelle l'escrime verbale, un effet très spectaculaire visible seulement avec une mise en scène précise.
Sans parler de l'ironie de certaines répliques, qu'on ne découvre qu'en les jouant alors qu'un lecteur va les prendre au premier degré.

Et bien souvent, ce n'est pas ce qu'on dit qui est important, mais ce qu'on fait et comment on le dit. Comme en séduction.


Après, oui, il est vrai que beaucoup de mises en scène ont tué des oeuvres classiques, par cette vision élitiste justement, que n'avaient certainement pas les auteurs classiques.

Et effectivement, c'est souvent mieux que rien de les lire.
En même temps, soit c'est dans le bouquin et le fruit de l'histoire auquel cas tout le monde peut arriver à le comprendre (là le problème c'est pas que ce soir du théâtre ou pas juste que les gens savent lire). Soit c'est pas dans le bouquin et ça relève de l'invention de l'acteur ou du metteur en scène, mais dans ce cas pour moi c'est souvent moins intéressant car pas lié à l'intention de l'auteur (si on s'intéresse vraiment à l'oeuvre originale).
Mais sinon les acteurs n'ont pas un super pouvoir qui leur permet de savoir ce que veut dire l'auteur et pas les autres.
C'est aussi valable pour l'ironie et le rythme.
Tu as une bien trop haute opinion de votre pouvoir d'interprétation du texte par rapport à celui d'un lecteur. Rouen n'empêche les gens d'avoir la même démarche à la lecture que vous.

Quant à la remarque en gras, ce qui est génial avec les bons auteurs c'est que la forme est contenue dans le texte. Il n'y a pas besoin d'en faire trop
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  • [+1] +1 le 28.05.14, 13h57 par JpKoff
Tu as une bien trop haute opinion de votre pouvoir d'interprétation du texte par rapport à celui d'un lecteur. Rouen n'empêche les gens d'avoir la même démarche à la lecture que vous.
Non, c'est juste que si les acteurs n'apportaient rien en plus, il n'y aurait plus de théâtre depuis bien longtemps.
Soit c'est pas dans le bouquin et ça relève de l'invention de l'acteur ou du metteur en scène, mais dans ce cas pour moi c'est souvent moins intéressant car pas lié à l'intention de l'auteur
Tu fais un énorme amalgame. Les acteurs et metteurs en scène sont obligés d'avoir un pouvoir d'invention DANS LE RESPECT des intentions de l'auteur (quand c'est pas ce dernier qui met en scène, bien sûr).
Mais sinon les acteurs n'ont pas un super pouvoir qui leur permet de savoir ce que veut dire l'auteur et pas les autres.
C'est aussi valable pour l'ironie et le rythme.
Non, évidemment. Mais c'est le boulot d'un metteur en scène (et de ses acteurs) de pénétrer les intentions de l'auteur.

Une pièce de théâtre ce sont des acteurs qui vivent, bougent, parlent, des lumières, un rythme, de la musique parfois. Ne va pas me dire que tout ceci n'est pas 100 fois plus puissant qu'une simple lecture de pièce sinon je te dirai de foncer dès ce soir dans n'importe quelle salle voir une pièce, ça devient urgent pour toi.

Un roman peut véhiculer tout ça, en dopant l'imaginaire du lecteur, en mettant de riches descriptions, en imposant un rythme. Une pièce, pas vraiment vu que c'est pas fait pour ça : une pièce est écrite pour être jouée, avant tout. Y compris les grands classiques.
Fais pas comme si je parlais de ce que je connais pas, j'aime beaucoup le théâtre. Mais il n'empêche

que ce n'est pas mieux que la lecture des pièces. C'est en général différent.
Ce qui va faire que ça va être mieux ou moins bien, c'est ton degré d'implication dans ta lecture ou la qualité du jeu et du reste.
Si tu trouves que Shakespeare n'est pas puissant dans son texte, alors tu devrais le relire. Souvent le jeu n'est que superflu ou pas à la hauteur. Quand c'est à la hauteur c'est une expérience différente comme le lire le roman et voir le film.
Enfin, l'avantage c'est que les gens prennent déjà ces lectures comme ils le souhaitent et c'est une bonne chose.
Au final ton avis et le mien n'ont pas d'importance
Ah mais j'ai jamais dit que Shakespeare n'était pas puissant dans son texte, c'est même comme je l'ai dit plus haut une sorte d'exception. C'est le seul qui à la lecture peut procurer un début d'émotions qu'on peut ressentir en voyant une bonne interprétation scénique.

Mais pour la lecture de pièce de théâtre c'est un peu comme si quelqu'un se complaisait à lire des plans architecturaux au lieu d'aller visiter les monuments.

Et si on compare les pièces de théâtre aux autres oeuvres citées plus haut (pour raccrocher au sujet du topic tout de même), un très bon roman - classique ou pas - sera toujours plus riche que la meilleure pièce de Shakespeare, à la lecture.
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  • [0] Non le 28.05.14, 12h49 par Onmyoji
Je vais pas m'interposer dans votre petite querelle de connaisseurs :)

Peut-être que ça n'est que mon avis, mais pour moi, il y a certaines pièces qui valent la peine d'être lues, d'autres qui n'ont aucun intérêt sans être jouées.
Simplement parce que certaines donnent une grande importance au texte, aux mots, aux idées, tandis que d'autres mettent plus d'importance sur la performance, la mise en scène, le jeu d'acteur, et surtout, l'effet produit sur le spectateur (alors que le texte n'a en soi rien de transcendant).
Ce qui me fait dire cela c'est aussi la longueur de certaines pièces, qui pour moi sont bien trop courtes pour pouvoir éveiller de réelles émotions (à la différence d'un bon roman). Et dans ces cas-là, c'est la performance théâtrale qui lui donne une raison d'être, qui lui donne une vie.

Il y a également certaines pièces que peut-être le théâtre péjore, de par son jeu justement, qui ne permet pas de se focaliser autant sur le texte qu'une lecture.

D'une manière générale, je dirais que les pièces de théâtre font partie du patrimoine artistique, sans non plus s'apparenter uniquement à la littérature. Elles ne suivent d'ailleurs pas forcément le schéma des courants littéraires.
Le théâtre apporte certes une dimension très différente de la lecture. Mais les mots ont un effet très différent selon qu'ils sont lus ou entendus… Pour cette raison, je pense qu'il est intéressant de toujours faire les deux, dans la mesure du possible, et en les dissociant complètement, en ayant conscience de vivre deux choses très différentes, même si les personnages portent le même nom.
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  • [+2] Post de qualité le 28.05.14, 13h39 par Onmyoji
I know he plays with me
But when he comes all flirty
I can't help but surrender
And it just feels like forever
J'ai oublié de cliquer sur "envoyer" il y a 2 heures, du coup mon post ne sert plus à grand chose mais bon, "faut pas gâcher" (Guy Roux) donc je le remets :
Un film tiré de Shakespeare ? Voyez Looking for Richard, avec Al Pacino.
Et plus jamais vous ne penserez que le texte écrit se suffit à lui-même.
merci du conseil !

On ne se mettra pas d'accord sur le reste mais c'est pas grave, c'est un avis intéressant.

Maintenant que j'y pense, les scènes de théâtre, je les étudie plus que je les lis (ça m'arrive souvent de bloquer plusieurs minutes sur une page le temps de bien saisir tout ce qui se passe).
Et les dialogues, je me les fais dans ma tête.
Et puisque les auteurs ne sont plus en vie pour pouvoir donner l'interprétation originale de l'oeuvre, l'intention est de toute façon altérée par le prisme du metteur en scène. Qui va ajouter, retirer (pas des mots bien sûr...) au texte original selon son parti-pris.
Les nuances, le rythme, le contexte, évidemment qu'on peut les avoir sans voir la pièce, sinon comment pourrait-on proposer de nouvelles mises en scène? C'est certain que ça ne se lit pas comme un roman, mais il n'empêche que je suis convaincu des qualités littéraires propres d'une pièce de théâtre, même de Courteline ou de Feydeau, alors de Shakespeare, n'en parlons pas. Heureusement d'ailleurs sinon chaque pièce mourrait avec son auteur, si on ne pouvait pas dissocier le texte et son interprétation théâtrale.

Je viens de terminer "Entretiens avec le professeur Y" de Céline (génial ! la haine du fake, ça a énormément résonné en moi).
Est-ce un roman? une pièce de théâtre? une interview écrite? peut-on en faire une mise en scène? une bonne mise en scène va-t-elle mettre en lumière des détails qui n'apparaissent pas forcément à la lecture? mais est-ce nécessaire de jouer ce texte au théâtre pour en tirer la quintessence?
Bon ok on s'éloigne énormément de Molière/Corneille/Racine...
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  • [+1] Intéressant le 06.06.14, 22h17 par Onmyoji
Bien évidemment, et puis toute façon on a pas l'occasion d'aller voir un Shakespeare bien joué et mis en scène tous les jours, alors si l'occasion d'en ouvrir un bouquin se présente c'est con de se taper sur les doigts parce que ce con de Venusian, dernier rempart contre offenseurs du théâtre, a dit que c'était interdit.

Mais il n'empêche que par la façon dont nous avons été éduqués, la façon dont pas mal de gens du théâtre les ont mis en scène et joués, il est une idée très ancrée que le théâtre classique se lit avant tout. Et c'est un cercle vicieux, car la littérature a valeur de monstre sacré, et les metteurs en scène se croient obligés de les monter comme des monstres sacrés, du coup ça parait fastidieux, ennuyeux, pédant. Et le serpent se mord la queue.
Alors que pour en revenir à Hamlet, c'est ni plus ni moins que l'histoire très simple à comprendre d'un pauvre gars dont on a assassiné le père, et se tord l'esprit sur la question de le venger ou non.

Combien de gens interrogés dans la rue évoquent leurs moments d'étude en classe en cours de français lorsqu'on leur demande ce qu'est Molière pour eux.

Toute façon moi, lorsque je lis une pièce comme Cyrano de Bergerac par exemple, la première chose que j'ai envie de faire, c'est de prendre un partenaire et jouer à l'épée avec lui tout en lui crachant à la gueule les vers de Rostand :D
Le théâtre et la littérature dramatique sont deux choses bien distinctes pour la simple et bonne raison que ce sont deux processus créatifs différents qui sont à leur origine.

La pièce de théâtre provient d'un travail d'écriture solitaire ou collectif, quasiment tout le temps en vue d'être par la suite mise en scène. Les auteurs y distillent consciemment et inconsciemment leurs intentions vis-à-vis de la mise en scène et il est possible d'en retrouver une partie à l'aide des didascalies et des procédés d'écriture. On y assiste à une sorte de cristallisation artistique des mouvements de la pensée de l'auteur sous forme d'une pièce de théâtre.
Peut-être que l'écriture particulière liée à la forme de la littérature dramatique apporte quelque chose de particulier, de différent au texte en lui-même ; cela reste à élucider. Certains auteurs ont mélangé de façon très efficace narration romanesque et dialogues théâtraux ; je m'y suis essayé et je pense effectivement que la forme de la littérature dramatique a un intérêt particulier, qu'elle apporte quelque chose de différent au texte que la forme poétique ou romanesque.

La représentation théâtrale naît du travail des acteurs, accompagnés la plupart du temps d'un metteur en scène, de décorateurs, costumiers, ingénieurs pour les sons et la lumière... Le théâtre ne naît pas d'une volonté de transposer directement sur scène les intentions précises de l'auteur puisque cela est impossible, à moins d'avoir de travailler directement avec l'auteur. Même dans ce dernier cas, le metteur en scène, les acteurs et tout le reste de l'équipe développent au cours de leur travail une expression nouvelle de la pièce qui appartient au domaine du théâtre. La plupart du temps, la multiplicité des sens de l’ouvre se diffractent en une multiplicité d'interprétations et d'intentions de la part du metteur en scène et des acteurs, ce qui contribue à créer à chaque fois une représentation foncièrement nouvelle.
C'est d'ailleurs une chance que de ne pouvoir reproduire exactement les intentions de l'auteur : on assisterait dans la plupart des cas au déploiement sur scène d'une forme morte de l’œuvre ; le théâtre est un art éphémère et quelque chose se meurt lentement dans chaque mise en scène dès lors qu'elle a été créée.
En plus de ça, le théâtre peut aussi naître d'un travail ne se fondant sur aucun texte ou visant à déformer, découper et reformer le ou les texte(s) servant de support(s).

Concernant Hamlet, même si l'histoire peut apparaître simple, la multiplicité des sens, des intentions et des interprétations possibles de la pièce et des autres oeuvres de Shakespeare est vertigineuse ! Ce qui contribue énormément à la puissance de son écriture et à cette sorte d'immortelle actualité et pertinence de ses pièces vis à vis de l'Homme.


Alors plutôt que de passer de l'extrême consistant à considérer la littérature dramatique comme la base et l'élément principal de tout théâtre et à confondre le dernier avec le premier à l'extrême consistant à dire qu'une pièce n'est pas fait pour être lue mais seulement pour être représentée, apprenons à apprécier chaque forme artistique pour son intérêt propre et ce qu'elle est. :)
Venusian a écrit :Un film tiré de Shakespeare ? Voyez Looking for Richard, avec Al Pacino.
Et plus jamais vous ne penserez que le texte écrit se suffit à lui-même.
J'adore Looking For Richard. Je considère toujours que le texte écrit peut se suffire à lui-même.
Venusian a écrit :Quant aux autres auteurs, comme Molière ou Corneille et Racine je suis définitivement contre l'idée que ce sont des auteurs à lire.
:shock:
Ce sont très certainement des auteurs dont la langue est tellement riche qu'on peut puiser énormément de choses dans leurs textes, sans avoir besoin de voir la pièce jouée sur scène. Je dirais même plus : lire Racine m'apporte plus d'émotions que de le voir sur scène. Et pourtant, j'ai vu Bérénice, pièce que je vénère au-delà de toutes les autres, jouée par Carole Bouquet sur scène. C'était grandiose. Eh bien ça n'empêche que je suis tout aussi émue quand je lis le texte moi-même, quand la mélodie des vers résonne dans ma tête, quand j'imagine cette reine qui va perdre son seul amour avec autant de dignité.
Venusian a écrit : En plus, se mettre en tête que c'est de la littérature ça pousse consciemment ou inconsciemment à penser que si on va voir une représentation théâtrale ça va être chiant (bah ouais, littérature sur scène = chiant).
Mais en même temps, Venusian, si on avait clairement défini les limites de ce qu'est ou ce que n'est pas la littérature, ça se saurait. Très clairement, le théâtre et encore plus le théâtre classique font partie de la littérature. Et l'idée que la littérature sur scène serait chiante... je ne vois pas trop d'où tu tires ça. J'ai vu des adaptations de romans sur scène qui étaient d'une grande qualité, et je n'ai pas hurlé à la trahison parce que, oh mon dieu, on faisait du théâtre avec de la littérature ;)
Venusian a écrit :Tennessee Williams, je suis ultra-fan. Mais encore une fois, l'intérêt est de le jouer ou le voir sur scène.
D'autant plus que là, la langue ne sert que l'action et la vie des personnages, y a pas vraiment de poétique.
Non, mais encore une fois, lire le texte écrit permet aussi d'imaginer les choses différemment. Et le théâtre ne fait pas exception à la règle. La scène entre Blanche et Stanley au début d'Un tramway nommé désir, on peut l'interpréter comme Blanche qui fond de désir pour Stanley (comme l'a imaginé Elia Kazan quand il a fait son film avec Brando — la scène est évidemment culte !), mais le texte reste suffisamment énigmatique pour qu'on puisse aussi imaginer qu'elle prend simplement peur de lui, peur de sa dureté et de son état probablement alcoolisé que le film ne montre pas, par exemple.
Chaque représentation est une interprétation. Ce qui est bien — mais limite forcément la portée d'un texte qui en général sous-entend bien davantage d'interprétations possibles.

Disons que ce sont deux expériences différentes mais qu'elles ont toutes les deux leurs intérêts et leurs inconvénients.
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  • [+2] Post de qualité le 03.06.14, 00h19 par Onmyoji
J'ai vu des adaptations de romans sur scène qui étaient d'une grande qualité, et je n'ai pas hurlé à la trahison parce que, oh mon dieu, on faisait du théâtre avec de la littérature
Ah mais je suis très amateur d'adaptations de romans pour le théâtre, et je ne hurle pas non plus à la trahison, au contraire. Mais ça nécessite évidemment une réécriture, une adaptation, et d'ailleurs justement pour mesurer ce qui sépare un texte de théâtre à un roman je t'invite à lire un texte de théâtre tiré d'un roman. Tu verras de suite la différence.

Une pièce est une suite de dialogues, le plus souvent rangés en actes / scènes, agrémenté de quelques didascalies.

Un roman est une oeuvre littéraire destinée à être lue, et donc beaucoup plus riche en terme de descriptions, de figures de style, de rythme.
Le roman met en lumière pour le lecteur le sous-texte, ce qui est réellement dit, pensé par les personnages, une pièce de théâtre non : c'est le boulot des acteurs et du metteur en scène.

Pour les classiques que j'ai cités, je maintiens fortement ce que je dis, notamment pour Molière. Toute la puissance de ses pièces ne se met en lumière que sur un plateau, une fois jouée.
Et viens pas me dire que tu arrives à déceler instantanément le sous-texte et les intentions de tous les personnages, comme ça, d'un claquement de doigts, à la lecture.

Après, je comprend qu'il y a quelque chose de plaisant à lire des pièces dont le verbiage en lui même procure un grand plaisir tellement c'est bien écrit, particulièrement celles en vers.
Mais il est indéniable que la lecture loupe une grande partie de l'intérêt propre de l'oeuvre.
Mais ce sous-texte, si ce n'est pas toi qui l'ajoute,
il est déjà dans la pièce. Pourquoi ce ne serait pas aussi clair avec des mots
qu'avec le jeu d'un acteur.

Tu vas dire qu'il y a plus de médias, mais si l'on en croit l'actor studio et les
difficultés très souvent démontrées ici même à lire la communication des autres,
ça ne rend pas forcément les choses plus claires.
Mais ce sous-texte, si ce n'est pas toi qui l'ajoute,
il est déjà dans la pièce. Pourquoi ce ne serait pas aussi clair avec des mots
qu'avec le jeu d'un acteur.
Parce que c'est un sous-texte. C'est ce qui n'est pas dit dans le texte, justement. Toute la magie du théâtre, cinéma et spectacle vivant.

Le sous-texte, en séduction par exemple, c'est dire "j'ai envie de toi" en disant "bonjour".
C'est bien dans le texte.
Ce n'est pas parce que ce n'est pas formulé que ce n'est pas perceptible,
notamment parce que tu connais le personnage et a lu ce qui était avant.
Ou certains apartés.
Ou parce que tu as un cerveau et sais prendre les choses au sens figuré et comprendre les implicites.

Et d'ailleurs c'est bien dans le texte parce que sinon y a pas de raison que l'acteur le joue comme ça.
Dans ce cas ça devient son interprétation du personnage et pas le personnage qui est écrit dans la pièce.
Ecoute, tu as visiblement décidé d'être contradicteur par le simple plaisir de contredire, sans prendre en compte le moindre argument que je t'avance.

Je t'invite à aller voir une séance de travail à la table d'une quelconque troupe, lorsque celle-ci débute le boulot sur une pièce, et tu comprendras plus aisément ce que je veux dire.
Tu as un très bel exemple dans Looking for Richard, d'ailleurs.

Tu vulgarises un peu trop rapidement quelque chose qui est beaucoup plus complexe, qui ne va pas forcément de soi.
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