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Journal d'un trentenaire naufragé

Posté : 02.05.22
par Crow
Yo FTS, je t'ai manqué?

Plus de 10 ans. Voilà une décennie de passée depuis que je me suis inscrit et que j’ai ouvert mon premier journal. Une décennie, la trentaine passée et l’impression d’avoir une chape de plomb soudée aux jambes, ça donne envie de faire un bilan. Si vous cherchez le ramassis de frustration et de naïveté saupoudrées d'enthousiasme avec un zeste de mièvrerie, le tout accompagné de désillusions et de prises de consciences salvatrices pour le dessert que j'ai pondu il y a des années, c'est par là :

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Pour faire court : vie amoureuse au point mort, vie sociale correcte sans nouvelles rencontres, et vie professionnelle consistant en un job alimentaire dans l’éducation.

Les joies d’être un homme de la classe moyenne au XXIème siècle.

Et pour faire ce bilan il faut que je remette de l'ordre dans mes idées, et pour mettre de l'ordre dans mes idées, il faut que je me replonge dans mes souvenirs. Je ne vais pas trop m'attarder sur le côté séduction, mon précédent journal le fait déjà, cela dit comptez pas sur moi pour le relire, ça me donne des crises d'urticaires. On va donc y aller pour une vision plus globale. Non pas que je m'attende à ce que ça remplace une thérapie mais pour moi ce forum est à une bonne thérapie ce que l'argent est au bonheur. Il y contribue vachement.

Sans plus de transitions, remontons dans le temps.

Nous sommes dans les années 2000. Je me suis fait séparer de mon groupe d’amis d’enfance en plein collège en 4ème, parce que j’avais choisi l’option latin. Option qui soi-disant te fait accéder aux meilleurs classes mais ce qu’on oublie de te dire c’est qu’il y a un risque non négligeable de se faire déraciner de son groupe qui lui, n’en a rien à carrer des langues mortes. Déjà que je me faisais harceler depuis la 6ème à cause de mes très bonnes notes et de ma timidité - histoire tellement classique que c’en est presque navrant -c’était vraiment pas ce dont j’avais besoin. Je garde contact avec mes amis de collège malgré tout et je me fais un autre ami pour les deux dernières années.

Passage au lycée, mon nouvel ami s’évanouit dans la nature sans laisser de traces, et mon groupe éclate. Ne me reste plus que le seul du groupe qui continuait de me voir, le moins futé et à l’aise socialement évidemment. C'est pas que j’étais repoussant, mais il semble que les deux autres aient ressenti un besoin de changement qui ne m’aurait même pas effleuré. En fait, encore de maintenant cela m’échappe, mais allez comprendre quelque chose à ce qui se passe dans la tête de gars en pleine crise d’adolescence, bien que j’ai ma petite idée. Voyez plutôt, l’un fit son coming-out et l’autre essaya autant que possible de traîner avec des fils de médecin et d’avocat. Comme si ça ne suffisait pas il fallait que mon premier crush soit la sœur de mon ex pote qui avait changé de bord et préférait aller à son cours de guitare que venir à ma fête d’anniversaire.

Bien décidé à ne plus être une victime, j’interagis avec autant de gens que possible pendant deux semaines ou un truc comme ça avant de devenir ami avec le gars le plus marginal de la classe. Oh j’avais bien quelques autres fréquentations plus normales, et plus anecdotiques aussi. Comme si ça ne suffisait pas, mes notes fondent comme neige au soleil. Mais go bac général S, paraît qu’on peut tout faire avec ça. La grosse blague. Le bac arrive, grosse pression de malade, je cartonne dans les matières scientifiques (en tout cas pour un mec qui se tapait des 7 et des 8 depuis 2 ans). Ma mention bien obtenue miraculeusement additionnée au fait que j’ai été premier de ma classe au 2ème trimestre de 5ème au collège, acheva de me convaincre que j’étais en fait un génie qui s’ignore mais qui était bien baisé quand même parce que les classes préparatoires pour rentrer à HEC ou l’école des mines auraient fait une attaque en voyant les torchons qui me servaient de bulletins scolaires.

Les filles, bien sûr, je les regardais de loin. Avec des jumelles 10X40 quand elles étaient sous la douche. Je plaisante, pas besoin d’appeler les flics. De toute façon il y a prescription.

En août je voyais des amis que je ne fréquentais que durant les vacances d’été, dans un village que nous avions en commun. C’étaient les seules fois où j’avais le sentiment de vraiment appartenir à un groupe et j’admirais mes deux meilleurs potes. L’un avait un cerveau tellement gros qu’il culminait à 18 de moyenne et rentrait en classe prépa à la rentrée, il est aujourd’hui prof agrégé dans le sud de la France et fait des pâtisseries incroyables d’après son instagram. L’autre avait du succès bien au-delà de la moyenne avec la gente féminine alors que c’était un gros geek fin comme une brindille mais socialement à l’aise comme pas deux, métis latino et avec une belle gueule. La dernière fois que je l’ai vu il sortait avec une blonde très joliment proportionnée qui faisait de la modélisation 3D. Connaissant le ratio meuf fraîche/chien de la casse en école d’informatique, autant dire qu’il s’était dégoté la plus bonne de sa promo, voir de l’école.

Ca fait très longtemps que je n’ai plus eu de nouvelles, parce que les vacances d’été d’adolescent ça a une fin, chacun est parti de son côté et les contacts communs qui étaient encore là ne m’intéressaient pas le moins du monde. En tout cas, nul doute que pour un petit gars paumé avec une estime de soi au ras des pâquerettes, ce qui transparaissait de la personnalité de ces deux là a eu une influence plus ou moins inconsciente sur la personne que j’étais en train de construire. Ca, et les clips de musique pop qui passaient sur la 17 quand j’ai eu la TNT, les vrais se souviendront.
Dans ma tête d’ado névrosé, être quelqu’un se résumait donc à sortir avec une meuf bonne, faire des études prestigieuses, et passer des soirées dans des boîtes guindées avec de l’alcool hors de prix et des strip-teaseuses en train de se déhancher au bord d’une piscine. Le tout avec une enfance biberonnée aux Disney et à l’existence de l’amour véritable. Je pense qu'il faudrait revoir deux ou trois choses dans les modèles qu'on vend aux gosses, au moins que ce soit cohérent...

Entrée dans une université moisie en licence de bio mais avec la perspective de voler de mes propres ailes et de rattraper le coup amoureusement et prestigieusement parlant. Je socialise deux semaines avant de me lier avec deux personnes qui sont aujourd’hui encore de très bons amis mais qui ont eux-mêmes un certain goût pour les gens marginaux qui fument de la beuh et qui préfèrent traîner dans des bars avec une moyenne d’âge de 40 ans avec quelques erasmus égarés que dans les bars branchés de la ville.

Deuxième année, mes deux amis se réorientent, reste moi et leurs amis marginaux qui me « tolèrent ». Merci à eux ça me touche. Je découvre la communauté de la séduction, je lis tout, blablabla.

Troisième année, je laisse tomber l’idée de rentrer un jour en école d’ingé sur un concours pour lequel je n’ai pas les ressources nécessaires pour le préparer seul depuis ma petite chambre d’étudiant et dans une formation qui n’y prépare pas. J’aurais pu aller dans une autre ville et une autre formation mais quand on est insulaire depuis une vingtaine d’année le monde extérieur peut paraître effrayant. Je me souviens avoir appelé en deuxième année fébrilement le responsable d’une formation à Montpellier.

Je crée mon profil sur FTS et écris un message de présentation de frustré, à tel point que je crois qu’il a été supprimé car je n’ai jamais pu remettre la main dessus. Le groupe de marginaux dans lequel je macérais trouve une excuse bidon en pleine année pour ne plus m’adresser la parole. Phénomène intéressant, à partir de là les autres élèves de la classe ont commencé à m’accepter. C'est le moment où je commence à percuter que m'enfermer dans un groupe non seulement c'est stupide mais en plus les autres gens vont pas m'attaquer si je vais leur parler. Et vous savez ce qui prolifère en licence de bio ? Des filles. Belles. Très belles. Et pas connes en plus. Evidemment je n’osais pas tenter quoique ce soit. Crush sur l’une d’elle qui joue un petit jeu de séduction, je me fais balader comme un débutant avant qu’elle ne passe à autre chose. Mais hey, il faut bien commencer quelque part. Je suis toujours pas remis d’elle d’ailleurs, si demain elle m’appelait pour qu’on se voit 10 ans après c’est sûr je dis oui. Ca arrivera pas elle a eu un gosse depuis peu. Mais je reparlerai de mon rapport avec les ex filles de 20 ans ultra fraîches qui ont fini par enfanter avec un autre pendant que je faisais le chien de la casse de service.

Fin de la licence, je finis 6ème de promo à l’année, 3ème de promo au deuxième semestre avec un 15/20 bien senti. Mon ex crush est deuxième et son amie qui était initialement mon premier choix est première - que voulez vous j’y peux rien si les filles canons et smart traînent ensemble. Cette dernière finira plus tard par valider un doctorat. D’ailleurs j’ai un putain de don pour avoir le béguin pour les filles qui vont loin. 5 sont allées jusqu’au doctorat et 4 l’ont validé ou sont quasi à la fin (chiffres non officiels). Ca plus mon ex toujours en doc aux states. Ok être dans un milieu universitaire ça joue beaucoup mais tout de même. En tout cas c'est pas moi qui vais la ramener en expliquant que les filles stylées sont des bécasses.

Bref, grâce à ma petite performance scolaire je m’envole pour Paris, direction un des masters les plus côtés de ma discipline après un entretien bancal mais tout de même réussi. Des cours dans des établissements prestigieux avec des pointures comme prof, ma soif de gloire professionnelle commence à être étanchée. Et je me la racontais bien sûr. Je fréquente dans un premier temps des internationaux puis j’intègre un groupe de geeks très sympa avec lequel j’ai encore contact. Notez que je fais le distinguo entre un geek et un marginal, pour moi un geek c’est quelqu’un qui aime les jeux de société et les sciences tandis qu’un marginal serait plutôt un mec qui ne se mélange pas et dans des trips undergrounds obscures.

Le plus drôle dans tout ça c’est que dans ce groupe d’amis geeks que nous étions, 3 garçons pour 3 filles, deux couples se sont formés et la fille qui restait était en couple et je ne l’appréciais pas plus que ça. D’ailleurs ça me fait penser que mon fonctionnement est assez redondant, généralement je me lie avec un garçon et une fille avec lesquelles je m’entends très bien et le reste me passe complètement au dessus de la tête. Encore de maintenant, même si c'est moins marqué. Une sorte de remake de Harry, Ron et Hermione en moins charismatique sauf qu'Harry a autre chose à foutre que tenir la chandelle.

Bref, grâce à ces jeunes couples qui n’ont d’yeux que pour leur nouvelle âme sœur et qui bien évidemment ne savent pas ce que c’est que d’être expatrié dans une autre ville car parisiens de souches et donc s’en contrefoutent de savoir si ma santé mentale va bien, je fais la connaissance d’un truc super, j’ai nommé la solitude des grandes villes. Le tout assorti d’une charge de travail colossale. Désormais parti loin de tous mes liens j’essayais de nouer contact avec la faune locale pour retrouver la sécurité d’une vie familiale dès lors réduite à néant et retrouver une cohésion de groupe fantasmée de mon adolescence sans pouvoir mettre le doigt dessus consciemment, le tout si possible avec des jolies filles qui craqueraient pour moi. Et FTS ça promettait de m’apprendre comment avoir ça, ou en tout cas c’est comme ça que je l’interprétais.

Au moins ça aura eu le mérite de m’offrir un exutoire et de m’apprendre à m’habiller avec autre chose que des chaussettes bugs bunny et des pulls de surfeurs achetés par ma mère chez des enseignes sportives. Ouais on part de très très loin ici, ça rigole pas. La question étant de savoir si la faute revient à un manque d’intelligence de ma part ou à ma mère qui a visiblement décidé que son fils devrait rester puceau jusqu’à ses 26 ans (truestory) et que ça ne valait donc pas la peine de lui enseigner comment se fringuer correctement pour avoir l’air à peu près crédible dans un monde où l’apparence compte un chouïa, notamment dans des domaines tels que la séduction. Hein, maman ?!?

C’est là que j’ouvre mon journal pour devenir un séducteur (2013 de mémoire) et cesser d’être le pauvre petit Average Frustrated Chump que j’étais. J’essayais de socialiser avec des gens rencontrés dans des cours mais les liens ne tenaient jamais, je me retrouvais systématiquement dans mon petit appart du crous et j’essayais de trouver des réponse parmi la communauté sur comment ne plus être seul. Parce qu’en fin de compte c’était ça le problème. La solitude. Cette solitude qui me rendait vulnérable à la première bande de connards qui pourraient passer par là et qui me faisait me dire que ma valeur était très certainement inférieure à l’être humain lambda pour mériter un sort pareil. Car après tout, les gens autour de moi avaient l’air d’avoir une vie riche, et les réseaux sociaux n'arrangeaient pas ma perception. J'essayais d'adopter une personnalité "fun et légère" comme le vendait les sites de séduction, le problème c'est que quand t'es pas armé, t'apprends juste à être le clown de service. Sauf qu'un clown on voit souvent qu'il fait rire la galerie mais on oublie vite que lui aussi il aimerait qu'on le fasse rire des fois.

Je fais une parenthèse pour dire qu’après tout ce que je viens d’écrire, si je pouvais faire un voyage dans le temps pour faire un câlin au pauvre petit gars que j’étais et lui dire que ça va aller, je le ferais putain. Car je sais que j’ai beaucoup, beaucoup souffert de tout ça. Apprendre à choper des filles ça m’aurait permis de combler cette estime de soi qui me faisait défaut en me prouvant que je pouvais parvenir à faire facilement quelque chose de difficile et dont j’avais envie. Dans le même temps cela aurait voulu dire que ma solitude aurait été loin derrière car je saurais traîner avec des gens qui me correspondent. J'aurais vraiment du aller voir un psy, ça m'aurait sauvé.

Le tableau n’est pas complètement noir, j'ai tendance à ne pas m'épargner et être plutôt impitoyable avec moi-même sur celui que j'ai été parce que je ne veux pas me cacher des choses essentielles par pudeur ou manque d'honnêteté et je cherche des solutions à ce qui ne va pas, pas à ce qui est ok, ce qui me fait occulter les nombreux bons moments. Rassure toi cher lecteur, je n'étais pas une épave dépressive à ce point. Pas encore. J’ai participé à des soirées stylées et fait pas mal de rencontres marquantes. Et puis j’ai dragué quelques nanas.

Bon ok de façon tout à fait lamentable je dois dire mais il y avait un début d’inflexion dans le bon sens. Cela me fait penser, une qui m’avait bien tapé dans l’œil a fini par se marier il y a quelques années avec l’ami d’un ami avec lequel j’avais eu l’occasion de faire une soirée où elle avait été invitée également et où j’avais tenté une approche complètement alcoolisée parce que je n’assumais pas. Bon, ce moment où elle lui a fait un bisou sur la joue pour qu'il lui donne son paquet de chips aurait du me mettre la puce à l’oreille. En même temps il faut bien reconnaître qu'à choisir entre le gars rondouillard, gentil et timide mais qui a une maison en banlieue parisienne à disposition pour inviter toute une bande d’amis qu’il connait depuis l’enfance et qui étudie à la deuxième meilleure école de commerce du pays, et un chien de la casse solitaire pas foutu de trouver un stage de M1 et qui se bourre la gueule pour tenter sa chance, je comprends qu'elle ait arrêté son choix sur la première option.

Viens le moment de trouver un stage de fin d’année. Putain les stages. J’en suis encore traumatisé de maintenant. Pas foutu de me vendre en M1, on me refila un travail de terrain en télétravail pour le Muséum au dernier moment, voyant que j’étais pas fichu de faire une seule audition correctement.
Le stage de M2 fut un cauchemar à trouver pour le gars introverti et inexpérimenté que j'étais. Le milieu universitaire produisant chaque année des milliers d’étudiants, les stages sont pris d’assauts. C’est littéralement la guerre. Je suis en concurrence avec mes amis pour le moindre petit poste annoncé. L’enfer. Je finis par en trouver trois. Le premier n’est pas reconnu par les responsables, le deuxième est le mieux mais en télétravail et j’étais pas remis de l’expérience du précédent stage pourri et enfin le troisième était un poste avec un vrai bureau et de vrais gens dans une administration. Petit bémol, il est sur mon île ennuyeuse où je n’avais absolument pas l’intention de revenir avant un moment et mes responsables de master me le déconseillent par peur que ce ne soit trop administratif.

Mes parents me foutent la pression, enfin plutôt mon père colérique me fout la pression pour que je revienne. Fragilisé psychologiquement je craque et je rentre au bercail. Stage pépère, je me fais chier dans ma vie de jeune adulte chez papa et maman. Je pars soutenir mon stage, ça se passe mal car –devinez quoi- c’est trop administratif, je choppe mon diplôme sans mention et me retrouve au chômage chez mes parents en ayant la sensation de bien m’être bien fait enfumer dans cette histoire. Le plus fort dans cette histoire c'est qu'on m'a bien fait comprendre que je n'avais pas l'expérience nécessaire pour les postes que je visais car ma formation n'y préparait pas et il fallait soit que je travaille gratos pour des structures, soit que je passe mon week end à acquérir les dites compétences manquantes. Du coup je me demande toujours, à quoi ça sert de sortir d'un des meilleurs masters du domaine s'il ne donne pas les outils nécessaires à ses diplômés pour trouver un emploi? Un an et une vingtaine de candidatures pour des postes avec une soixantaine de concurrents dessus plus tard, je commence des petits boulots alimentaires par ci par là sur 6 mois. Je me mets à la musculation et au fitness pour me vider la tête, trois fois par semaines. Je vais mieux mentalement et je comprends que le sport régulier peut me sauver mentalement en plus d'être une condition sine qua non pour pécho. En un an mon physique s'améliore, par contre pas de diète, trop d'efforts, maman cuisine et j’aime bien la cuisine de ma maman.

On est en 2015, je rêve de partir en Angleterre et les visas pvt au canada, en australie ou en nouvelle zélande que je feuilletais pendant mon stage et mon séjour en prison familiale tournent dans ma tête…


Re: Journal d'un trentenaire naufragé

Posté : 04.05.22
par Esope
C'est marrant mais je me reconnais assez dans ton parcours.

La perte des potes au collège, puis au lycée, les études sup et l'isolation en se retrouvant dans une nouvelle ville, puceau jusqu'à 26 ans, le fait que la plupart (toutes?) de mes copines/partenaires ont au moins un master, le rapport à la famille...

Faut pas mélanger les causes et les conséquences mais il y a des coïncidences marquantes.

On sent à travers ce que tu écris que tu es (ou au moins étais) un bon gars, que l'intelligence et les études sont des choses qui t'attirent, et que tes parents/ton éducation t'ont poussé vers la performance plutôt que vers le bonheur.

Si tu parles anglais et qu'on est aussi proche que ce que je ressens, je te conseille la lecture de No More Mr Nice Guy. Un vieux bouquin, d'un gars qui vend une méthode, avec plein de choses discutables, mais un bouquin qui m'a ouvert les yeux sur l'origine de mon problème (les parents qui avaient des ambitions pour moi, qui valorisait ma perfection (et la perfection en général) mais ne m'incitaient pas à être moi même), sur la conséquence (mettre les besoins des autres avant les siens, être trop altruiste ou se sacrifier pour les autres, la honte de ses besoins primaires, ne pas avoir de limites et ne pas exprimer d'émotions négatives (comme la colère ou la violence), avoir du mal à demander de l'aide...) et sur la manière d'y remédier (arrêter de chercher l’approbation des autres, être plus masculin, assertif, accepter son désir et accepter qu'être parfait n'est pas nécessaire pour plaire).

Bref, la suite de ton récit m'intéresse

Re: Journal d'un trentenaire naufragé

Posté : 16.06.22
par Crow
2014/2015. Allongé sur mon lit en pleine journée en ruminant les mêmes problèmes depuis six mois, je fixe le plafond et les murs comme si c'était des barreaux de prison. Fini la vie d'étudiant, retour chez papa et maman et interdiction de faire du bruit après minuit. Après avoir connu la vie en autonomie en capitale dans un milieu étudiant bouillonnant, la douche est glacée. La fameuse dépression post-diplôme. Plus de 6 mois à jouer aux jeux vidéos et à fixer les murs de ma chambre comme des barreaux de prison. Si cela m'arrivait maintenant j'irais direct voir un psychologue mais j'en avais une mauvaise image à l'époque et je n'avais sans doute même pas totalement conscience de ce qui m'arrivait. La musculation me permet de continuer d'apprendre quelque chose qui me motive et de garder les idées un minimum claires. C'est également la période où je sors le plus en boîte avec un pote et ses potes avec lesquels je n'accrochais pas vraiment mais c'était quand même des soirées sympa qui ont eu le mérite d'exister. L'objectif est simple : se barrer de ce merdier. La solution est simple : prendre l'Eurostar, direction l'Angleterre.

Pourquoi l'Angleterre me direz vous. D'abord, c'était facile d'y aller, quoique dans un monde post-brexit ce doit être plus compliqué. Ensuite ce n'était pas loin et pour moi qui n'était jamais allé plus loin que la France c'était déjà un grand saut. Enfin l'emploi semblait se cueillir par terre et apprendre à parler l'anglais couramment était juste indispensable de mon point de vue.

Après un entretien raté avec pôle emploi pour un programme erasmus pro et une engueulade avec la famille que le projet n'enthousiasmait guère, je me tape 4 à 5 mois de taf dans de la manutention avant de m'envoler pour Paris et prendre mon train. Et bien sûr le jour où je dois me barrer un recruteur se réveille pour me proposer un contrat de 6 mois. Je dis fuck et me casse chez les british en me jurant de ne plus jamais rester sans rien faire dans ma vie. Mon point de vue étant que je ne pouvais de toute façon pas descendre professionnellement et socialement plus bas que ce que je venais d'endurer, alors autant tenter des trucs et tant pis si ça ne marche pas.

On est début janvier 2016 et, je n'ai pas peur de le dire, je débute les 3 meilleures années de ma vie et le moment où je me suis le plus forgé en tant qu'homme. Un flux constant de personnes qui arrivaient, avec lesquelles je devenais ami, puis certaines partaient et d'autres arrivaient encore, et je draguais tout ce qui passait - et qui me plaisait quand même un minimum.

Je suis resté mois en Angleterre. Un mois dans une auberge de jeunesse à Londres où je passais mes journées à visiter en solo la ville avec un enthousiasme débordant pour tout ce que je voyais -gros coup de coeur pour Camden Town-, à déposer des CV dans la restauration de temps en temps et à jouer aux échecs le soir avec un quarantenaire qui était trader de mémoire. Premier date Tinder avec une anglaise dans le centre, elle ne me plaisait pas vraiment, j'y étais allé pour l'exercice et j'étais hyper mal à l'aise tout du long. Puis direction une ville balnéaire dans le sud, j'ai essayé 3 auberges avant de me fixer dans celle qui avait une communauté long terme de 7 joyeux vingtenaires dans laquelle je me suis tapé l'incruste dès la première soirée après avoir tapé la discute avec une ou deux personnes du groupe au moment où ils sortaient. Résultat, j'ai passé toutes mes soirées à me bourrer la gueule à coup de jeux à boire, jouer aux cartes, mater Game of Thrones, reboire dans des bars ou en boîte et j'en garde un excellent souvenir. Par contre c'était que des français, on repassera pour le bilinguisme. A coté de ça je me trouve un taf comme plongeur et agent d'entretien pour 2 mois. Difficile, ingrat et probablement illégal vu comme certains produits chimiques m'ont fait cracher mes poumons. De plus je dormais dans un dortoir avec une vingtaine de mec mais j'étais tellement content de ma vie sociale que je ne me plaignais de rien. J'étais parti pour trouver des postes un poil plus prestigieux mais je tenais à garder ma vie sociale sur place.

Anecdote spécial epic fail qui vaut le coup, un pote serveur qui était arrivé après moi à l'auberge m'avait arrangé le coup pour que je bosse à l'essai en tant que serveur dans un resto huppé du littoral où il travaillait lui même en temps que serveur. Son conseil était simple : boucle la et fait ce qu'on te dit. Sur ses conseils, je me mets sur mon mon 31 et mon premier plat à amener fut un énorme plateau de fruits de mer à une table en terrasse. La carapace des langoustes devait être bien lustrée car à peine ai-je incliné le plateau pour le poser sur la table que l'intégralité de son contenu se cassa la gueule par terre renversant au passage l'encre de seiche sur les chaussures que je venais d'acheter la veille. La patronne était en furie mais je ne sais pour quelle raison ils m'ont gardé quelques heures supplémentaires. Je me plantais sur les tables à servir car j'avais eu 10mn le matin pour retenir les numéros d'une trentaine de tables et le vent menaçait de faire se casser la gueule des tranches de pain posés délicatement sur les assiettes que je transportais la main tremblante. Finalement la patronne vint me dire merci pour ma participation sauf que je n'avais pas compris qu'elle me congédiait gentiment. Du coup je restais planté dans un coin sans rien faire, en constatant par ailleurs que deux jeunes filles lorgnaient sur moi. Finalement mon pote vint me trouver, me fila 20 livres et me dit que je pouvais y aller. Il m'apprendra après coup que c'est la patronne qui lui avait demandé de me dire de me barrer et que l'argent venait d'elle. Pour couronner le tout ce bâtard est bien évidemment allé raconter toute l'histoire à tous les autres. Et la barmaid de 9 ans sa cadette (20 contre 29 ans) en remis une couche quelque jour après quand il la présenta à notre groupe parce que visiblement ça faisait un bon lubrifiant social et vu que c'était d'actualité... Moi je me décomposais à chaque fois de l'intérieur mais je dois reconnaître que cette anecdote vaut son pesant de cacahuète.

Côté fille, cela ne fonctionnait avec aucune. Les gens de mon groupe étaient en couple entre eux et les filles ne m'intéressaient pas vraiment de toute façon, dans la tranche 24-27 ans et je visais plus des filles entre 19 et 23 ans. De mémoire, il y avait cette fille qui m'avait lancé un regard de chaudasse depuis la piste de danse et avec laquelle j'avais brièvement dansé collé-serré avant qu'elle ne me laisse en me soufflant un bisou mais j'étais tellement un bon gars pétrifié à l'intérieur que j'ai pas poussé plus loin (je me déteste).

Il y a eu cette hispanique venue des USA qui passait de temps en temps dans l'auberge que j'avais réussi à approcher et avec laquelle j'étais en pole position par rapport aux autres gars mais là encore j'ai pas transformé l'essai. Là je suis mitigé, j'ai pas été adroit mais elle était timide et ne me facilitait pas la tâche et mon très mauvais anglais plombait vraiment la connexion naissante puis elle m'avait lâché en soirée pour aller voir un mec avec plus d'abdos. Bon elle avait 19 ans c'était une gamine, fallait pas trop en espérer grand chose de toute façon.

Puis il y a eu cette petite nana rencontrée à la gare de Londres où j'avais raccompagné une amie. Je demandais au contrôleur un renseignement sur les tickets de train et j'entends une voix derrière mon dos qui dit "me too!". Une petite française qui venait de spawn derrière mon dos, on discute un peu, elle va vers la même ville que moi. Elle part pour le quai, je vais la retrouver et on a fini par faire le voyage ensemble en se surclassant dans un meilleur wagon sans rien demander à personne. Elle vient de Montpellier et c'est une petite bourge. Je la reverrai trois fois, une fois pour visiter la ville - alors que moi je voulais faire des attractions balnéaires avec elle comme dans les films -, une fois en boîte avec une amie à elle dans une soirée t-shirt blanc où elles me courraient après pour mettre des traces de mains pleines de peinture sur mon beau t-shirt american apparel que je venais d'acheter et que j'ai toujours, et une dernière fois où on a bu un verre et on est allé au cinéma. Est ce que j'ai tenté quelque chose? Oui. Mais c'est sorti de nul part. Pendant la soirée avec sa copine j'ai mis une main sur sa cuisse, mais j'avais sans doute pas préparé le terrain avant et elle du haut de ses 19 ans - décidément j'étais abonné - elle a sans doute pas su le gérer, surtout que j'ai eu la bonne idée de le faire alors que sa copine était avec nous. Elle a du être mal à l'aise. Pendant la dernière sortie ciné elle me dira qu'elle a un copain, de toute façon elle allait repartir, on est allé voir le monde de Némo 2 et ma foi on avait une belle complicité mais j'ai pas osé bousculer les choses. Je l'ai toujours dans mes contacts, elle a fait une école de commerce et je peux dire qu'elle fait pas mal de fitness. Je lui souhaite le meilleur, c'était vraiment une chouette fille.

Il y en a eu une autre, qui devait avoir autour des 20 ans et qui venait étudier à l'université locale dans le cinéma, avec laquelle j'ai eu une très belle connexion mais malheureusement qui était en couple. L'histoire de ma vie.

Sur la fin de mon séjour il y a eu une fille plus anecdotique, une petite blonde de 20 ans manager chez mcDo avec laquelle j'étais sorti rapidement en ville et dont ma dernière action avec elle fut de lui caresser les cheveux - je travaillais mon kino à l'époque faut croire.

Mention spécial à la réceptionniste, une suédoise que tout le monde voulait se taper mais personne n'y arrivait et sa copine venant tout droit du Danemark.

Je me souviendrai toujours de ce que me dit un des gars du groupe, un gars autour des 23 ans rondouillard qui avait sans doute pas beaucoup pécho dans la vie et auquel j'avais avoué être toujours puceau. Le gars en revenait pas. Il me dit la chose suivante : "Je peux te donner un conseil? Des fois tu dis des trucs vraiment chelous genre je me dis wtf mec". Ca m'a permis de me remettre en question et de comprendre plus tard en assemblant les pièces du puzzle que je cherchais trop à me mettre en avant et que cela avait l'effet opposé de celui recherché.

Aux 2/3 de mon séjour, je pris la décision de reprendre les études pour m'orienter vers la recherche. J'étais venu à la conclusion que si je ne trouvais pas de travail dans ma branche c'est parce que l'université préparait mal au monde du travail pour la simple raison que son objectif premier est de former des chercheurs. Je me mis donc cet objectif en tête avec pour idée de prendre ma revanche sur mon classement et mon stage merdique de mon précédent master. Je postulai donc à Toulouse sur une spécialisation uniquement recherche où ma candidature fut rejetée et une deuxième plus appliquée et éventuellement utile sur le marché du travail avec un M2 en un an sur du code, des stats et des maths appliquées. Funfact, j'avais découvert cette formation en stalkant la meuf la plus bonne de mon ex promo de master qui était partie là dessus cette année là. Meuf que je revis sur Toulouse puisque je fus sélectionné (c'est la spé la moins attractive en même temps) mais que je ne suis pas parvenu à pécho parce que je suis une andouille mais j'en reparlerai.

Au final mon mantra dans cette période de ma vie et qui au fond n'a jamais vraiment changé est que je me cherchais des amis, une copine, un taf et si possible un peu de reconnaissance et peu à peu je commençais à mettre le doigt là dessus. Je ne comprenais pas les jeunes qui voulaient déjà se poser, car de mon point de vue j'avais besoin de progresser non pas dans ma vie mais dans ma tête et pour cela il fallait bouger, rencontrer et expérimenter. Tâche à laquelle je m'étais déjà attelée en partant pour Paris. Et purée, je ne me remercierai jamais assez d'avoir dit fuck ce jour là à ce cdd de 6 mois pour prendre ce train vers l'Angleterre.