Besoin de discuter, bouteille à la mer

Note : 7

le 27.03.2017 par BenoitGaudio1989

3 réponses / Dernière par The_PoP le 28.03.2017, 12h35

Un forum pour celles et ceux qui s'intéressent au dev perso, à l'équilibre intérieur, à la psychologie. Surmonter ses blocages, ses croyances limitantes, nourrir et développer ses forces, etc.
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Bonjour à tous,

Avant de commencer j’aimerais juste dire que je ne sais pas vraiment ce qui me pousse à venir raconter ma vie sur un forum, sans doute le fait que j’en consulte régulièrement sans jamais y participer, et puis surtout je pense l’envie de partager mon histoire pour savoir si certaines personnes pourraient se sentir concernées ou pas, bref c’est un peu une bouteille que je jette dans la mer d’internet pour voir si par hasard cela pourrait donner lieu à un échange.

Par ailleurs je me considère moi même comme un séducteur et connaissant la qualité des débats que j'ai pu trouver sur ce site, c'est tout naturellement que je me tourne vers la communauté FTS ;)

Alors voilà, pour faire bref j’ai 27 ans et jusqu’à l’âge de 21 ans j’étais assez insouciant, d’une famille aisée je jouais au foot à assez bon niveau, et à côté de ça je prenais du bon temps avec mes potes, à base de soirées et de pas mal de cannabis. J’ai passé mon bac, je suis parti dans une école de commerce tout en prenant soin de rester dans ma ville, chez mes parents dans mon confort et ma facilité.

J’ai vraiment choisi la facilité dans le sens où je suis parti en école de commerce pour faire un peu comme la majorité des gens « cools », je faisais attention à mon apparence, avec le sport et les belles fringues, bref je voulais surtout renvoyer l’image d’un mec beau gosse, clean et sûr de lui. Je précise que je suis assez grand et carré avec plutôt une belle gueule, même si ça peut paraître prétentieux au final pas tant que ça puisqu'aujourd’hui chacun comprends que le physique ne fait pas tout dans la vie.

J’ai fait mon école de commerce en m’investissant vraiment au strict minimum en cours et dans la vie de l’école, c’est-à-dire que mes potes au sein de l’école étaient essentiellement des branleurs un peu blasés comme moi de « l’esprit de troupeau » qui pouvait régner dans les BDE, les assocs, les soirées etc. A côté de ça je fréquentais surtout mes potes du collège et lycée avec qui je fumais des pétards et jouais au foot pour l’essentiel.
Je me suis trouvé une copine en boîte (amie de la copine d’un de mes amis très proche, bref) et je suis resté avec elle 3 ans et demi.

Ce qui était cool dans mon école c’est que j’ai pu partir en semestre à l’étranger, deux fois 6 mois, la première en Asie en 2ème année et la deuxième en Amérique du Sud en 5ème année.

Mais le sujet n’est pas vraiment celui-ci. Tout ça pour dire que vers 22 ans, j’ai testé la mdma au cours d’un weekend entre potes dans le sud de la France, donc dans un contexte vraiment sympa, je me suis laissé tenter sans réfléchir moi qui m’étais toujours fixé comme limite mes joints entre potes.

Et le truc c’est que j’ai réellement adoré, passé la meilleure soirée de ma vie, je vous passe les détails peu intéressants mais tout ça pour dire que je suis revenu de ce weekend avec une nouvelle vision de la vie toute entière, oui carrément.

Je me suis mis à m’ouvrir au monde comme jamais auparavant, moi qui vivait finalement plutôt replié sur mon petit confort et petit train- train, à aller parler à un maximum de personnes différentes, à partir dans les week-ends d’intégration, les soirées étudiantes, les afters, les boîtes bizarres, bref tout un univers que je méprisais d’ordinaire.

Mais en plus de ce changement, je me suis découvert, moi qui était souvent nul et lourd quand j’essayais de draguer (malgré un certain succès pour collectionner les filles un peu salopes au lycée et après) un vrai talent de « tchatcheur » auprès des femmes, grâce à cette « libération » spirituelle que j’avais ressenti avec cette drogue qui rend hyper empathique. Et donc j’ai largué ma copine avec laquelle tout n’était plus que cris et jalousie, et j’allais de succès en succès, choper et conclure avec des meufs de plus en plus bonnes, des filles qui me paraissaient totalement inaccessibles du temps de ma timidité et de mon repli (relatif) sur moi.

A côté de ça j’ai découvert Nietzsche et surtout le Zarathoustra, pour ceux qui connaissent. J’étais tellement ému quand je l’ai lu pour la première fois que j’en pleurais seul dans mon petit studio. J’avais vraiment l’impression de comprendre le monde, et surtout les rapports humains comme jamais je n’aurais pu l’imaginer avant, ou finalement j’avais assez peu de confiance en mes capacités et un dégoût assez prononcé des gens et de la société en général.

Bref, cette période « bisounours » a perduré assez longtemps, je prenais de la drogue certes mais jamais dans des proportions incontrôlables malgré quelques excès, et j’enchainais les soirées, mes premiers festivals d’électro et teufs, le tout après avoir quitté ma copine et mon club de foot, car pour dire bref j’en avais assez de jouer dans une équipe de « racailles » et de médiocres, je réalisais que j’avais assez donné là- dedans et que je voulais m’amuser et passer mon temps libre autrement maintenant.

Dans ce contexte je vous passe tout le déroulement mais je me suis bien amusé, j’ai beaucoup voyagé notamment en allant vivre en Amérique du Sud, rencontré tout un tas de gens, mon esprit était toujours grand ouvert et je voyais vraiment la vie comme quelque chose de merveilleux et mystérieux à la fois.

Rentré en France j’ai écrit mon mémoire, eu mon diplôme, parfait me direz- vous.
Le souci là- dedans c’est que mon père est mort du cancer qui le rongeait depuis plus de 10 ans, et dont il ne parlait presque jamais, et c’est là que la réalité a commencé à me rattraper.

Sur son lit de mort, lui qui était assez taiseux malgré un amour infini pour sa famille, donc mes 3 sœurs et moi, m’a même mis en garde contre la drogue, et m’a dit que dans la vie il fallait avoir confiance en soi, et faire sa propre expérience. C’est une des rares fois où on s’est vraiment parlé d’ailleurs. C’était en octobre 2015, et il est mort. Et je suis allé à son enterrement, j’ai ressenti une grande émotion très difficile à décrire d’ailleurs, mais pour faire court je vous dirais que c’est comme si j’avais compris et intériorisé le fait qu’il n’était pas vraiment mort, mais toujours présent avec moi pour me protéger dans ma vie de tous les jours comme il l’avait toujours fait d’ailleurs.

J’ai trouvé mon premier vrai job, moi qui avait fait un stage de 6 mois un peu bidon mais tout de même intéressant à Paris en rentrant d’Amérique du Sud. C’était un poste de business developer dans un cabinet de recrutement, en gros commercial-chasseur de tête dans un cabinet de recrutement à Paris.

J’ai arrêté toute drogue pendant cette période- là, et je me suis plongé dans ce job comme jamais, vraiment toute ma volonté était tournée vers la réussite professionnelle dans ce milieu de requins, et pour tout vous avouer j’avais vraiment le sentiment que c’était pour mon père que je faisais tout ça, lui qui n’avais fait que bosser toute sa vie pour s’extirper du milieu modeste dans lequel il était né pour réussir HEC puis à monter sa boite d’audit de 100 salariés et assurer à sa famille une rente et un cadre de vie confortable avant de mourir.

Evidemment à côté de lui j’ai réalisé à quel point j’avais été un petit égoïste pourri gâté toute ma vie et c’est vraiment cette image que je voulais conjurer en bossant d’arrache pieds, passant des journées de 10 heures assis derrière un bureau à faire de la prospection.

Mais voilà, malgré toute ma bonne volonté je me suis fait virer au bout de 4 mois, donc avant la fin de ma période d’essai de 6 mois, sans que je comprenne vraiment pourquoi. Le courant passait moyennement avec mon manager, qui avait mon âge d’ailleurs, et peut être que j’ai une trop grande gueule, que je peux paraître arrogant dans ma façon d’être au travail, honnêtement même avec le recul j’ai du mal à l’expliquer aujourd’hui.

Enfin si, je perdais vraiment mes moyens au moment de conclure les deals parce que justement je ressentais ce regard du manager prêt à me descendre à la moindre faute et je n’ai pas eu la solidité mentale pour surmonter ça. J’ai donc découvert que j’étais faible à ce niveau- là malgré ma qualité pour échanger avec des dirigeants de boîte dans la découverte.

Toujours est- il que je me suis fait virer, mais à ce moment- là il était hors de question de baisser les bras pour moi, et grâce aux techniques de com que j’ai apprises dans ce job qui était quand même centré sur le recrutement de commerciaux, j’ai réussi à me faire embaucher à peine 2 mois plus tard dans une boîte de logiciels de marketing, toujours en tant que commercial sur Paris, encore une fois je vous passe les détails.

Et c’est là que j’ai vraiment craqué. J’ai tenu 1 mois. J’allais au travail avec une boule au ventre, je ressassais des idées noires sur mon incompétence et ma nullité que je cherchais à cacher aux autres, et j’allais forcément être démasqué à un moment donné, d’ailleurs ça n’a pas raté et au bout d’un mois j’étais remercié. C’était un vrai soulagement pour moi, j’étais vraiment au plus bas à ce moment -là, complètement perdu, mais au moins ce poids de devoir faire face tous les matins à ma nullité et à l’empathie que je n’arrivais plus à avoir avec les prospects au téléphone avait disparu.

Je ne sais pas si je me suis mis trop de pression à la mort de mon père, si j’ai absolument voulu devenir commercial parce qu’avec toutes les personnes que j’avais rencontré dans mes années de défonce j’avais l’impression de pouvoir être une autre personne, le tchatcheur irrésistible qui allait forcément faire un carton en tant que commercial.
Mais la réalité c’est qu’une fois le rendez- vous obtenu et le type au bout du fil, je perdais totalement mes moyens, je bégayais, cherchait mes mots et devenais complètement nul et incapable de vendre quoi que ce soit au téléphone.

Et donc j’ai échoué lamentablement, et toute mon estime de moi, tellement artificielle que j’avais acquise en me droguant (mais pas que), s’est volatilisée et je ne savais même plus qui j’étais ni ce que je devais faire pour remonter la pente. J'ai même essayé d'aller voir un psy, moi qui suis contre au départ. J'y suis allé deux fois, c'était un vieux monsieur, sympa, à l'écoute, je lui ai raconté ma vie de famille, mais j'ai trouvé qu'il avait vraiment une vision très Freudienne du monde qui ne me satisfaisait pas, et à part me proposer du Lexomil il n'y avais pas grand chose d'utile à mon sens dans son discours, donc j'ai coupé court avec le psy.

Heureusement j’ai pas mal de bons amis un peu comme moi, un peu branleurs, avec du fric venant de leurs parents la plupart du temps, avec qui discuter ou boire des canons pour noyer notre nullité dans un humour graveleux et transgressif, qui permet surtout de ne pas faire face à notre responsabilité devant le peu de choses que nous avons accompli dans nos vies et notre oisiveté incurable.

Bref, je suis parti un mois en Asie (avec l’argent de l’héritage bien évidemment) en espérant me changer les idées et revenir avec une inspiration nouvelle. Et bien ça a plutôt fonctionné, je vous passe les détails mais je pense que voyager permet automatiquement de sortir de sa zone de confort puisque notre cerveau doit faire face à un environnement totalement inédit et de facto s’adapter, même si on se paye des hôtels, des activités avec un argent que l’on n’a pas gagné soi -même.

Je suis revenu en France assez mollement, avec l’idée de retrouver un boulot de commercial moins stressant, moins « hype », et pas à Paris. Mais j’ai laissé trainer tout ça comme à mon habitude et deux mois plus tard je n’avais toujours pas de job, traînant chez ma mère comme une âme en peine, avec quelques soirées par ci par là avec les amis de ma ville.

Bref je n’avançais toujours pas. Et puis il m’est arrivé quelque chose. Je me suis brisé le tendon d’achille en jouant au foot avec des amis, moi qui ne m’était jamais sérieusement blessé après toutes ces années de foot en club, là CRAC j’ai dû me faire opérer et immobiliser pendant 7 semaines sans poser le pied par terre. J’en suis à une dizaine de semaines de rééducation et je commence à peine à pouvoir remarcher en boîtant aujourd’hui.

Mais il se trouve que j’ai mis ce temps « à profit » en me plongeant dans des lectures assez variées (Laborit, Alain, Spinoza, Nietzsche encore, Karl Jung, Camus, Russell, etc). J’ai dû lire au moins un livre par semaine depuis cette période de par l’ennui que me causait mon immobilisation et je dois avouer que ça me fait du bien, j’arrive un peu à me détacher du monde extérieur, à me recentrer sur mon propre intérieur et à penser le monde avec davantage de détachement. Je me remémore mes années d’agitation excessive, où je voulais tout découvrir, tout comprendre, tout connaître.

Je me dis que ça m’a été utile tout de même pour avoir une certaine vision de la nature humaine, que je peux aujourd’hui confronter avec celles des grands penseurs que j’essaye de découvrir.

Voilà un peu mon histoire, je ne sais toujours pas ce que je vais faire une fois sur pied, sans doute remonter sur Paris, mais très franchement j’ai vraiment du mal à envisager de retrouver un boulot, de me soumettre aux exigences de réussite que la société nous impose, faire du fric, sans penser, s’oublier dans ce monde où la majorité semble penser la même chose sur tout, faire des jobs déshumanisés où on passe son temps le cul sur une chaise à passer des coups de fils, à envoyer des mails, à se mettre une pression débilitante qui nous épuise, nous angoisse et ronge notre santé à petit feu, taper de la coke et se bourrer la tronche le week-end avec des gens comme nous qui ne savent plus ce qu’ils sont et ce qu’ils font sur terre, trouver quelques meufs par ci par là sur tinder pour baiser à droite à gauche sans jamais ressentir le moindre attachement ou l’envie de s’engager après avoir baisé, ou encore dépenser de la tune en allant baiser des putes.

Bref j’aimerais savoir si certains ressentent la même chose que moi parmi vous, si vous avez peut -être des suggestions à me faire pour trouver une activité qui ait du sens, même si je vous avoue que j’ai envie d’écrire à présent, même si c’est prétentieux de dire ça, je trouve que ça aura toujours plus de sens qu’un job de cadre de con qui mène au burnout.

Je précise que je n’ai aucune idée suicidaire car dans le fond j’aime profondément la vie.
Je fais également de la muscu deux fois par semaine depuis mes 4 mois d’immobilisation et je compte bien continuer.

Merci à ceux qui auront le courage de lire jusqu’au bout ce pavé de compétition et j’espère qu’on va pouvoir échanger !
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [0] Bienvenue ! le 27.03.17, 16h11 par Jalapeno
  • [+1] Bienvenue ! le 27.03.17, 16h32 par PLPP
  • [0] Bienvenue ! le 27.03.17, 18h50 par FK
  • [0] Bienvenue ! le 27.03.17, 19h54 par The_PoP

Wow, ton message est long, mais pas tant que ça au regard de tout ce que tu y résumes : bon esprit de synthèse.

Je pense qu'à ton âge, à l'aube de la trentaine, on est au tout début de sa vraie vie d'adulte indépendant, et à te lire une seule expression me vient en tête : "crise de sens"

Tu as fait des choses différentes, vécu des moments différents, reçu des héritages (au sens moral du terme, l'héritage des valeurs de ton père), fait des expériences, et maintenant, c'est à toi de faire ton chemin. Je ne vois pas de fatalité à vivre la vie parisienne cynique que tu décris. Certes on subit des pressions sociales etc mais on peut les laisser de côté. Finalement ça rejoint les derniers mots de ton père "fais toi confiance".

Je serais toi je ferais un tour du côté du sujet sur la méditation, et je m'y mettrais tous les jours un peu, pour me reconnecter avec ce qui fait du sens pour moi, ce qui m'est doux, précieux, agréable, bon, ce que j'ai envie de chérir, ce à quoi j'ai envie de donner de l'importance, afin de t'y consacrer chaque jour davantage.

Tu peux ajouter à tes lectures "je médite jour après jour" de christophe andré

Tu es fier de la carrière de ton père mais c'était une autre époque et une autre personne, à toi de trouver ta propre façon de "réussir".
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [0] 100% d'accord le 27.03.17, 21h17 par valll

Salut, rapidement : je pense que tu es en train de te rendre compte que la vie n'a pas de sens particulier, au moment où ton cadre / cocon commence à s'effriter.

Ce qui en soi n'a rien de grave : ça veut juste dire qu'il t'appartient à toi de donner le sens que tu veux à ta vie. Pense page blanche, toile vierge, et tu y mets ce que tu veux, jour après jour, choix après choix.

A la fin on meurt tous, mais avant de mourir, on suivi des trajectoires, vécu des expériences, rencontré des gens, pris des claques et vécu des moments de joie.

Certains choisissent / non-choisissent de vivre une vie centrée autour de leur télé / PC. Toi tu as certaines ressources qui te permettent d'avoir des options. A toi de voir comment tu vas exploiter tout ça - si tu veux vraiment faire quelque chose.

Et si jamais t'es vraiment paumé, que t'as aucune idée de ce que tu veux faire de ta vie, voyager, c'est pas une mauvaise idée. T'es même pas obligé de revenir à Paris.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [+3] Constructif le 27.03.17, 19h43 par voucny
  • [+3] A lire le 28.03.17, 12h28 par The_PoP

Pourquoi ne pas essayer aussi une recherche d'emploi dans une ville autre que Paris, ou à l'étranger ?

Les cadres ne sont pas condamnés au style de vie que tu décris. Ce n'est pas une fatalité. Peut être trouveras tu des postes, des ambiances et des styles de vie te correspondant plus en province.

J'ai envie de te conseiller de ne pas en rester à tes deux mauvaises expériences.

Autre piste : la reprise d'études vu qu'à priori tu peux te le permettre.


Pour le reste je rejoins l'avis de FK. Tu as l'air d'avoir besoin comme beaucoup de trouver du sens. Le sens que tu vas vouloir donner à ta vie.

Peut être aussi que tu peux essayer d'élargir ton prisme : le développement personnel c'est bien mais je te sens un peu déconnecté du monde dans lequel on vit et de ses problématiques. Peut être trop centre sur ton développement philosophique personnel ? Je ne sais pas.
If you want to touch the sky,
Fuck a duck and try to fly !

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