Passion et raison, une cohabitation empreinte de soumission ?

Note : 1

le 11.12.2017 par crido88

1 réponses / Dernière par Hillel le 17.12.2017, 01h46

Un forum pour celles et ceux qui s'intéressent au dev perso, à l'équilibre intérieur, à la psychologie. Surmonter ses blocages, ses croyances limitantes, nourrir et développer ses forces, etc.
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Bonjour à tous,

Avant toute chose, je tiens à préciser que le titre choisi est volontairement provocateur car dans les faits, mon avis sur la question est bien plus nuancé. Ainsi, je voudrais avoir vos avis éclairés sur une interrogation comprenant plusieurs volets.

Ne vous êtes-vous jamais demandé comment arriver à définir des objectifs, des projets de vie et d'avenir qui soient en adéquation avec vos velléités les plus profondes et instinctives ?

Pour répondre à cette question, le cheminement de pensée classique pourrait reposer, dans un premier temps, sur l'appréhension du sujet par le prisme de nos passions. Seulement, le point culminant de cette notion repose sur la mobilisation des émotions au service de la raison. Autrement dit, on opère un travail de réflexion qui, inconsciemment, délimite le champ d'implication de notre instinct afin que celui-ci puisse s'inscrire dans la trame de notre raison et que toutes deux fassent conjointement germer un modèle "matérialisé" , qui va souvent se voir estampillé du terme "projet".

Seulement, dès l'instant où l'on traduit intellectuellement parlant, une volonté de savoir quelle est LA voie qui nous correspond, le champ instinctif (de la passion) perd en substance et fait involontairement le nid de la raison et de ses périphériques. Le jeu n'est désormais plus de se laisser aller à ses envies mais d'apprendre à les apprivoiser et à en maîtriser les ressorts psychologiques qu'elles activent dans notre réflexion. Ainsi cet effort, bien que pouvant être perçu sur quelques aspects comme préfabriqué ou factice, aurait des portées salvatrices et se muerait en vecteur de clarté et de synthèse, dans une quête de réponses face aux questions existentielles (Bien qu'il ne soit, paradoxalement, pas forcément concevable d'en trouver, je l'entends bien).

On souhaite définir avec doigté la manière dont on pourrait convertir ces envies, ces passions en un passe-temps, un gagne-pain pouvant se substituer à une activité professionnelle classique en entreprise.

Dans ce schème de pensée, les envies et leur réverbération ne sont bien souvent que le fruit de représentations imparfaites modélisées par notre esprit. En effet, ces projections mentales ont un écho proportionnel au delta qui va séparer l'homme de son désir primaire. Plus il va désirer un objet donné, plus il va l'idéaliser et le fantasmer et, par la force des choses, se le représenter comme potentiellement inaccessible.

C'est pourquoi il peut être juste de déconstruire cette mécanique en objectivant cette envie. Pour ce faire, il peut être bon d'identifier les étapes indispensables à la création de cette idée et s'atteler sans relâche à l'accomplissement de chacune d'entre elles.

Problème !

Toutefois, une fois cette idée mise à nu, une pensée alternative flagelle immédiatement celles précédemment soulevées :
N'est-il pas ici question de travestir ce que l'on est essentiellement pour répondre aux desideratas de la société ? Comment pouvons-nous réellement être à l'écoute de nous-mêmes tout en étant distrait par la course au "toujours plus", au besoin d'exister socialement ? Autrement dit, j'ai la sensation que ce comportement répond à un certain besoin d'émancipation vis-à-vis du conformisme social dont nous sommes les proies. Mais au final, il n'a que pour effet d'activer quelques leviers de différenciation nous procurant une satisfaction aux fondements artificiels. Autrement dit et en vulgarisant quelque peu, cela s'illustrerait par le fait d'être un peu "mouton", mais pas trop ... Ne serait-ce donc pas au final, une certaine forme de "médiocrité"?

Encore une fois, je vous prie de bien vouloir accepter mes excuses pour le manque de structure dans mes écrits car, en toute honnêteté, mes idées s'entremêlent sans réelle ligne directrice.











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    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [+1] Intéressant le 17.12.17, 01h46 par Hillel

C'est vrai que ton raisonnement est couillu :mrgreen: .
Ça fait assez écho au sujet sur "Une vie moins ordinaire", je ne sais pas si tu l'as lu?

En gros: Tu te demandes si ce qui se nomme chez toi passion et volonté repose sur une réalité en adéquation avec tes aspirations profondes, ou bien si finalement les limites qui te sont définies par les normes sociales ne te poussent pas à créer des envies factices qui n'ont pour but que l'émancipation de ces règles auxquelles tu souhaiterais échapper, ou bien à coller à un modèle auquel on te demande de te conformer?

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Je dirai que si l'humain n'était que passion, et s'il cherchait à s'épurer de tout raisonnement pour en connaître sa nature profonde, il ne serait pas humain. L'humain est un animal qui n'agit non uniquement par instinct ni pulsion vitale, mais à travers éthique et morale. Il est évident que nous suivons des règles et des normes, parce que nous vivons en société. Si je n'agissais qu'à travers mes pulsions, je pourrai très bien décider de tuer.

Quelques soient les structures encadrantes, les règles de vie en communautés sont communes à chaque être humain à partir du moment où il n'est pas le seul dans un environnement donné. C'est le cas de notre société occidentale, certes, mais c'est également le cas de tribus éloignées. Même les personnes vivant en marge ont leurs propres règles. Et c'est d'ailleurs également le cas des non humains. Ce qu'ajouterait l'humain, par exemple, c'est : "La liberté des un s'arrête là où commence celle des autres". Je n'y verrais donc pas un caractère limitant, mais plutôt un caractère vital et dépendant de notre fonctionnement.

A partir de ce moment là, il est difficile de penser que dépasser cette condition du raisonnable puisse donner un caractère plus réel à nos passions, puisque nous sommes des êtres de raison, autrement de conscience.

Ce que tu peux voir de limitant, c'est que les règles et les normes que tu respectes sont des règles et des normes qui existaient bien avant que tu ne naisses. Tu suis un mouvement. Tu n'as donc pas, en réalité, fait le choix de ces normes. Et si ces normes te questionnent, c'est peut-être que tu cherches à les comprendre d'un esprit critique. La question que tu peux te poser, c'est: puis-je faire le choix de ne pas les suivre? Et si je décide de les suivre ou de ne pas les suivre, est-ce réellement de ma volonté? Quelles sont les règles que je peux m'approprier, flexibiliser, et celles sur lesquelles je n'ai pas d'emprise?

L'insociable sociabilité de Kant devrait t'intéresser.

Ensuite, je ne suis pas d'accord avec une des théories que tu abordes:
Seulement, dès l'instant où l'on traduit intellectuellement parlant, une volonté de savoir quelle est LA voie qui nous correspond, le champ instinctif (de la passion) perd en substance et fait involontairement le nid de la raison et de ses périphériques.
Le langage ne repose pas sur une vérité sans limite, mais sur la conceptualisation de nos idées, pour permettre la communication. Premièrement, dans un certain courant philosophique, il est réfléchit que la pensée ne peut exister sans le langage. Ce qui pourrait nous laisser présupposer qu'une absence de langage entraîne une absence de pensée, et qu'être dans l'incapacité de conceptualiser et communiquer nous empêcherait, peut-être, de donner raison ou autrement d'exprimer notre volonté. Notre volonté n'existerait donc pas d'elle-même.

Cependant, le langage qui me permet d'exposer mes idées est un langage verbal. Si je n'avais pas donné le nom de "fleur" à cet objet, il n'en existerait pas moins par ce que je vois, ce que je sens, ou ce que je ressens à sa vue, son odeur, son toucher ou mon interprétation émotive. Donc lorsque nous évoquons nos pensées, tel que tu le lis maintenant à travers mes mots, il y a à vrai dire un nombre infini de réalités que tu ne pourras jamais ni saisir ni percevoir. C'est le domaine du non verbal. Lorsque j'éprouve une envie, je vais la conceptualiser en des mots, et si les mots ont effectivement un caractère limitant, je n'ignore pas la nature de ma volonté qui, si elle n'est pas exprimée, existe bel et bien à travers une réalité qui est celle que je vis intérieurement.

Si à un moment donné, la raison a totalement pris le dessus sur un désir primaire en en faisant perdre "la substance", c'est, à mon humble avis, que de base le raisonnement qui en a découlé ne reposait pas sur une volonté, une pulsion, mais sur un autre raisonnement qui l'a précédé. Ça par exemple:
On souhaite définir avec doigté la manière dont on pourrait convertir ces envies, ces passions en un passe-temps, un gagne-pain pouvant se substituer à une activité professionnelle classique en entreprise.
Parce que non, nos envies et nos passions n'ont pas nécessairement pour finalité de devenir un passe-temps, un gagne-pain pouvant se substituer à une activité professionnelle classique en entreprise. Une passion peut simplement rester une passion. Elle peut simplement être vécue telle qu'elle est ressentie. Elle peut juste humblement nous passionner. Ce que l'on fait de nos envies, la façon dont on les formule ou la façon dont on les matérialise pour en faire quelque chose à consommer, c'est propre à un raisonnement qui se veut pour but d'en obtenir le rendement. A partir de là, l'hypothèse que tu évoques me semble faussé.

Et je finirai en disant: Pourquoi faire nécessairement une dualité entre décider de suivre les règles ou décider de ne pas les suivre?

On pourrait décider d'imaginer un grand cercle où tous points se trouvant à l'intérieur représentent les sujets se trouvant dans la norme, tous points se trouvant à l'extérieur, les sujets en dehors de la norme, et tous points sur la ligne encadrant la norme, les sujets borderline.

Et pourquoi est-ce qu'à l'intérieur de ce cercle, il n'existerait pas simplement d'autres cercles? Pourquoi ne déciderait-on pas également de créer une ligne supplémentaire en dehors des limites que l'on s'est fixé?

Très grossièrement ça donnerait ça:

Image

Un jour, je demandais à une personne anglophone comment elle envisageait d'agir lorsqu'il arrivera un évènement X. J'ai trouvé sa réponse parfaite:

I improve my life.

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