Perdre sa famille en étant honnête

Note : 21

le 28.01.2017 par Nonchalance

9 réponses / Dernière par nist-r le 07.02.2017, 00h26

Un forum pour celles et ceux qui s'intéressent au dev perso, à l'équilibre intérieur, à la psychologie. Surmonter ses blocages, ses croyances limitantes, nourrir et développer ses forces, etc.
Répondre
En écrivant ces mots, je ne me rends pas encore bien compte de toute l'ampleur du problème. Je sais seulement que ça en est un.

Cela fait maintenant dix ans que je suis athée. En France, c'est banal. Dans ma famille la culture française et occidentale n'a que très peu d'emprise dans le domaine des idées. Personne dans ma famille ne sait que je suis athée. Personne ne veut le savoir.

Ça ne m'a jamais vraiment dérangé de faire semblant. Depuis le début, je suis conscient de ce que cela implique de me déclarer athée et je ne suis pas prêt à assumer les conséquences. C'est un peu ridicule quand je le vois sous le prisme de ma culture occidentale. Je n'ai qu'à dire que je ne crois pas en dieu et pouf, plus de famille. Je considère déjà que je n'ai plus de mère et plus de père. J'ai encore un frère, des tantes, des cousins... Rien de tout cela ne resterait.
Quand je le considère sous le point de vue de mon autre culture, ce serait comme si j'entrais dans la pièce à vivre familiale, que je déposais un gros cake en plein milieu sous le regard de tout le monde tout en leur demandant de ne pas faire attention à moi. Oui, c'est une très bonne métaphore.

Je ne me sens pas vieillir. Dans mon subconscient, je suis éternellement jeune jusqu'à preuve du contraire. Le fait que j'ai la même tête et quasiment le même corps depuis mes quinze ans ne m'aide pas beaucoup. Pourtant je me rapproche de la trentaine. C'est encore loin mais plus près que je ne le pense.

Ma famille commence à me demander de m'impliquer. Elle me parle de mariage, d'enfants, de dieu, de devoir... Mon frère m'a même encouragé à m'impliquer plus dans la religion en me laissant sous entendre qu'il y avait des femmes prêtes à se marier avec un inconnu qui n'a pour seul lien avec elles que leur dévotion pour dieu. "T'aurais plus besoin de te prendre la tête avec les filles" me dit-il victorieusement.

Mais en vrai j'en ai rien à foutre de tout ça. Et c'est là où je me pose la question. Jusqu'à quand je vais pouvoir faire semblant? Si un jour je veux des enfants, comment je vais gérer la situation auprès de ma compagne? Qui veut d'un homme tiraillé entre deux mondes de toute façon? N'est ce pas mon manque d'honnêteté qui m'empêche d'avancer et d'être vraiment moi même? La frivolité, le consumérisme et la mentalité aliénée du monde occidental. Le dogmatisme, le voile mystificateur et le communautarisme de mon autre culture. J'ai envie de rejeter les deux mais pour aller où? Où est ma place? Où est la chance du multiculturalisme dont on m'a si souvent vanté les mérites?

J'ai besoin d'entendre des avis nouveaux sur le sujet, de me sentir compris. Si vous en avez la capacité et l'envie, laissez moi un commentaire, un témoignage ou une piste de réflexion.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [0] Courage le 29.01.17, 12h50 par Popovski
  • [0] Wow le 29.01.17, 23h21 par Iskandar

Haha, man, t'es pas dans la merde!

Je te dit ça en toute sympathie :)

Cherche.

Moi j'ai trouvé des gens avec qui je pouvais être honnête, des amis et ma famille aussi.
Mais trouver des amis comme ça, c'était pas donné.

La vérité: tu sent au bout de 5 min quand tu rencontres quelqu'un qui te correspond vraiment en amitié, ou très vite en tout cas.

Continue de chercher. Autant je trouve que le délire autour de l'amour H/F c'est surfait, autant l'amitié...
C'est incroyable.

Keep looking :)
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [0] Tout à fait ! le 29.01.17, 17h17 par ANormalGuy
  • [+1] Constructif le 29.01.17, 17h29 par Nonchalance

Yop !

Ton message m'interpelle. Sur pas mal de points.

Déjà, par le fait que tout croyant que je sois... je trouve l'attitude de ta famille totalement pétée, indépendamment de sa religion ou de tous les autres points positifs qu'ils peuvent avoir.

Ensuite, le tiraillement entre deux mondes (cultures dans ton cas), que je connais aussi d'une certaine manière : je pense que foi (trop souvent comprise comme traditionalisme et conservatisme) et modernité, même au sein d'une même culture sont trop souvent présentées comme antagonistes. D'une certaine manière, je connais aussi ton tiraillement, même si j'ai le "luxe" que ma foi et la modernité soient du même registre occidental.

Troisième point... ta franchise et ta liberté.

Je vais essayer de t'apporter quelques pistes de réflexions personnelles (d'un point de vue que je pense croyant et ouvert), limite même des suggestions, mais je n'ai aucune solution à te donner.

Je commence par l'attitude de ta famille, notamment par ce déclame ton frère. En gros, on te pousse méchamment à rentrer dans le circuit, plan-plan, boulot, métro, dodo, famille, toussa toussa. Sache que c'est aussi mon cas :mrgreen:

En réalité, je vois mes potes de terminale se ranger, soit en tombant dans ce que je pense être une vision sinistre du couple (pour ceux qui sont arrivés à pécho), soit dans la virginitude subie (pour ceux qui ne sont arrivés à rien, même une fois passé la fac). Dans les deux cas, de mon point de vue, c'est sinistre. Dans les deux cas, ça fait passer, même inconsciemment, le message suivant : "pourquoi tu ne te ranges pas ?". Idem pour mon père, qui me demande à intervalles réguliers "sinon, c'est quand que tu me fais un petit enfant ?", alors que pour moi c'est loin d'être au programme.

Si un jour je dois me ranger, c'est parce que j'en aurai envie, pas parce que je m'approche de la trentaine. Et ça pourrait arriver dans quelques mois ou dans vingt ans, la vie est pleine de surprises.

Et par dessus, comme si ça n'était pas suffisant, on te tape la religion, comme seule génératrice d'une vie ordonnée. En mode "la religion va tout régler !". Je vais t'avouer un truc : même si je crois en Dieu... je n'ai aucune certitude qu'il existe. Et je refuse catégoriquement qu'un autoproclamé porteur de bonne parole vienne me dire comment bien vivre au nom de la religion. Parce que bien souvent, ça rime avec "au nom de sa vision de la religion. J'ai l’espérance, mon rapport à Dieu et au monde, et personne n'a à me dire comment vivre ce rapport.

Et je ne pense vraiment pas que l'athéisme soit une mauvaise chose. Même, il est tout à fait possible que Dieu n'existe pas, dans le fond.

En fait, je crois que le gros souci dans ta famille, ce serait un certain recul par rapport à la foi, et plus triste, aucune réflexion dessus. Du genre "je me plie à des normes sans m'interroger dessus". C'est bien ça ?

Je crois que le nœud du problème se situe là. Le problème n'est pas tant d'être croyant ou athée, mais le manque de recul. En fait, ça dépasse même la dualité athéisme/religiosité.

Je vais aborder la tension entre modernité et religion. Tu soulignes les dérives critiquables du modernisme. En fait, je fait la part des deux en les confrontant : la modernité permettant de prendre du recul face aux dogmes et injonctions religieuses; et de l'autre, les questions notamment éthiques que soulève la religion me fait prendre du recul face au consumérisme sans limite et la superficialité de la modernité. Peut-être qu'à défaut d'être croyant, tu peux tirer des choses intéressantes de ta religion et les mettre en dialogue avec la modernité :) Pour moi, le multiculturalisme commence à partir du moment où on questionne ses influences et où on les met en dialogue.

Revenons-en à ta famille... et à l'hypothèse d'en fonder une.

Je crois que la première chose, serait de respecter ta famille et ses choix (même s'il te paraissent un peu moisis). Tout comme moi je respecte mes potes, quand bien même ils ne me vendent pas du rêve quand à leur vision du (non-)couple.

Ensuite, la franchise n'empêche pas un peu de diplomatie. As-tu pensé à des manières d'essayer de présenter ton athéisme plus "diplomatiques" ? Genre, souligner à côté du fait que tu ne sois pas croyant, l'attachement que tu as pour eux ? Ou au lieu de dire "j'en ai rien à foutre" "ça ne me parle pas; je suis indifférent" (quitte à en ajouter, façon "j'ai essayé") ? Il y a peut-être une piste à explorer de ce côté.

D'ailleurs, question con, vu que tu parles de "ta communauté", existe-t-il des gens en son sein qui bien que croyants ne sont pas forcément tradis ? Des gens qui se posent des questions ?

Et concernant le fait de fonder une famille : je te rejoins à 100% sur le refus de te mettre en couple avec une nana juste parce qu'elle est croyante. D'ailleurs, qu'est-ce qui te force à fonder une famille avec une croyante ? Pourquoi ne pas le faire avec une athée ou une agnostique ? Ou même une nana issue d'un autre groupe religieux et/ou qui n'est pas de ta communauté ? Et même si au final tu te retrouves avec une croyante, il doit bien en avoir avec un certain recul sur les dogmes, qui pensent leur foi :)

Et franchement, pour élever les enfants, c'est pas mal je trouve cette diversité : d'un côté un parent qui leur parle de sa foi, de l'autre quelqu'un de sceptique ou d'indifférent quant à la foi qui leur dit son opinion, et une fois grands, ils pourront se faire un choix :wink:

Mais plus pratiquement, et proche dans le temps, y'a pas des gens dans ta communauté, des amis avec qui tu pourrais parler de ça ? Ce serait un début :)

Allez, courage !
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [+1] Il y'a du vrai... le 29.01.17, 17h31 par Nonchalance
  • [+1] Constructif le 29.01.17, 18h07 par Finn
  • [0] Immature le 30.01.17, 01h28 par Iskandar
  • [+1] Intéressant le 30.01.17, 11h20 par Sathinelilly
  • [+1] Très intéressant le 31.01.17, 07h59 par The_PoP

Mr.Smooth a écrit : Continue de chercher. Autant je trouve que le délire autour de l'amour H/F c'est surfait, autant l'amitié...
C'est incroyable.

Keep looking :)
Je te rejoins là dessus. Je cherche, je pense que je vais finir par trouver.
Popovski a écrit : Yop !

Ton message m'interpelle. Sur pas mal de points.
Alors je ne vais pas reprendre tout le message point par point mais j'ai tout lu et je vais essayer de répondre au mieux sur le pourquoi du comment et où j'en suis.

Je n'ai jamais révélé explicitement la religion dont je suis issu pour ne pas stigmatiser surtout avec le climat de terreur qu'il y a aujourd'hui mais il y a des choses que je ne peux pas expliquer sans le faire. Je viens d'une famille musulmane provenant d'un pays où plus de 90% de la population est également musulmane. L’apostasie chez les musulmans n'est pas une mince affaire.

La plupart du temps, ça finit très mal pour l'apostat. Ça peut aller jusqu'à la mort ou la torture. J'ai de la "chance" et je sais que ma famille n'irait jamais jusqu'à me tuer ou me torturer. Mais c'est certain que je serais renié. De plus, ma famille deviendrait elle même paria au sein de leur communauté par "ma faute". Bon, je sais que ce n'est pas de ma faute mais ce n'en est pas moins culpabilisant.

À partir de là j'ai deux choix réalistes. Soit je continue à faire semblant et je vis dans le mensonge pour le restant de ma vie. Soit je coupe définitivement les ponts avec ma famille d'une manière ou d'une autre et je vais faire ma vie ailleurs, mais il n'y a pour l'instant pas d'ailleurs qui m'attire.

Je connais des gens de ma communauté et de mon âge qui ne sont pas à fond dans la religion. Ils sont même pire que moi au niveau du respect des principes religieux. Mais la grande différence est qu'ils croient réellement en dieu et en leur religion. Ils sont conscients d'être "égarés" mais au final, ils savent qu'ils vont se ranger. Quand je leur dis que je suis athée, ils pensent que je leur fait une blague ou que je suis perdu et condamner à l'enfer éternel.

Et on arrive au problème des enfants et de la compagne. J'adore les enfants et ils me le rendent bien. Je peux me montrer indifférent à quasiment tout, sauf aux enfants. J'arrive à les comprendre et ils sont contents quand je suis avec eux parce que je suis l'un des rares adultes à vraiment les écouter. Je trouve ça triste de devoir le préciser mais je le fais quand même au cas où je serai mal compris: je n'ai aucun penchant sexuel pour les enfants.
Je ne sais pas si je vais mettre des enfants au monde pour des problèmes éthiques: je ne suis pas devin et s'il devait arriver quelque chose de grave à une personne que j'aurai mis au monde alors qu'elle n'a rien demander, je pense que je ne pourrai pas m'en remettre.

Et même si j'avais des enfants, je ne voudrais pas qu'ils grandissent dans un climat religieux. Beaucoup de personnes ont du mal à se rappeler leur enfance sans le filtre de la nostalgie mais je peux dire que mon éducation religieuse n'était pas gaie. Quand on te fait savoir qu'il y a un enfer alors que tu as quatre ans et que les gens "mauvais" vont y aller et qu'on associe tes bêtises d'enfant avec ces même mauvaises gens... Donc exit la mère religieuse. De toute façon, les femmes ( et les hommes pour ce qu'il en est) musulmanes ne peuvent pas se marier avec un athée, surtout pas un apostat.

Voilà où j'en suis dans ma réflexion aujourd'hui.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [+1] Très intéressant le 31.01.17, 07h57 par The_PoP

Wouw ! Moche !
il y a des choses que je ne peux pas expliquer sans le faire.
Honnêtement, ce n'était pas la peine.
Je ne sais pas si je vais mettre des enfants au monde pour des problèmes éthiques: je ne suis pas devin et s'il devait arriver quelque chose de grave à une personne que j'aurai mis au monde alors qu'elle n'a rien demander, je pense que je ne pourrai pas m'en remettre.
C'est un risque à prendre ! Raisonner comme ça, ce serait devenir prudent jusqu'à la satire ! L'amour, comme la paternité, est une aventure.
Qui veut d'un homme tiraillé entre deux mondes de toute façon?
Il n'y a que deux types de personnes qui risquent de te « rejeter » à cause de ça : les intolérants (donc ils auront fait un choix très clair sur le problème que tu évoques, ce qui pourrait être à leur honneur mais ne peuvent accepter que d'autres (les imbéciles selon eux) fassent des choix différents, hésitent, ou ne veuillent le faire) et les abrutis ( qu'ils soient intolérants ou pas, ta problématique leur passe très largement au-dessus de la tête...).

Et bon, là, on parle pour ceux qui verront le problème. Il a fallu plus de 25 ans pour que le problème commence réellement à se poser avec ta famille. Donc le nombre de personnes qui suivront que tu es tiraillé si tu ne le mets pas toi-même en avant, ou les en informe... Le problème, c'est plus toi-même. Mais ce problème mérite clairement d'être posé.

Où est la chance du multiculturalisme dont on m'a si souvent vanté les mérites?
Dans la combinaison de tes deux cultures. Outre que de base, tu as plus de capacités à connaître et comprendre plus de notions que ceux qui n'en ont qu'une seule culture, ce genre de situations, entre autres, te force à prendre plus de recul que le clampin moyen et te refuses la facilité du conformisme crétin et de l'idéologie abrutissante (bref, tu connais la citation de Nietzsche sur le fait de se fondre dans le troupeau ? Tu fais parti des malchanceux pour qui cette possibilité est bien plus dure que la moyenne. Yay !).


Alors, je vais te répondre d'une manière responsable, mais qui me fera de la peine pour toi.

Et je vais te faire une deuxième réponse qui me fera honte, mais beaucoup moins de peine pour toi.


Au final, à toi de voir.


Mais avant, posons le problème.

Mise à plat

Je suppose que tu le sais déjà, mais vu ce que tu dis, dans ta culture, la religion n'a pas la même signification qu'en France. Outre les aspects je crois ou pas en Dieu, as-tu déjà circonscrit ces autres éléments qui vont plus loin qu'une simple croyance ? Ces éléments de ta culture non occidentale qui dépassent (ce que tu considères comme de) la simple superstition. Qui dépasse de simples traditions folkloriques ? Prend ça en compte, regarde ce que tu acceptes, ce que tu rejettes. Prends le temps de relire le début de ma deuxième réponse. Je ne suis pas en train de te dire que ta culture non occidentale est bien et tout et tout. Je tente de rester objectif.

Pour te donner des exemples. De ce qu'on m'avait appris en cours, la notion de laïcité n'existe pas dans l'Islam.

Disclaimer

Bon, on arrête les conneries politiques ici !

Oui, la laïcité n'existe pas dans l'Islam de base. Mais on est en 2017, donc la plupart des musulmans connaissent très bien l'Occident, le christianisme, et leurs valeurs. Parfois mieux que les chrétiens occidentaux, selon leur niveau d'instruction. Et en plus, dans le cadre d'un bi-national ou d'un fils d'immigré, on parle de citoyens français qui connaissent la notion tout aussi bien que le français moyen.


Retour au sujet

Donc, par rapport à l'histoire de cette aire de civilisation, les traditions de la plupart des pays musulmans sont forgées de telles manières que non seulement, cette notion n'existe pas, mais en plus, certains concepts ne pourraient y exister avec la laïcité. En Arabie Saoudite, comme en Chine, Dieu ( = Le Ciel en Chine) bénit le pouvoir. En France, on estime que Dieu à autre chose à faire que de se préoccuper de qui doit gagner entre Hamon, Le Pen ou Fillon.

Ce que je te disais en fait, c'est de repérer ces logiques, ces éléments culturels et historiques qui divergent de la culture française républicaine. Et une fois repérée, de faire tes choix. Par exemple, en France, la religion est une affaire privée et individuelle. Pour qu'on en arrive là, beaucoup de micro-choix historiques, d'autant que c'est plutôt en rupture avec la manière de voir qui s'était imposée avant, manière de voir d'ailleurs majoritaire sur le globe.
Ailleurs, dont dans ton autre culture apparemment, la religion n'est ni personnelle, ni privée. Donc je suppose que le choix religieux doit probablement avoir bien plus de significations pour toi que pour nous. D'ailleurs, je me pose la question. Aussi impliquant pour toi qu'un choix de quoi ? D'études? De conjoint ? De pays ?

Enfin, note que je ne fais aucun jugement là. J'adhère très profondément à pas mal de valeurs mises en avant par l'Occident (la Modernité en fait), mais je sais faire la part des choses.

Ce ne sont clairement pas des choix faciles. A cause de l'intelligence nécessaire pour trouver (donc de rechercher dans les livres SURTOUT,et autour de toi, éventuellement, et de réfléchir également) les articulations logiques.

A partir de là débutent mes deux réponses.

Première réponse

L'autre difficulté est la force morale nécessaire pour faire les choix en question. Cependant, toi, par rapport à ce que tu as écrit sur FTS, je sais que tu as au moins 1 personne dans ton entourage, qui a été confrontée au moins 1 fois à ce type de choix, l'a fait, et doit en assumer les conséquences. Et probablement bien en plus, je pense. C'est ton oncle, pour qui tu travailles.:)

Mais faudra les assumer, comme lui. Ce qui veux dire reconstruire un certain nombre de choses, en accord avec tes choix relationnels. A commencer par ton réseau relationnel. Voire professionnel, si tu travailles avec de la famille...


Deuxième réponse

Sinon, si tu aimes avoir la vie tranquille, ou n'a tout simplement pas les ressources d'assumer ces choix, tu continues comme jusque-là. T'as déjà un exemple de ce que ça peut donner avec ton oncle, donc à toi de voir comment faire encore mieux que lui.

Ton cas montre surtout que ta famille ne croît pas au modèle français.
Dans ma famille la culture française et occidentale n'a que très peu d'emprise dans le domaine des idées.
Ce qui peut se comprendre plus ou moins : n'en déplaise à qui que ce soit, mais qui aurait envie de confier le sort de ses enfants à un modèle dont les dirigeants explique eux-mêmes qu'il a calé...
Donc, comme tout multiculturel, plusieurs options s'ouvrent à toi. A toi de faire tes choix, mais faudra vivre avec ton abandon d'une part de ta liberté.

Perso, sur d'autres sujets, j'ai fait le second choix. J'ai arbitré entre le groupe auquel j'appartiens et le renoncement à ma liberté sur certains points. Mais les choix en question étaient clairement moins impliquant pour moi et surtout réversibles. Je suis français de souche (Heil Hitler! T'as vu, je parle comme les mecs de mon clan)... en quelque sorte :D , mais même dans ce cas, tu buttes facilement sur certaines contradictions du même style.


Au final

Refuser le modèle français, vivre selon la culture d'origine de tes parents. Ou du moins, selon celle qu'ils essaient de faire vivre ( parce qu'il y a une sacrée différence...). Mais avec un décalage avec ton milieu socio-culturel, une perte de liberté vu que selon ce que tu dis, cette culture n'étant pas individualiste, un décalage aussi par rapport aux valeurs personnelles que tu as acquises (là, c'est plus grave en effet). Et n'oublie que tu n'as aucune garantie que tes proches ou tes enfants par exemple fassent le même choix que toi. Ou accepter le modèle français, ouvertement en panne...

Dans les faits, tu tentes de faire la synthèse la plus harmonieuse possible. Mais bon, je crois pas qu'elle soit possible sans un choix personnel entre ces deux pôles. A un moment, ou à un autre... Et dans ce type de cas, si tu peux effectivement repousser le moment du choix, il finit toujours par arriver un moment où... on va dire soit tu fait le choix, soit il se fait tout seul, mais tu devras l'assumer...

Pour finir, je t'avouerai qu'avant, je croyais que le premier choix était le meilleur. Depuis quelques années, je ne sais plus...

Cependant, vu ce que tu as écrit (donc je peux me tromper très lourdement), mon intuition me dit que te concernant, le jeu en vaut la chandelle et que tu gagnerais à quitter ta communauté à plus ou moins long terme. En général, de ce que j'ai compris, on fait ça progressivement, en douceur...



Sinon, juste un élément que j'aimerais bien comprendre :
Mais la grande différence est qu'ils croient réellement en dieu et en leur religion. Ils sont conscients d'être "égarés" mais au final, ils savent qu'ils vont se ranger. Quand je leur dis que je suis athée, ils pensent que je leur fait une blague ou que je suis perdu et condamner à l'enfer éternel.
Mais si je comprends bien, tu ne vis et fréquente que des musulmans ?
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [+2] A lire le 30.01.17, 03h39 par ANormalGuy
  • [+2] Constructif le 30.01.17, 11h22 par Sathinelilly
  • [+1] Constructif le 30.01.17, 13h52 par DTS
  • [+1] Intéressant le 31.01.17, 07h56 par The_PoP
  • [+1] Constructif le 31.01.17, 19h54 par Nonchalance
  • [0] Chelou le 01.02.17, 20h41 par Onmyoji

Je te trouve courageux, ne serait-ce que parce que tu envisages la possibilité de faire ce choix.

J’ai dû rompre avec ma famille il y a longtemps. Le motif (communautaire et religieux) était le même, la situation en revanche était très différente. Ce n’était pas cette famille qui m’avait élevée ni éduquée, on ne se connaissait pas, ils m’ont recueillie après la mort de mes parents.
Le choix, c’était soit rester, avoir un toit, de la stabilité, une famille, de l’affection, faire des études et accepter leur culture, leurs rites, me plier à des règles très strictes pour une jeune fille, soit partir et être libre mais être seule et me débrouiller.


Un de mes oncles m'avait expliqué que même si je le voulais, je ne pouvais pas rester sans renoncer complètement à ma vie d'avant et sans accepter de vivre comme eux et comme ses filles à lui.
J'ai choisi de ne pas rester, cet oncle a bien voulu rester mon tuteur à distance jusqu'à ma majorité. Je crois qu'il l'a fait en souvenir de mon père qui lui aussi avait rompu avec sa famille pour pouvoir épouser ma mère. Depuis, je ne les ai jamais revus.
J’ai créé d’autres liens avec des amis, des voisins qui m’ont aidée à être stable, c’est un peu eux ma famille et puis j’ai fondé une nouvelle famille, la mienne. Pour résumer, je m'en suis très bien sortie.

Avec un peu de recul, mon choix a été simple à faire parce qu’il n’y avait pas ou très peu d’affect entre nous, ma grand mère n'a pas versé une larme ni à l'enterrement de son propre fils, ni quand je suis partie. Je ne crois pas leur avoir fait de mal en partant et je n'étais pas triste de les quitter, on ne se connaissait pas assez, on ne partageait pas une longue histoire familiale.

De ce que je comprends, c'est différent pour toi parce que tu vas culpabiliser.
Je n'ai pas compris ce que tu disais à propos de tes parents, tu considères que tu n'en as plus ou que tu n'en aurais plus si tu vivais selon d'autres valeurs que les leurs?

Partir ailleurs, t'éloigner doucement, c'est un bon début, je crois. Bonne chance.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [+1] Intéressant le 31.01.17, 07h56 par The_PoP
  • [+2] Wow le 31.01.17, 19h54 par Nonchalance

Pour te donner une autre vision de ce choix là :

Mon meilleur ami est marié à une algérienne. Sa famille à elle est en Algérie, ils se sont rencontrés pendant ses études à elle en France.

Hors de question pour elle de perdre sa famille. Hors de question pour sa famille qu'elle épouse quelqu'un d'autre qu'un algérien musulman. Mon pote lui ? Athée, profondément avec une famille tolérante et saine dans son fonctionnement.

Bref. Finalement ils ont fait le choix de se marier en France et de mentir. Mon pote à prétendu s'être converti. Ils ont prétendu avoir fait un pseudo mariage religieux en france. Elle a prétendu qu'ils ne vivaient pas ensemble avant (5 ans). Sa mère à elle avait fini par être dans la confidence. Son père e d'abord refusé de venir à leur mariage. Puis sa mère et son frère ont voulu venir. Elle a préféré les en dissuader avec la promesse d'en organiser un en Algérie. Elle s'est mariée sans eux en France. Puis ils sont allés là bas, moins d'un an après leur mariage, et se sont mariés religieusement aussi là bas. La famille a fait semblant de les croire, d'être dupe. Ils sont rentrés en France.

Sa famille à elle n'était pas prête à la perdre quoi qu'elle prétende. Elle non plus. Alors ils ont acceptés les faux semblants et les pieux mensonges. Ils ont fermé les yeux du moment que les conventions semblaient respectées pour les autres : la famille plus éloignée, les amis, les voisins, les collègues là bas.

Cela s'est bien passé, mais ils ont conscience que ce sera aussi compliqué pour leurs enfants. Ils devront au moins avoir une religion de façade et ce sera difficile.
Elle a vécu un enfer vis à vis de ça pendant toute la durée de leur relation.

J'étais leur témoin de mariage et j'étais tellement triste pour elle.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [+1] Intéressant le 31.01.17, 09h11 par Sathinelilly
  • [0] C'est pas si simple le 31.01.17, 19h55 par Nonchalance
If you want to touch the sky,
Fuck a duck and try to fly !

@ Iskandar Je trouve ton point de vue intéressant même si je n'adhère pas à tout. Par exemple, c'est très difficile pour une personne attachée à des valeurs familiales, même si cette personne n'est pas forcément proche de sa famille, d'accepter un pareil tiraillement. J'en ai déjà fait les frais.

Pour ce qui est de la double culture, j'avais essayé d'en parler dans un de mes premiers posts mais j'ai eu du mal à me faire comprendre. En fait, les personnes finissent par être dans un camp dans la vie. Que ce soit un choix conscient ou subconscient. Ce camp dans sa globalité est une culture, une façon de voir les choses, de juger et de se conformer à. J'ai moi même un camp mais il est plutôt marginal parce que j'arrive à voir les faiblesses des deux systèmes et par extension de beaucoup de systèmes. Si je me demande aujourd'hui comment je vais gérer cette situation et ce que je vais devenir, c'est que je ne me suis jamais senti nulle part à ma place. Je ne sais pas si vous avez déjà rencontré ce genre de personne qui parle peu, qui est incompréhensible quand elle parle et qui ne s'investit jamais. Pendant presque toute ma vie c'était moi et c'est encore beaucoup moi aujourd'hui. Et j'ai l'impression que cette attitude vient du tiraillement entre mes deux cultures, le fait de toujours devoir faire attention à ne pas révéler trop de moi par peur de me faire percer à jour.

Petites précisions. Je ne travaille pas pour mon oncle. Et il est allé à l'encontre de la tradition, pas de la religion, ça n'a pas du tout les mêmes conséquences. Enfin, je ne fréquente pas que des musulmans, au contraire. En vrai je ne connais pas beaucoup de musulmans en dehors de ma famille. Ce sont souvent des rencontres sporadiques.

@ Satinelilly Oui, je me reconnais un peu dans ton histoire. C'est courageux d'être partie comme ça même si ce n'était pas ta vraie famille. Ça me rappelle mon adolescence quand je pensais chaque jour à partir tout en sachant que je n'irais jamais bien loin sans détruire mon père et ma mère judiciairement ou en devenant sdf. Je n'ai jamais pu m'y résoudre en grande partie parce qu'il y a des gens qui comptent sur l'aide de mes parents pour vivre et que je ne voyais aucun avenir à aller vivre errant dans la rue.

Pour répondre à ta question mes parents sont toujours vivants mais font partis des gens que j'apprécie le moins au monde.

@ The_PoP C'est vrai qu'il y a beaucoup de familles qui finissent comme ça. Je pense juste que moralement je ne pourrai pas tenir et que j'enverrai chier tout le monde. Dans ma famille même il y a des gens qui ont emprunté ce chemin. On dit souvent que la famille est sacrée et je suis d'accord et c'est parce que la famille est sacrée qu'il ne faut pas accepter n'importe quoi sous prétexte que c'est la famille. Si je considère aujourd'hui le choix de mentir pour le restant de ma vie, c'est parce que je sais que ce qui me divise véritablement avec les gens de ma famille que j'aime, c'est la religion. Sans elle, je percevrai sans doute les bénéfices de la multiculturalité.

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Je pense que j'ai un début de réponse. Je vais profiter le temps que je peux de ce statut quo puis je m'éloignerai petit à petit jusqu'à disparaître. J'avais pour projet d'aller m'installer dans mon pays d'origine avec mon frère et ce projet se concrétise de plus en plus. C'est pour bientôt et c'est sans doute pour ça que je ressens la pression plus que jamais. Je vais y aller. Je vais l'aider dans ce projet parce que j'y crois et que j'ai les mêmes envies que lui mais pas la même détermination. Et j'espère que je saurai m'entourer et m'épanouir avec des gens qui me ressemblent. Bizarrement, on a beaucoup de différence avec mon frère mais c'est quelqu'un que j'apprécie (ce ne sera peut être pas toujours le cas malheureusement) parce qu'il a des qualités qui nous appartiennent à tous les deux et que j'ai du mal à trouver chez les autres: un cynisme bizarrement optimiste et une capacité quasi-surnaturelle à se foutre de la gueule des gens avec tout le sérieux du monde.

Ton post est intéressant Nonchalance.

Tu évoques l'idée de la famille sacrée. J'ai simplement envie de dire que la famille est bien ce que l'on ne choisit pas. Et s'il faut s'en séparer parce qu'elle ne nous correspond pas ou plus, il faut le faire. Par contre en sachant absolument la direction que l'on souhaite prendre et s'y tenir. Et on peut garder un sentiment affectueux pour des personnes dont le chemin se sépare du nôtre.

La double culture m'est inconnue. Par contre dans mes jeunes années, mes parents se sont élevés contre mon goût pour un garçon brillant, diplômé mais pas de mon milieu social. Je vois encore mon père me lancer "c'est nous ou lui". Je l'ai choisi lui donc bannie de tout événement familial. Non pas un an mais définitivement. J'ai été vraiment heureuse avec cet homme soit-disant pas bien-né. J'avais depuis bien longtemps pardonné à mes parents leur étroitesse d'esprit, parce qu'ils n'étaient pas MA vie.
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  • [+3] A lire le 01.02.17, 22h04 par Onmyoji

Salut !

J'ai juste survolé les réponses, j'ai pas eu le temps de bien les lires mais y'a un truc que j'ai pas vu et qui peut être ok : partir.

A voir après rester proche d'eux, partir à l'autre bout du pays, changer de pays, changer de continent. Mais au moins rester dans un environnement que tu kiff. Si tu fuis des gens mais que t'atteris dans un coin que tu peux pas blairer, c'est peut-être pas trop avantageux.

Tu n'auras pas à leur parler de vos différents, de toutes façons, peu importe comment tu t'y prends, ils y a des chances qu'ils ne comprennent pas. Personne ne sauras trop rien de ta nouvelle vie où tu seras pas bridé, où tu seras ultra libre, délivré. Tu les verras quand tu voudras au cas-où tu souhaites les voir.

Ils ont l'air cool. Sort-leur que c'est pour le taff ou pour une meuf ou pour simplement déménager. Eux, ils seront pas rejetés, ils resteront dans leur kiff. Ça sera win-win à défaut de faire mieux dans cette situation où personne n'a une chance d'être 100% satisfait. Faut faire un choix et voir quel sacrifice faire pour y voir une opportunité qui va naître.

En gros :

1- Rêve
2- Fait les actions qui te permettent d'accéder à ton rêve

Matte les compromis à faire et ce que t'es prêt à ne pas garder pour accéder à tes rêves.

Bon courage !
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  • [+1] Constructif le 07.02.17, 07h04 par Onmyoji

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