Sport / Aventure / Dépassement de soi

La fois où j’ai nagé dans un torrent en crue avec le champion du monde d’hydrospeed (ou : comment avaler des litres de flotte et se nettoyer les sinus pour l’année)

Il s'appelle Bob Lataste. Il a 22 ans, il est français, son métier c'est désamorcer des bombes, et surtout, il est champion du monde d'hydrospeed - et cet article raconte comment lui et moi nous sommes retrouvés à nager dans un torrent en crue. Cœurs fragiles s'abstenir.

22h. Je mate un épisode de Walking Dead. Le téléphone sonne.

=> Alex, mon pote réalisateur (ça, c’est le jour : la nuit, il enfile son costume de barman à la Plage, plus grande boîte de nuit urbaine d’Europe).

– « Tu fais quoi demain ? »
– « Ben heu… je bosse. »
– « Tu veux pas prendre ta journée et venir à Pau, plutôt ? Je t’ai arrangé une session hydrospeed avec le champion du monde en titre, ça te dit ? Je l’ai rencontré à la Plage l’autre jour, je lui ai parlé de FTS, il est fan, il veut te faire essayer son , c’est un truc de malade, j’ai essayé, tu vas adorer »

=> Ok go.

L’hydrospeed (ou « riverboarding »), c’est ce sport de nage en eau vive qui consiste à se jeter tête la première (avec un casque !) dans les rapides, fermement accroché à une luge en mousse – qui sert aussi bien à flotter, qu’à se protéger des chocs et à orienter sa descente.

Rassurez-vous, on en trouve pour tous les niveaux – de la très familiale balade en rivière, à l’hydrospeed de compétition, qui se pratique dans les torrents du monde entier.

Un aperçu de ce que ça donne quand ça bouge un peu et que c’est pratiqué par les meilleurs du monde ?

(la partie où ils sautent du pont avec la gopro : #want !)

Yep, ça envoie.

Crédit : les copains de chez Creacut, qui ont signé cette vidéo, fruit d’un long projet, de nombreuses négos avec les sponsors, et après 3 jours (épiques) de tournage. Le récit du tournage (assez intéressant) sur leur site.

*  *  *  *

Encore assez confidentielle en France, la nage en eau vive compte cependant de plus en plus d’adeptes, et un circuit qui se professionnalise – le premier championnat du monde s’est déroulé en 2013 en Indonésie…

… championnat qui a vu le couronnement de Bob, qui devient donc le tout premier champion du monde d’hydrospeed, à seulement 21 ans (c’est lui qu’on peut admirer à l’œuvre dans la vidéo ci-dessus).

*  *  * *

Le stade d’eau vive de Pau, où Bob nous a donné rendez-vous, est un stade assez unique en son genre : ses concepteurs ont carrément détourné la rivière locale (le Gave de Pau), pour créer un torrent artificiel.

Résultat ? 300m de rapides, dont on peut modifier le débit en quelques clics grâce aux vannes contrôlées par l’informatique. Il y a même un tapis roulant en fin de parcours pour vous ramener au début, en mode tire-fesse (le broyage de testicules en moins).

Ils ont tout prévu.

Bref, le terrain de jeu idéal pour les amateurs de sensations fortes et qui n’ont pas peur de se mouiller, mais surtout, pour les athlètes et professionnels des sports en eau vive, qui bénéficient là de conditions idéales pour s’entrainer.

Kayakistes, amateurs de rafting, ils viennent de toute la France – et des pays environnants – pour se préparer en attendant les prochaines compétitions. J’apprends que la base est le fief de Tony Estanguet – triple champion du monde, triple champion olympique (juste ça) et de tous les talents de l’eau vive française.

C’est aussi le lieu d’entraînement privilégié de Bob qui, lorsqu’il ne travaille pas à Cherbourg (il est quartier-maître démineur pour la Marine – les gars qui font exploser les obus qu’on retrouve un peu partout !), fonce dans son Sud-Ouest natal pour s’entraîner et retrouver les joies de l’hydrospeed, qu’il a découvert alors qu’il n’avait que 7 ans (!).

*  *  * *

Il est près de 11h quand on arrive au stade; de nombreux kayakistes sont à l’eau, en train de perfectionner leur technique.

Bob nous accueille, les traits tirés (« prise de contact rapproché avec la population féminine locale, dédicace à FTS, j’ai pas beaucoup dormi« , avoue-t-il avec un sourire et un clin d’oeil). Je compatis.

Quelques vannes, puis direction les vestiaires pour s’équiper.

Casque, combinaison intégrale renforcée (… et moulante !) , gilet de sauvetage, chaussons en néoprène,… je ressemble à Scarlett Johansson dans The Avengers (en moins souple, et avec de la barbe & des palmes).

Sexy.

Il fait beau. Ça pique un peu quand, armé de mon flotteur, je me jette à l’eau. 17°, c’est pas beaucoup. Finalement, bonne idée la combi.

Bob ne tarde pas à me rejoindre, et m’explique rapidement les quelques trucs à savoir :

  • Comment changer facilement de direction (on sort et on écarte la jambe opposée pour se réorienter mécaniquement)
  • Comment aborder une vague (en appuyant pour aller au contact, au lieu de lever, ce qui favoriserait le retournement)
  • La bonne façon de se remettre dans le courant (toujours reprendre FACE vers l’amont puis se laisser tourner vers l’aval, afin de bien repartir dans le flux et ne pas être repoussé vers les rives)
  • Et surtout, bien tendre les jambes et les fesses le plus haut possible pour éviter de taper les genoux.

Le reste, au talent (… et comme on peut)

Hydrospeed, impressions et verdict

C’est génial.

Ça va vite, ça va fort, on est secoué dans tous les sens, on surfe, on prend des descentes et des accélérations de fou… on avale des paquets de flotte, aussi.

Avec un peu de technique, on arrive à se caler sur une vague et à faire du sur place, de quoi rendre dingue n’importe quel body boarder..

Le fracas des flots qui rugissent; les petits coups de pression quand on se voit foncer sur d’impressionnantes masses d’eau, qui ne demandent qu’à vous avaler.

Première descente, je me loupe sur une reprise, j’aborde une vague sur le côté, elle me retourne, je lâche mon flotteur et ne le tiens plus que d’une main. Il me faudra 10 bonnes secondes de machine à laver pour me remettre en position. J’ai jamais été aussi propre :)

Bob m’avoue qu’avec un débit de 11m3 / seconde, j’ai testé l’hydrospeed dans des conditions déjà plus trop pour les débutants (les pros s’entraînent à 14m3). A plus de 10m3 par seconde, on est dans un bon gros torrent en crue.

=> J’avais pas été aussi secoué depuis mon saut en parachute. A l’arrivée de votre première descente, vous aurez probablement du mal à faire des phrases qui veulent dire quelque chose.

Dans les films d’action, quand James Bond saute dans un torrent pour échapper aux méchants, qu’il se fait emporter par le courant, qu’il tombe d’une chute d’eau et qu’il sort de la rivière 10km plus loin, tout mouillé mais pas décoiffé (et qu’il emballe la fille qui croise son chemin, avant de rentrer au bureau l’air de rien) : j’ai l’impression que c’est un peu des conneries.

Moi, après deux descentes, j’ai les jambes en feu, les sinus tout propres et plus soif du tout (j’ai avalé la moitié de la rivière ? Penser à fermer la bouche la prochaine fois).

Il me faudra près de 5 minutes pour réussir à enlever mes palmes; et quand je me lève, j’ai la démarche du mec bourré en sortie de boîte. J’ai encore mes chaussons en néoprène aux pieds, pleins de flotte. Quand je marche, ça fait floc floc.

Pas du tout en mode James Bond.

Juste après nous, le débit s’atténue, un groupe de jeunes attaque la descente en mode rafting.

Moi, je suis cramé.

Debrief

Bob nous explique qu’avec l’aide de son sponsor l’agence média / magazine FaceLevel, dirigé par Josh Galt, un artiste, athlète, propriétaire d’une équipe de basket, et surtout, mordu de sports extrêmes et amoureux d’hydrospeed, il s’efforce d’accroître la visibilité de la nage en eau vive.

Accessoirement, Bob se prépare à défendre son titre de champion du monde en 2015, qui se déroulera cette fois au Guatemala.

Peu à peu, le public et les médias commencent à découvrir l’hydrospeed.

FaceLevel et Bob espèrent bien parvenir à en faire en sorte que la nage en eau vive soit reconnue sport de haut niveau.

Suite aux actions de Bob, Creacut & Josh, des chaînes s’intéresseraient à la discipline et auraient fait part de leur intérêt pour toute une série de vidéos, conscientes qu’il s’agit là d’un sport qui monte.

En attendant, Bob nous quitte : il est 13h30, et 300km plus loin, une séance de kite l’attend sur le Bassin d’Arcachon.

Perso, je vais me coucher.

Infos pratiques

  • Si vous habitez (ou passez) dans le Sud-Ouest, le stade d’eau vive de Pau vous accueille, que ce soit pour du rafting, du kayak ou de l’hydrospeed. Sinon, les torrents des Pyrénées voisines vous tendent les bras.
  • Dans tous les cas, rapprochez vous de la FFESSM (Fédération Française d’Etudes et de Sports Sous-Marins), dont dépend la nage en eau vive, pour des infos et des initiations, n’allez surtout pas essayer tout seul, ce n’est pas un sport à prendre à la légère.
  • La vidéo présentée dans cet article suit Bob Lataste, a été tournée par le studio de production Creacut et financée par FaceLevel et la boîte de nuit La Plage.
  • Crédit photo : SudOuest.fr
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Commentaires / Discussion

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  • mystman22

    Ça a l’air bien fun en tout cas, t’as du t’éclater. Je suis a La Reunion, je crois pas que ça se fasse (jamais entendu parler en tout cas) mais je vais checker ça!

  • Cool ! A la Réunion, s’il y a des torrents, ça doit exister oui :) C’est juste que c’est pas un sport encore trop connu, mais il a des fans un peu partout dans le monde – tout ce qu’il faut, c’est des rivières (qui bougent un peu de préférence)

  • mystman22

    Effectivement j’ai vérifié ça se fait, par contre c’est un poil cher (50 euros) et faut que les conditions soient réunies. Les rivières ne sont intéressantes pour les sports nautiques que pendant la saison des pluies, en gros à partir de décembre. Vu que je pars dans deux-trois semaines ça va pas le faire, dommage. En tout cas merci pour la découverte, intéressant.

  • La fois où j’ai nagé dans un torrent en crue avec le champion du monde d’hydrospeed (ou : comment avaler des litres de flotte et se nettoyer les sinus pour l’année)