Conseils Relations & Vie de Couple

Violence conjugale : témoignage d’un homme violent

Les excès de violence, les dérapages incontrôlés : non, ça n'arrive pas qu'aux autres. Et ça fait peur.

Aurélien est un mec en apparence normal, 28 ans, des études d’ingénieur, un boulot sympa… oui mais voilà : pris par des accès de violence qu’il n’a pas su maîtriser, il en est venu à battre sa copine.

Dans ce témoignage, fort et sincère sur la violence conjugale et ses racines, il explique comment les choses sont arrivées, et comment il s’est retrouvé à ne plus se maîtriser.

Salut, je m’appelle Aurélien, j’ai 28 ans et je suis un mec violent.

Pas dans le sens où je finis mes soirées à me battre avec des inconnus. Non, dans le sens où, à plusieurs reprises, j’ai bousculé et frappé ma copine.

Je suis pourtant un mec tout ce qu’il y a de plus normal – enfin, je crois. J’écris ce témoignage sur Frenchtouchseduction.com non pas pour que l’on me trouve des circonstances atténuantes, ou pour m’attirer la pitié et la compréhension des lecteurs : je ne les mérite pas. Ce que j’ai fait est abject, inacceptable et impardonnable, et rien de ce que je pourrai faire dans ma vie ne pourra effacer le dégoût que j’éprouve pour moi et ce que j’ai fait dans ces moments-là.

Non, j’écris cet article car je crois que n’importe qui peut se retrouver un jour à ma place. J’ai toujours cru être incapable de violence, c’était inconcevable, et pourtant, je me suis retrouvé de l’autre côté de la barrière, dans la peau du conjoint violent. J’écris donc ceci en espérant qu’il vous fasse réfléchir, que vous soyez un homme ou une femme, voire, qu’il provoque une prise de conscience chez ceux et celles qui pourraient être directement concernés par la violence domestique et conjugale.

Je n’avais pourtant jamais été un mec violent. Durant toute mon enfance et ma jeunesse, j’étais plutôt du genre calme, posé, un peu effacé, pas le plus turbulent ni le plus audacieux. Évidemment, j’avais mon petit caractère : mais lorsqu’on me cherchait, je finissais davantage par me vexer et aller bouder dans mon coin, plutôt que me rebeller et m’énerver. Je ne me suis d’ailleurs jamais battu.

J’ai grandi dans une famille équilibrée, entouré d’amour et qui m’a transmis des valeurs morales fortes. Un père certes un peu colérique, avec une certaine tendance à s’emporter et à proférer jurons et menaces (lorsqu’il bricolait seul notamment !), mais jamais je ne l’ai vu faire preuve de violence envers qui que ce soit. J’ai fait des études longues et plutôt prestigieuses ou en tout cas, considérées comme telles (une grande école d’ingé), et cela m’a permis d’accéder à un boulot intéressant, gratifiant et plutôt bien payé. J’ai rencontré ma copine au cours d’une soirée, nous avions des amis communs ; le courant est tout de suite bien passé entre nous. Nous avions le même sens de l’humour, les mêmes goûts, des valeurs communes, et une même vision de l’existence. Nous sommes restés 3 ans ensemble, et tout se passait très bien.

Puis, petit à petit, sans que je ne m’en rende vraiment compte, mon tempérament a changé. La pression au boulot, une quantité toujours plus grande de travail à gérer, le sentiment de ne jamais pouvoir me poser, de ne jamais avoir de temps… de manière latente, une certaine frustration a grandi en moi. Le sentiment que ma vie m’échappait, que je n’avais que peu de contrôle sur mon quotidien. Petit à petit, je me suis installé dans le rôle du mec toujours en colère après quelque chose, colérique, ne supportant pas les imprévus, les contrariétés. Que les choses ne se passent pas comme prévu, comme je l’avais envisagé, et ça me mettait dans un état de nerfs complètement ridicule. La plupart du temps, je prenais sur moi, rongeais mon frein et pestais en silence ; mais en de rares occasions, j’explosais de colère, j’envoyais tout balader, avant de me sentir con lorsque 20 minutes plus tard la colère était passée.

Ma copine m’agaçait. Nous vivions ensemble, elle était là au quotidien, et ses petites manies, ses mauvaises habitudes m’agaçaient. Ou plutôt, le fait de devoir lui faire remarquer sans arrêt. Des conneries ! Les couverts mal mis dans le lave-vaisselle, qui du coup les lave mal, ce qui oblige à les relaver : perte de temps, perte d’énergie ! La carafe d’eau rangée au mauvais endroit : trop de soleil, l’eau tourne plus vite. De vraies conneries. Sans doute mon tempérament d’ingénieur, me poussant à tout maîtriser, à tout optimiser, à chasser les inefficiences. Des conneries.

Et surtout, la manie de ma copine de toujours discuter et de me pousser à toujours devoir justifier ce que je disais, les décisions que je prenais. Cela m’épuisait. Et je pense que j’y voyais une forme de contestation de mon (autorité ?) bon sens. Ces contestations, je les ressentais comme autant de piques et de harcèlement. Cela m’épuisait, véritablement. Alors de plus en plus, cela m’énervait.

Jusqu’au jour où je suis sorti de mes gonds. J’étais crevé ce jour-là, énervé après une journée de boulot vexante et difficile, et pour une broutille, je me suis emporté. Elle m’a tenu tête, et alors que j’avais besoin de silence et de calme pour … me calmer, elle continuait de me tenir tête et de revenir à la charge. Poussé à bout, je l’ai empoigné par les épaules, l’ai secoué en lui hurlant de se taire. Elle s’est mise à crier, effrayée, et je l’ai giflée pour qu’elle se taise, car ses cris étaient insupportables. J’ai immédiatement regretté mon geste. Quelque chose s’est brisé en elle, je l’ai vu dans ses yeux, dans sa façon de me regarder. Elle m’aimait, je le sais, et à présent, je ne voyais plus dans ses yeux que de l’effroi. Le même effroi que j’éprouvais en moi. J’avais basculé dans quelque chose de très moche et d’inacceptable.

Je m’en suis voulu immédiatement. J’ai tout fait pour me rattraper, car je m’en voulais réellement, et l’aimant réellement, je voulais réparer les choses. Elle m’a pardonné. Ou plutôt, disons qu’elle a accepté de passer l’éponge sur cet écart. Je ne pense pas qu’elle m’ait réellement pardonné : quelque chose s’était cassé. Mais on continuait malgré tout.

L’incident s’est répété à nouveau, plusieurs fois, non pas régulièrement, pas de temps en temps, de manière totalement imprévisible, mais de manière explosive, et avec une violence toujours croissante. La dernière fois, emporté par ma fureur, dans un état quasi second, je me suis retrouvé avec ma main autour de sa gorge en train de lui hurler de se taire. Je me voyais en train de la larder de coups de couteaux, non pas pour la blesser, mais de la même manière qu’on taperait dans un sac de sable pour extérioriser un trop plein d’énergie ou de colère. Ce n’est qu’une fraction de seconde plus tard que je me suis rendu compte avoir, à nouveau, franchi une limite infranchissable.

Je l’ai quittée le soir-même. J’ai quitté l’appartement et pris une chambre d’hôtel, en lui disant de prendre ses affaires et de partir. Non pas que je la chassais : je l’aimais réellement, elle était la femme de ma vie, avec laquelle j’avais tenté de construire ma vie d’homme. Non, je me chassais moi, et il me paraissait urgent de la libérer et de la laisser s’enfuir le plus loin possible du monstre que j’étais devenu, ou que j’étais en train de devenir.

Le lendemain, j’ai fait appel à un psychologue, qui m’a pris en charge, et qui au bout de plusieurs séances, m’a permis de comprendre des choses sur moi-même, et les mécanismes de cette violence que je ne soupçonnais pas en moi, et qui pourtant en venait à me posséder parfois. Ma part d’ombre, le monstre caché en moi, comme je l’appelais. Mon « Dark Passenger », dirait Dexter.

On évoque souvent la jalousie comme cause de la violence conjugale. Pas dans mon cas, loin de là. Pour faire simple, et parce que les choses sont infiniment plus complexes et qu’il ne s’agit pas de faire de raccourcis faciles, je pense que ma colère était la réponse à la frustration que j’éprouvais envers ma vie et tout ce que je ne parvenais pas à maîtriser et accomplir. Et qu’elle était le réceptacle, le destinataire de cette colère qui cherchait à s’évacuer, comme lorsqu’on ouvre une soupape de sécurité pour laisser échapper un trop plein de vapeur qui menace de faire sauter le circuit. Est-ce utile de le préciser ? Elle n’a rien fait pour mériter ça, elle n’a rien fait de mal. Tout vient de moi.

De nombreux hommes et femmes sont soumis au stress, à la frustration et à la vexation, mais ne sont pas violents pour autant ; et j’aurais pu comme eux trouver d’autres exutoires que la violence, seulement voilà, mon désarroi interne s’est traduit par de la violence dirigée envers celle que j’aimais. Mon tempérament autoritaire et inflexible m’ont empêché de profiter de garde-fous qu’auraient pu être une plus grande écoute et une plus grande tolérance aux imprévus, qui auraient empêchés ça.

Et donc voilà. Ce qui me paraissait inconcevable me concernait tout à coup. Je parle au passé, mais ne pense pas être guéri. Je sais désormais qu’un monstre sommeille en moi, et qu’il me faudra être vigilant toute ma vie. Comme l’alcoolique qui peut rechuter à tout instant.

Je ne me pardonnerai jamais ces gestes que j’ai eu envers ma copine, je ne me pardonnerai jamais la peur que j’ai vu dans ses yeux, je ne me pardonnerai jamais de n’avoir pas su me montrer maître de moi à ces moments-là. Ce fardeau, cette culpabilité est lourde à porter, mais je l’accepte.

J’ai à nouveau une copine, depuis 1 an. Il m’a fallu du temps avant de m’autoriser à faire de nouvelles rencontres. Ma nouvelle copine est au courant de ce que j’ai fait, et a compris que je travaillais sur moi et luttais intensément pour empêcher cette violence de resurgir, en essayant de la canaliser autrement, notamment. Mais je reste sur mes gardes. Et elle et moi sommes d’accord sur le fait qu’au moindre écart de ma part, elle devra s’en aller sans se retourner. C’est une sécurité pour chacun de nous deux.

Les conseils que je peux donner – si tant est que je puisse en donner – à ceux et celles qui me lisent, et qui peuvent se sentir concernés d’une manière ou d’une autre, c’est de trouver un moyen d’extérioriser leur désarroi interne avant que cela ne se fasse tout seul, sous forme de fureur et de violence. Footing, sport de combat ou d’endurance, activités créatives, groupes de parole, pratique d’activité zen, yoga, sophrologie, à vous de trouver ce qui vous calme et vous apaise, il n’y a pas de recette magique. Mais ne laissez pas votre stress vous ronger l’âme et faire de vous un monstre. Si vous laissez faire, que ce soit sous forme de violence ou d’autres maux de l’âme et de l’esprit, le stress finira par vous abîmer et vous entraîner dans des endroits où vous ne voulez pas aller.

Un mot pour les femmes, dont le partenaire se montre violent : s’il se montre violent avec vous, que votre intégrité physique ou psychologique est menacée, ça peut ne pas être sa faute, et vous pouvez chérir l’image et les souvenirs que vous avez de lui et de votre couple, mais vous devez malgré tout vous mettre à l’abri en vous éloignant de lui, jusqu’à ce qu’il parvienne à maîtriser cette violence qui bouillonne en lui. Encore plus s’il ne cherche pas à la maîtriser. Trop de femmes sont tuées ou blessées chaque année par leur conjoint, car ni l’un ni l’autre ne prennent les décisions qui s’imposent. Le conseil est d’ailleurs valable pour les hommes victimes de violence féminine : plus rare, souvent plus insidieuse, qu’elle soit physique ou psychologique, ne restez pas avec quelqu’un qui vous maltraite. À eux de se faire aider, et vous ne pouvez pas le faire vous-même.

Voilà, fin de mon témoignage. Je ne m’attends pas à ce qu’on m’applaudisse. Je remercie FrenchtouchSeduction et son admin FK d’avoir accepté de publier ce témoignage. Je sais que certains et certaines n’éprouveront que de l’animosité envers moi, et je ne peux pas les en blâmer. J’espère que ce témoignage fera réfléchir les autres, et les interpellera sur le fait que même si l’on croit tous être hors de danger, on peut tous être concernés à un moment ou un autre de nos vie, et que ces situations de crise n’arrivent jamais d’un coup sans signes précurseurs.

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Merci à Aurélien pour ce témoignage. Il ne s’agit évidemment pas de relativiser la gravité de ses actes, ni de lui trouver des excuses; mais il est particulièrement intéressant de donner la parole à l’homme violent qui essaie d’analyser et d’expliquer comment est arrivée cette violence – chose rarement faite me semble-t-il, étant donné qu’un certain tabou social veut qu’on considère qu’un homme violent « est un connard et c’est tout ». Sans doute, et encore une fois, il ne s’agit pas de minimiser la gravité de leurs actes, ni de leur trouver des excuses, mais ceux d’entre eux qui sont capable de recul sur leurs actes ont certainement des choses intéressantes à dire, et susceptibles d’éclairer la situation… et ainsi d’aider d’autres personnes qui pourraient être concernées.

La discussion sur ce témoignage, son bien fondé ou non, et la violence conjugale se poursuit sur le forum, n’hésitez pas à y jeter un oeil, et à la rejoindre si vous avez des choses à dire.

Et à nouveau, si vous aussi souhaitez publier un témoignage sur FTS, quel qu’en soit le sujet, contactez-moi ici.

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