Conseils Relations & Vie de Couple

Trop bon, trop con ?

Entre le mec trop gentil et le salaud égoïste, comment trouver le juste milieu ?

Deux mythes ont la vie dure : celui du gentil garçon qui se laisse marcher dessus par les filles et celui du voyou qui leur en fait voir de toutes les couleurs. Tout le monde semble d’accord sur le fait que le premier n’obtient au mieux que leur pitié alors que les seconds collectionnent les conquêtes.

Non seulement ces clichés ne résistent pas à l’épreuve des faits mais il est de surcroît évident que ni l’un ni l’autre de ces extrêmes ne permettent d’avoir des relations saines et durables. Dans cet article, je vous propose d’explorer quelques pistes pour contribuer au bien-être de vos partenaires sans renoncer au vôtre… et vice versa.

La question est un classique sur le forum : « À quoi ça sert d’être gentil et respectueux ? De toutes façons les filles préfèrent les gros cons. »

Il y a fort à parier qu’il ait été comme d’autres avant lui échaudé par des expériences au cours desquelles sa générosité ne fut pas payée en retour. Les filles ne mordent pas à l’hameçon quand on les invite au resto et qu’on leur envoie des fleurs et poèmes ? Qu’à cela ne tienne : bannissons la gentillesse de notre vocabulaire. Ce retour de balancier très schématique produit souvent des hommes arrogants, revanchards, sans substance et finalement très peu sûrs d’eux.

La réalité demande évidemment un peu plus de subtilité que cela.

L’empathie, apprendre (ou réapprendre) à comprendre les autres

En grec, Empatheia signifie « ressentir de l’intérieur ». Selon Carl Rogers, il s’agit de l’aptitude à saisir et comprendre les émotions de l’autre comme si l’on était cette autre personne. Historiquement, cette faculté a souvent été considérée comme un attribut féminin. Cependant, la féminisation de la société depuis plusieurs décennies l’a mise sur le devant de la scène au point qu’elle inspire dorénavant certaines techniques de management.

Comment ?

« Dans notre culture, la plupart des adultes ont été formés à être très attentifs aux idées et pas du tout attentifs aux sentiments. Seuls les enfants ou les poètes manifestent une compréhension plus profonde, ou les auteurs dramatiques qui reconnaissent dans des ouvrages que les attitudes émotionnelles sont contemporaines de tous nos dires. Reconnaître ces attitudes concomitantes et aider à les faire exprimer est très efficace pour le développement de l’entretien. » – Carl ROGERS.- LA RELATION D’AIDE ET LA PSYCHOTHERAPIE (1942). Tome 1, p. 139

Il s’agit donc lors d’un échange empathique d’aller au-delà des idées grâce à une écoute complète en prêtant attention non seulement aux mots mais également aux inflexions de la voix et aux gestes qui trahissent les émotions de notre interlocutrice.

Veillons également à nous abstenir de jugements de valeur, sarcasmes, généralisations abusives et conseils intrusifs qui sont autant d’attitudes susceptibles de susciter la défiance ou la dépendance affective plutôt que l’empathie.

Ce que n’est pas l’empathie :

  • Une projection narcissique dans le rapport à l’autre : « Je te comprends parce que je me vois en toi »
  • Un levier de manipulation : «Je prétends te comprendre pour obtenir ce que je souhaite de toi »
  • Une manifestation excessive d’affectivité empreinte de pitié : « Je te plains, c’est terrible ce qui t’arrive. Je vais te sauver de cette situation. » Cet excès d’affectivité est souvent perçu comme étouffant et/ou motivé par un intérêt personnel. Il apparaît chez le gentil garçon lorsque celui-ci a besoin de cette fille (pour palier ses propres déficiences d’estime de soi, pour se valider aux yeux des autres, pour sortir de sa détresse amoureuse et de la solitude etc.)

Retenons qu’on ne peut être vraiment empathique dans une relation de dépendance. Il s’instaurerait alors une relation du type triangle dramatique de S. Karpman.

Le triangle dramatique de Karpman : savoir faire la part des choses sans tomber dans un rôle toxique

Dans une relation un peu toxique ou malsaine, le sauveur n’en est pas vraiment un ; il recherche davantage son intérêt propre qu’à aider la victime.  La victime se présente comme plus vulnérable qu’elle ne l’est en réalité.  Le persécuteur quant à lui n’a pas de motif valable et légitime. Chacun joue donc un rôle et tout le monde y perd.

Exemple : Rebecca (V) sort avec Chuck (P). Elle souffre de sa relation avec lui. Il la trompe, elle en est sûre. De toute façon, il ne pense qu’à lui-même et à sa moto. Elle l’a quitté hier et elle craint d’avoir pris une mauvaise décision. Elle s’en ouvre à Bob (S) qui la réconforte et l’assure qu’elle mérite mieux que ce gars en espérant bien sûr être le prochain.

À l’inverse, dans un schéma relationnel sain et équilibré, un homme confiant et empathique saura écouter la vive émotion suscitée par sa récente rupture et saura se montrer compréhensif sans se laisser envahir. Il se contente de prendre en compte la réalité de l’autre. Il trouvera le moment opportun pour changer de sujet si la conversation risque de devenir toxique. Il s’agit donc pour être empathique de saisir les émotions de l’autre tout en gardant une certaine distance. Car sans cette distance, il ne peut y avoir d’individuation.

Savoir poser ses limites

Une limite est franchie chaque fois que votre équilibre personnel est remis en cause.

Exemple : Votre partenaire exige que vous passiez toutes vos soirées ensemble. Quand vous voyez vos amis, c’est toujours en sa compagnie. Ceux-ci vous en ont fait la réflexion et rechignent désormais à vous inviter à jouer au poker ; on les comprend. Votre besoin de socialisation est sous pression. Vous êtes de plus en plus irritable au boulot. Un coup de blues assombrit vos jeudis soirs quand vous regardez Desperate Housewives au lieu de siroter un whisky en jouant aux cartes avec vos potes. Pourtant, vous n’en dites rien à votre copine jusqu’à cette engueulade où vous lui balancez tout à travers la tronche. Elle part vivre chez sa mère le temps de trouver un nouvel appart et vous n’avez plus trop le cœur de jouer au poker. Votre whisky, vous le videz tout seul en écoutant en boucle des chansons tristes. Vous arrivez tous les jours en retard au boulot et finissez par vous faire virer. Epic Fail.

Moralité : posez vos limites avant que le non-respect d’un de vos besoins chamboule tout le système et déstabiliser la relation.

Identifier et savoir exprimer ses envies et préférences

« De quoi ai-je besoin ? Qu’est ce qui est important pour moi ? » Voici les questions auxquelles vous vous devez de répondre le plus honnêtement du monde et en tâchant de ne pas vous juger.

Reprenons l’exemple précédent : « J’ai envie de jouer au poker avec Alex et Quentin jeudi prochain. » Parfait. Vous venez d’exprimer votre besoin de socialisation, votre envie d’être entre potes pour les charrier et parler de cul en les plumant de quelques Euros au passage.

Au passage, notons que vous ne lui avez pas sorti la carte de la manipulation passive-agressive : « Tiens, on est jeudi. Quentin et Baptiste doivent être en train de jouer au poker. On a prévu quelque chose ce soir ? » Il s’agirait d’un moyen assez sûr de terminer 20 minutes plus tard sur une engueulade du type : « Tu ne me laisses jamais jouer au poker avec mes amis. »

Notez également qu’en lui faisant part de vos envies et préférences sans l’accuser de tous les maux de la terre ni émettre de jugements vous lui accordez la possibilité de faire de même : « Jeudi, il y a un nouvel épisode de Desperate Housewives. Je voudrais le regarder avec toi, c’est le dernier épisode. »

Il ne vous reste plus qu’à rentrer du bureau un peu plus tôt avec des sushis pour mater l’épisode avec elle et prévenir vos potes que vous aurez peut-être une petite demi-heure de retard. Tout le monde est content. Quand chacun exprime ses besoins dans le respect de ceux de l’autre, on aboutit généralement à des situations gagnantes pour tout le monde (à moins que vous n’aimiez pas les sushis).

Il faut donc apprendre à savoir dire non, pour redécouvrir le plaisir de faire plaisir.

Alors faut-il être gentil avec les filles ?

Oui et triple oui à condition d’être vrai et de se respecter autant qu’on la respecte, en identifiant les limites, en communiquant clairement ses envies et en sachant dire non en cas d’abus.

C’est la synthèse la plus aboutie et la plus harmonieuse du gentil garçon et du bad boy, et une telle attitude devrait vous aider à développer des relations plus saines et stables.

 

 

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