Montagnes russes sisyphiennes
Posté : 11.01.15

photo : Mathieu Bernard-Reymond
Chapitre I Acte I
https://www.youtube.com/watch?v=JtgsiGHetvQ
Home - Une idée traverse mon esprit endormi. Après tous ces évènements épuisants et ce frissonnement si rare qui ne veut plus partir, il serait peut-être judicieux de retourner là-bas. Coup de fil à Célèbre. Affaire bouclée, RDV là-bas dans 2h. Juste le temps de faire courir la lame le long de mon corps, prétexte à redécouvrir ces formes qui se métamorphosent un peu plus chaque semaine, que mon œil n’avait plus effleurées depuis longtemps. Tout est prêt. Go.
*
Vestiaires - J’ai la désagréable impression que la mémoire de Célèbre est charpie. La pulpe de ses doigts roule sur le fil rouge de mon dos. Je retiens en dedans un coup d’épaule instinctif.
*
Club - Je n’ai jamais vu autant de corps mêlés. Une hécatombe mouvante. Célèbre veut s’y joindre. Je subsiste au loin. Le fond de courage qui l’habite ne lui permet pas de se mouvoir sans moi. Exaspérant.
*
Tous ces corps grotesques forment un cortège morbide dans les couloirs rouges. Me voilà prise en chasse par un déchet mobile qui enserre mon bras pour m’attirer dans l’antre de la dépravation. Cette fois le coup d’épaule s’échappe.
*
Crâné rasé, silhouette athlétique. Un Elu, enfin. Sa paume prend en coupe ma croupe. Le pétillement de ses yeux m’assure qu’il a les capacités d’exorbiter mes globes. Un regard noir se dessine dans l’embrasure. Fatiguée de ramper, j’accepte la passivité avec regret, ainsi engouffrés dans la pièce. Je n’ai pas de prénoms. J’opère sur ce corps qui m’attend d’ici vingt ans, ces seins anormalement gonflés, Plasticité, égérie de la modernité. Les grattements de Célèbre à la porte sont la prophétie du chaos à venir. Nos corps huilés forment un ballet mensonger, c’est le prix d’être prise en éprise. Avaleuse de sabre ; les voilà cois. Je cherche ses pupilles brillantes. Je le vouvoie. Il s’esclaffe et tire mon bassin à lui. Son corps lisse m’enivre déjà. Il se fond en moi sans douleur. Les frissons s’éteignent pour laisser place aux spasmes. Dos cambré, cuisses verrouillées, je le retiens aux abysses. Sa gueule humide et lisse se lie à mes lèvres en baisers sensuels. Chaleur infernale.
*
Célèbre offensé. Mais personne ne voulait de lui dans l’équation. Je me fais toute plate. Un cocker s’empare de mon regard. Yeux pétillants et Regard Noir peuvent m’emporter à leur départ.
*
Lasse, j’arpente les couloirs sur les pas de Célèbre. La faim m’a quitté et ces imbrications grondantes me donnent des haut-le-cœur. Je croise le regard de Yeux pétillants refermant sur lui la porte d’une seconde envolée. Les traits crispés, je baisse la tête et poursuis ce défilé Tristesse. Célèbre jamais n’ose.
*
Une carte laissée. Plus qu’un one shot. Si Regard Noir le veut.
*
Heure tardive. Tête vaporeuse dans les nuages du hammam. Désormais à crédit. Je ne puis plus, mon contrôle s’ébruite.
*
Vestiaires – Yeux pétillants et Regard Noir s’apprêtent. Là ma dernière chance de rentrer sans m’effondrer seule. Célèbre s’offusque. La scène s’emballe. J’ai honte. Yeux pétillants honore le Calme.
*
Un livre et moitié de ce soir, voilà ma dette à sa frustration. Les pages seront déposées au comptoir de son école. L’argent pour être à mon bras ne se réclame pas.
*
Embrasure - Nous quittons le club à quatre sous l’amertume bruyante, pesante de Célèbre. Les portes s’ouvrent sur SugarD. C’est tout mon corps qui est en arrêt. J’étouffe un cri. Lui, ici.
Sphmrx : « Toi ? Ici ? »
S.D, dans le vague : « Oui »
Sphmrx : « Mais… tu ne peux pas entrer seul… »
S.D, sourire plat : « On me rejoint… »
Hébétée. Le sang afflue à nouveau. Pressée… Attendre, impossible. A l’envers.
Engouffrée dans la voiture. Au volant, il plonge délicieusement son regard dans la rétine figée. Yeux pétillants m’enlise dans ses questions. Je suis fantasme caché, jamais trophée ; condamnée. Mon corps s’éteint dans la chaleur de leurs sièges.
*
Home - Ralentissement. Retour à la tanière désertée. Je m’effondre dans les draperies de mon malaise. Plus élégant que dans mes pires fantasmes, là où le jogging si familier de mon toucher s’éteint. Comment a-t-il pu ? Avec qui ? Sa femme ? Une autre ? De son âge ? Là où je l’avais initié. En cette façon détournée. Réduire en poudre l’estime que je n’eus jamais que pour un seul Homme. Lui, de plus du double mon aîné, qui une semaine plus tôt, au fond d’une tasse avait glissé, qu’il ne m’avait pas remplacée.
Sphmrx brisée



