Questionnements sur l'amour, l'existence et la parentalité

Note : 16

le 05.04.2021 par Saori

19 réponses / Dernière par Dragon le 12.04.2021, 11h23

Un forum pour celles et ceux qui s'intéressent au dev perso, à l'équilibre intérieur, à la psychologie. Surmonter ses blocages, ses croyances limitantes, nourrir et développer ses forces, etc.
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Bonjour,

Me livrer, ici ou ailleurs, n’est pas un exercice facile. Habituellement, écrire est une manière de rendre mon intériorité plus intelligible pour moi-même. Mais je crois qu’il est temps de sortir de cette forme d’autisme qui m’a toujours plus ou moins caractérisée, et qui pourrait peut-être résumer à elle seule ma problématique ici.
Je vais essayer de synthétiser du mieux que je peux, mais ça risque quand même d’être long. D’avance merci aux personnes qui prendront le temps de lire jusqu’au bout.

Mon meilleur ami va bientôt devenir père, "par accident" comme on dit. Un plan cul à l'étranger, la fille s'emballe, il est franc avec elle, elle tombe enceinte et garde le bébé. Tout ce qu'il y a de plus incroyablement ordinaire entre homme et femme en ce bas monde.
Il a mis du temps à m'annoncer la nouvelle, je sentais bien que quelque chose le tracassait mais je n'imaginais pas que ses ennuis pouvaient être aussi graves. Cette nouvelle m'affecte beaucoup. Je n'ai personne à qui je pourrais me confier librement à ce sujet, qui semble réveiller chez moi un désarroi existentiel dont je m’accommodais plutôt bien jusque là.

Il n'est pas juste un ami, il est sans doute mon seul véritable ami et celui qui me connaît le mieux depuis plus d'une décennie. Il est aussi ma dernière longue histoire, et nous n'avons jamais perdu le contact depuis notre rupture. Je l'aime, c’est une évidence. Je l’aime aujourd’hui comme un ami et comme un frère. Lui comme moi chérissons ce lien fait d'affection et de respect, qui ne cesse de nous faire grandir ensemble même à plusieurs milliers de kilomètres loin de l'autre.

Jusque là, les sentiments amoureux qu'il continuait de nourrir à mon égard - il m'en avait parlé de lui-même en exprimant le souhait de ne pas gâcher notre amitié - n'avaient aucune incidence sur notre relation. Non pas que j'ai fait mine de ne pas entendre ce qu'il avait sur le cœur (étant donné les circonstances de notre rupture, je me doutais que ses sentiments n'avaient pas changé), mais je lui ai exposé mon point de vue sur notre relation amicale que je ne voulais pas gâcher non plus, car bien plus enrichissante et plus saine à mes yeux qu'une relation amoureuse telle qu’on l’a vécue. Il a très bien pris ma réaction et nous sommes peut-être devenus encore plus proches par la suite.

Aujourd'hui, j’éprouve un réel malaise depuis l’annonce de cette paternité non désirée. Elle ne m’a pas choquée comme il le craignait, mais plutôt prise au dépourvu, un peu comme si j’apprenais que j’étais moi-même enceinte. Je ne suis jamais tombée enceinte à ma connaissance, donc j’ignore ce qu’une femme peut ressentir à ce moment là, mais j’ai l’impression d’être personnellement impliquée dans cette histoire.

A cette sensation nauséeuse s’ajoutent ses sentiments, qu’il m’a renouvelés (sans attente de réciprocité) alors que je ne lui avais rien demandé. Il me dit également de manière à peine voilée que cet accident ne se serait pas produit si nous étions restés en couple. J’ai vraiment mal pour lui à cause de la tournure que sa vie est en train de prendre. Je me demande aussi quelle part de responsabilité j’ai pu avoir dans la survenue de ce point de basculement. Sans le savoir, il me renvoie aux causes de notre séparation et notamment à mon inaptitude persistante à me dévouer totalement, passionnément, aux personnes que j’aime.

Pour avoir éprouvé l’amour-passion une ou deux fois, je suis convaincue (comme Denis de Rougemont dans L’Amour et l’Occident), qu’elle est une construction mortifère. J’ai fini par ne la tolérer qu’à dose homéopathique dans mes relations, où la prépondérance du pragmatisme (dans le sens qu’en donne John Alan Lee dans Colours of Love: An Exploration of the Ways of Loving) constituait le prolongement naturel d’un partage de valeurs communes et d’objectifs réalistes.

Je n'ai jamais voulu avoir d'enfant, lui non plus. Cela dit quand nous étions ensemble, il s'était montré moins inflexible que moi en ajoutant très sérieusement qu'il accepterait probablement d'en avoir un jour, si l’envie me prenait. Comment oublier un discours pareil, quand on sait d’une part le sacrifice lourd de conséquences qu’une telle décision représente, et d’autre part que l’on ne consentirait jamais soi-même à un tel sacrifice pour l’autre ?

Je n’avais plus pensé à ces questions depuis un moment, mon positionnement étant de mon côté dénué d’ambiguïté. Mais voilà qu’elles refont jour à l’aube du bouleversement de la vie de mon ami. Qui est-il au fond, pour moi ? Quelle place aurai-je dans sa vie et dans la vie de son enfant ? Suis-je bien certaine de ne pas vouloir d’enfant ? Pourquoi ai-je la pensée irrationnelle que cet enfant devrait être le mien ?

Je lui ai redit mon amitié qu’il craignait ouvertement de perdre. Je lui ai donné des conseils, qu’il ne m’avait même pas demandés d’ailleurs. J’ai aussi laissé s’exprimer ma profonde tristesse vis-à-vis de lui et de l’enfant, ainsi que ma déception vis-à-vis de moi-même car j’ai le sentiment prégnant d’avoir échoué à le protéger. S’il existait chez moi un "instinct maternel" à l’état latent, on pourrait dire qu’il est l’unique être humain à l’avoir éveillé et à en avoir fait l’objet jusqu’ici.

Je me suis abstenue en revanche de lui faire part de mon malaise qu’il valait mieux d’après moi mettre de côté pour me concentrer sur le soutien que je pouvais apporter. Je pensais que ce malaise ne reflétait qu’un trouble de mon ego, car objectivement je suis mise de côté dans cette histoire, et qu’il passerait aussi vite qu’il est apparu. Mais c’est maintenant un vertige plus profond qui me gagne, et la mélancolie qui me tend les bras. Sans doute parce que cette histoire me rappelle que :
- lui comme moi n’avons pas été désirés par nos pères respectifs,
- mon père a fait un enfant à une autre femme, alors qu’il était à l’étranger et marié à ma mère.

J’ai dépassé depuis longtemps le stade de la colère vis-à-vis de mes parents, j’accepte sereinement leur histoire, leurs choix et les circonstances de ma venue au monde. Nous ne sommes que des êtres humains après tout, et mon ami est un être humain comme un autre. Nous sommes peut-être condamnés à répéter inlassablement les mêmes histoires (erreurs ?) de génération en génération. Je ne serais sûrement pas moi-même épargnée par l’absurdité de la vie malgré toute ma volonté de contrôle. C’est peut-être même l’affirmation de cette volonté de contrôle qui est absurde en elle-même.

Mes questions :
Comment puis-je soutenir moralement mon ami ?
Comment me soutenir moi-même ?
J’essaie de m’ouvrir des horizons en relisant les pensées de Nietzsche, Camus, Spinoza, mais je pense avoir davantage besoin de retours d’expérience concrète. Y a-t-il des parents ou futurs parents qui pourraient apporter ici leur témoignage ?
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [0] Courage le 05.04.21, 14h18 par Onmyoji
  • [0] Courage le 05.04.21, 18h33 par Esope

Il n'a pas besoin de soutien, il t'a égoïstement jeté un cas de conscience et des regrets au visage, comme un "contexte" à sa conduite et sa connerie avec cette femme.
Si c'était un plan cul, il n'aurait jamais dû lui ouvrir la porte à plus. Au lieu de ça elle a dû sentir le pigeon (Qui prouve d'ailleurs qu'il est bien de lui? Encore un cocu qui va élever le gosse d'un autre, ou un mec qu'on aura retenu malgré ses sentiments en lui faisant un gosse dans le dos...)
Il s'en veut de ses erreurs, de n'avoir pas su te passionner, te retenir, et vivre avec toi, et maintenant "c'est de ta faute" parce que ça ne serait jamais arrivé s'il avait été avec toi.
Oui, c'est une évidence.
Mais il te révèle ça comme un grand secret.
Forcément ça te perturbe, avec ton histoire personnelle, ta difficulté à être dans des relations impliquées mais pas destructrices, et quoi que tu en penses, un choix rationnel concernant les enfants qui est anti naturel* et qui te demande de maîtriser un instinct qui se fait toujours plus fort tant qu'il peut s'exprimer.
(*biologiquement parlant en terme d'espèce et non socialement. Vous êtes bien libres de faire ce que vous voulez, mais là nature est têtue, cf "le gène égoïste").
Pour avoir été aux premières loges de certaines situations proches si ce n'est sur scène, à mon avis tu dois te détacher de ce type.
Vous avez une relation qui n'a rien de saine, ce n'est pas platonique, vous vous sauteriez dessus si vous ne saviez pas que ça finirait par exploser (là il y a l'éloignement mais c'est pareil). En plus si l'un veut une relation normale, que l'autre continue de lui renouveler ses sentiments c'est juste du travail de sape.
Attendre que l'autre cède.
D'un autre côté, tu dois aussi t'interroger sur ton refus d'enfants. Tu dis avoir fait la paix avec tes parents mais tu dois être sûre de faire la part entre ton envie réelle et ton histoire personnelle. Savoir si ton rationnel à ce sujet n'est pas construit sur des éléments plus subjectifs aussi.
Histoire de ne pas avoir de regrets une fois l'heure passée parce que tu ne pourras rien y changer et ça n'a rien à voir avec ce mec ou tes parents.
Et que ça trouve un écho si fort en toi me fait dire que tu as peut-être "mélangé les choses"; malgré ce que tu crois (après tout comme tu dis tu n'as jamais vu la situation autrement que d'un point de vue interne et c'est très possible que tu aies manqué de considérer certains points).
"Non mais arrête, j'ai pas tort, j'aime la séduction", c'est le "non mais tu peux pas parler parce que tu es un homme" des "artistes de la drague" (qui s'y connaissent autant en art qu'en séduction).

Tout dépend de ce qu'il compte faire. A t-il l'intention de s'occuper de son enfant ? De retourner vivre à l'étranger, auprès ou avec la maman ? Veut-il s'investir ou pas en tant que père ?

Peut-etre qu'il n'a pas encore pris de décision car il attend de voir comment tu te positionnes vis-à-vis de ça et que sa décision dépendra de ta réaction.

Comme dit plus haut, il me semble que tu dois bien distinguer : la part de responsabilité qu'il essaye de rejeter sur toi ("ça ne serait pas arrivé si on était resté ensemble") et ton propre questionnement autour de la parentalité.
Et sur le deuxième point, tu n'es pas visiblement pas aussi certaine de ton choix.
D'ailleurs, ce choix est-il bien le tien et pas celui des auteurs que tu cites (et qui sont des hommes par ailleurs :mrgreen: ) ? Es-tu prête à assumer une éventuelle envie de maternité, même si elle va à l'encontre des schémas que tu as vécus jusqu'ici ?
Quelques pistes en vrac...

Courage Saori et merci, grâce à ton message, j'ai quelques nouveaux livres sur ma liste "à lire".

Pour revenir au sujet. Cette situation est difficile pour lui (sa partenaire est enceinte, va-t'il rester avec elle?), le schéma de ses parents se répète peut-être aussi...

Mais si cette situation est si difficile pour toi, elle est bienvenue car elle va t'amener à clarifier certains points:
-ta relation avec cet ex: il a toujours des sentiments pour toi et toi a priori non... Il espère sans doute te retrouver: votre relation est peut-être légèrement toxique
- comme Onmyoji l'a fait remarqué, la démarche de ton ami n'est ni saine ni honnête: te reprocher indirectement le fait que son plan cul soit tombée enceinte est vraiment malhonnête.
-par ailleurs, il dit qu'il craignait de perdre ton amitié... Pourquoi? si vous êtes juste amis, cela ne devrait rien changer.
-quelqu’un que tu as aimé va avoir un enfant, cela te permet de repeser ton désir ou non d'avoir un enfant. Apparemment tes convictions ne sont pas aussi fortes que tu le croyais


Ces phrases ont retenu mon attention:
Saori a écrit :
05.04.21
Je lui ai donné des conseils, qu’il ne m’avait même pas demandés d’ailleurs.
=> tu te sens toujours responsable de lui, mais "tu n'es pas sa mère" et c'est un adulte. Tu ne l'as pas totalement lâché
Saori a écrit :
05.04.21
Il n'est pas juste un ami, il est sans doute mon seul véritable ami et celui qui me connaît le mieux depuis plus d'une décennie. Il est aussi ma dernière longue histoire
=> il va falloir clarifier cela. Cela fait combien de temps que vous n'êtes plus ensemble? Et ne penses tu pas que ta proximité avec lui inhibe ton envie d'une nouvelle histoire longue (cf as tu vraiment tourné la page sentimentalement parlant)
=> par ailleurs, je dis ça sans jugement car mon ex est aussi une de mes meilleures amies, ne crois tu pas que tu devrais "chercher" d'autres véritables amis, sans un tel passif?
Saori a écrit :
05.04.21
Pourquoi ai-je la pensée irrationnelle que cet enfant devrait être le mien ?
=> car cela te donne envie d'avoir un enfant ou car tu "voudrais" avoir un enfant avec lui?

Je ne sais pas si cela t'a fait avancer, mais bonne réflexion et bonne chance
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [+1] A lire le 06.04.21, 00h55 par Onmyoji

Salut,

Il t’aime, c’est clair, et toi pas comme il le voudrait. Et c’est pour ça qu’il aurait du couper les ponts avec toi, et ne pas t’inclure dans l’équation de son choix actuel.
Il espère que tu vas réagir en te rapprochant de lui. Et s’il garde son enfant, il s’en voudra de l’avoir accueilli de cette manière. Et il t’en voudra aussi, parce qu’il t’associera à ce sentiment.
"Franchis d'un pied ferme la limite de l'ombre, droit comme pour une parade, et souris, même, si tu y parviens"

- Celui qui veut le butin doit avoir une volonté ferme-

Bonjour Saori,

À te lire, on sent que tu en as gros sur le cœur. Il va avoir un enfant avec une autre, c’est sûrement le plus colossal « suis moi je te fuis » qui puisse exister.

Saori a écrit :
05.04.21
Jusque là, les sentiments amoureux qu'il continuait de nourrir à mon égard - il m'en avait parlé de lui-même en exprimant le souhait de ne pas gâcher notre amitié - n'avaient aucune incidence sur notre relation.

Prends-le bien mais cette affirmation sonne faux. Vous semblez plutôt vivre une sorte de relation par procuration, donc moins risquée.

Saori a écrit :
05.04.21
J’essaie de m’ouvrir des horizons en relisant les pensées de Nietzsche, Camus, Spinoza, mais je pense avoir davantage besoin de retours d’expérience concrète. Y a-t-il des parents ou futurs parents qui pourraient apporter ici leur témoignage ?

Gaffe aux lectures « trop » intellectuelles, ça risque de te couper des autres ( c’est un ex très gros lecteur qui le dit).

Pour le retour concret, je suis un homme sans enfants donc pas le mieux placé pour y répondre ni susciter ton empathie. Mais j’ai eu de très forts sentiments pour 2 femmes au cours de ma vie. Ça n’a pas marché. Les 2 se sont mariées et ont eu des enfants. Je l’ai mal vécu.

Renoncer à ces personnes, c’est renoncer à une partie de soi, de sa jeunesse, de ses rêves. C’est aussi ce qui fait de nous des adultes.

Bonjour et merci pour vos messages.

Je ne voulais vraiment pas mettre le coup de projecteur sur sa conduite. Il n’avait pas l’intention de me reprocher quoi que ce soit, il a maladroitement voulu me faire part de sa certitude quant à ses sentiments. Je n’ai pas tout de suite compris d’ailleurs ce que ses sentiments venaient faire dans l’histoire, il voulait peut-être juste insister sur la place particulière que je garderais pour lui quoi qu’il arrive, même si je décidais de rompre notre amitié. Je suppose qu’il craignait de perdre cette amitié parce qu’il a trop honte de lui et qu’il ne s’en sent pas digne en quelque sorte.

Il est expatrié et les opportunités professionnelles peuvent l’obliger à rester ou changer de pays cette année. Donc l’avenir proche est complètement flou pour lui. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il devra faire en sorte que l’enfant soit en bonne santé et heureux. Mais il est résigné et en parle comme d’un fardeau et, même si je le comprends, ça me fait penser qu’il y a peu de chances pour que l’enfant soit heureux.

Le premier conseil que je lui ai donné est de vérifier qu’il est bien le père. C’est naturel de vouloir protéger quelqu’un qu’on aime, ce qui l’est moins pour moi c’est de vouloir protéger l’enfant, de vouloir m’en occuper et lui donner de l’amour. Je n’ai pas envie qu’il connaisse ce sentiment d’être un boulet dont l’existence n’aura eu d’utilité que de rapprocher deux adultes incapables de se respecter l’un l’autre. Mais je suis totalement impuissante, je peux juste donner des conseils pour espérer influencer un peu les choses.

Je ne sais pas si j’ai raison de vouloir prévenir une possible souffrance, parce que dans le fond ce sont mes blessures d’enfant qui se réveillent et que je tente de guérir. Or s’il y a bien une chose que j’ai comprise en grandissant, c’est qu’on ne guérit pas ce genre de blessure, on ne fait que s’habituer à la douleur. Elle continue à vivre en nous, on doit apprendre à l’accepter, à la faire sienne, et c’est souvent elle qui alimente notre moteur interne. Elle développe notre sensibilité, nous rend parfois vulnérable mais par là même plus riche d’humanité.
En tout cas, j’espère sincèrement qu’ils apprendront à se connaître et à s’aimer, pour leur bien à tous. Oui, j’ai tourné la page sentimentalement parlant, je peux même dire que j’ai arraché depuis longtemps le reste des pages blanches.

Pour ce qui est de mon désir d’enfant, j’y ai encore réfléchi sérieusement. Contrairement à pas mal de personnes avec qui j’ai pu en discuter, je ne tiens pas à transmettre mon patrimoine génétique. Ensuite, donner la vie n’est pas nécessaire à mon bonheur actuel, même si je supprimais les sources de mon bonheur et les activités dans lesquelles je peux faire preuve d’attitude maternelle. Et si jamais avoir un enfant devenait un jour nécessaire à mon bonheur, je ferais sans ou j’adopterais, voilà mon positionnement depuis que je suis en âge d’y penser. Je ne peux pas dire exactement quelle part d’histoire personnelle (je sais un peu ce que c’est que d’élever un enfant adopté et différent) et d’irrationnel contribue à cette idée. De toutes façons, je ne suis plus certaine que l’on soit capable de choix tout à fait "libres et éclairés", d’où ma référence aux philosophes cités.

Aussi, la décision de faire un enfant ne relève pas que de moi puisqu’il m’est arrivé une fois d’envisager vaguement la possibilité de faire un enfant, mais c’était avec quelqu’un en particulier qui réunissait pour moi toutes les qualités d’un bon futur père. En comparaison, il est clair pour moi que je n’ai, et n’ai jamais eu, aucun désir d’enfant avec mon meilleur ami. C’est sûrement de cette dissonance que vient mon malaise : l’envie de m’occuper de son enfant comme si c’était le mien alors que je n’en ai jamais voulu avec lui. Ça semble dérisoire mais ça m’affecte car je vois à quel point je peux moi-même être irrationnelle, alors que j’ai presque toujours été dans le contrôle dans la manière générale dont je conduis ma vie d’adulte.

Et pour continuer dans le schéma de pensée qui me perturbe aujourd’hui : si mon père à l’instar de tant d’autres personnes rationnelles n’a pas été capable de se contrôler, ni mon meilleur ami, ni moi-même ne serait-ce que par rapport au désir que je ressens aujourd’hui, y a-t-il vraiment un sens à vouloir se contrôler ?
J’ai passé ces dix dernières années à contrôler mes rapports amicaux, amoureux, professionnels, et on en vient au côté autiste qui est le mien et qui me fait péniblement admettre de nouvelles personnes dans mon monde.

Je n’ai pas de problème majeur pour socialiser mais j’aime être seule et beaucoup de gens ne comprennent pas que mon besoin de solitude n’a rien à voir avec eux. Ils ont besoin d’attention, de toujours plus d’attention. J’ai longtemps remis en question ma façon d’aimer (et amicale et amoureuse) face à l’incompréhension de mes proches, je me suis même demandée à une époque si j’étais vraiment capable d’aimer. J’ai cherché des réponses dans des livres, des tests, des films, et ma conclusion est que oui j’en suis capable mais pas de la façon dont la plupart des gens voudrait l’être.

Je me réjouis de peu tandis que l’autre en souffre. C’est peut-être juste un problème culturel ou temporel, toujours est-il que la seule solution que j’ai trouvée est de maintenir les autres à distance pour ne pas qu’ils s’attachent et finissent par souffrir à cause de ce que je suis. Je ne me plains pas de cette situation car elle m'offre une certaine "liberté". Mais aujourd'hui j'en viens à me demander si je ne devrais pas complètement changer ma façon d'être ou de voir les choses, et me laisser aller à l'irrationalité pour embrasser "la vie" aussi absurde soit-elle.

@Saori, connais-tu la théorie des styles d'attachement ?

En lisant ta dernière réponse, Saori, je t’ai d’abord trouvée arrogante et sèche de cœur, ou plutôt égocéntrée à l´extrême . Puis je me suis-je dis que, derrière les digues que tu as peut être édifiées à coup de littérature et de raisonnements, se bousculent tes peurs, tes espoirs et tes blessures. Je ne te juge pas. Je plains simplement ce pauvre gars qui reste collé à tes jupes, que tu appelles un ami et qui te jette ce qui devrait lui être plus précieux que sa vie pour un peu d’espoir. Sans que tu ne sortes de tes schémas, tout en le jugeant. Ne te méprends pas sur mon point, il est lui aussi responsable. Je ne vois pas d’amitié là dedans. J’ai connu une « amie » qui espérait de moi comme lui de toi. Après avoir eu un comportement de connard, j’ai considéré sa chute et l’ai forcée à vivre sans moi. Pour son bien. Ce n’est pas un conseil, jute mon expérience et mes remords.
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  • Remettre du sens dans les mots : le jugement

Trouver quelqu'un arrogant et sec de coeur, c'est fondamentalement un jugement sur l'autre.
En même temps, quand on expose sa situation aux autres, et si on veut comme l'explique Saori sortir d'une écriture autiste, on s'expose et même on espère le jugement des autres.
A mon sens, tu juges donc en exprimant ta subjectivité qui est géniteur du jugement, mais c'est ce qui est attendu et tant que celui-ci se veut bienveillant (ce qui me semble être le cas de ton message), on devrait l'assumer.

  • Deux modèles de vie : La circonscription d'un soi où la fusion avec l'autre


J'ai parlé dans un autre message de deux approches ancestrales de la vie et de l'Autre : Celle de Moïse avec l'approche de la pureté, et celle de Jésus avec celle du don. Et ça me semble encore une fois primordial ici.
Face à l'Autre et ce qu'on y trouve "impur" ou dans des termes plus actuels "mauvais", on peut soit le circonscrire et s'en prémunir, à la façon de Moïse, soit l'accompagner et l'aimer pour le transcender, façon Jésus. Où pour le dire comme le Dmitri Karamazov de Dostoïevski s'en exclame dans un accès de fièvre : Nous sommes tous responsable de tous et de tout!

Quand on étudie les livres anciens, on découvre qu'ils sont eux mêmes des paraboles de ce que peut vivre chaque humain, et sont construits suivant l'idée que dans un atome réside tout l'univers.
Moïse peut donc être vu comme une métaphore de la première individuation de soi, qui s'affirme en séparant ce qu'il estime bon et ce qu'il estime mauvais et qui construit son individualité par contraste par rapport au monde. C'est l'Ancienne alliance (comprendre alliance entre soi et Dieu, donc entre soi et le monde).

Et Onmyoji sera le meilleur défenseur de cette théorie. Il y a la bonne science et la mauvaise, et tu avais explicitement fixé tes limites face aux enfants, que l'autre, ton meilleur ami, essaie de brutalement pénétrer, te sentant responsable de ce envers quoi tu t'étais prémuni. Evidemment, il a raison. Rien ne justifie ce sentiment chez ton ami. Il l'a, pourtant, mais c'estthéoriquement son problème. Le problème de cette pensée, c'est que tu te coupes de ton meilleur ami, ou l'expose à aller tenir ce genre de raisonnement à celle qu'il a fécondé, la laissant seule face à ses choix. L'enfant? Il subira les actions de sa génitrice.

C'est un développement essentiel pour ne pas sombrer dans une relativisation de tous les comportements, et pouvoir déterminer (et aiguiser son bon sens pour savoir ) lesquels sont porteurs et lesquels doivent être proscrits. C'est définir de ce qu'on veut et ce qu'on ne veut pas, ce que l'on estime bon et mauvais, et donc de qui on est.
Mais le problème, c'est qu'inévitablement, ça assèche le coeur, fait potentiellement rompre avec nos amis et notre famille Si en plus de lire Spinoza tu connais sa biographie, tu vois qu'encore dans les communautés juives du XVIIème siècle, renier celui qui s'écarte du droit chemin n'est pas un crève-coeur même quand il s'agit de ses amis où de sa famille : c'est un impératif. On circonscrit les responsabilités, on s'assure d'être du bon côté de la ligne, fait pénitence et assume les conséquences quand on a fauté et se désintéresse de l'autre quand on s'est suffisamment prémuni.
Cela marche quand on est constitué en tant que communauté, mais aujourd'hui, j'ai bien peur que cela conduise une grande partie de l'humanité qui suit ce chemin à se murer dans son appartement, à écrire son journal intime que personne ne lit, et à mourir seul, condamnant ce qui reste de notre civilisation. (Peut être à raison).

L'alternative donnée par les textes anciens, c'est d'accepter que nous sommes tous faillibles, et que plutôt que de circonscrire le mal que l'on remarque dans l'autre en s'aveuglant sur celui que l'on héberge en son sein, on peut vivre avec amour; endosser les erreurs des autres comme si elles étaient nôtres, faire le deuil d'un idéal de pureté que l'on atteindra jamais pour vivre en lien avec tous et chacun. Se sentir responsable de tous et de tout (de ceux que l'on aime).
Mais c'est accepter que notre destinée nous échappe, et, comme tu dis "se laisser aller à l'irrationalité pour embrasser la vie aussi absurde (et incontrôlable) soit-elle". C'est la nouvelle alliance, nouveau rapport de soi à Dieu (au monde).
En faisant ainsi et en ne cherchant pas à contrôler ni notre destin ni celui des autres, on privilégie à chaque instant le lien avec l'autre, quelle qu'en soit les conséquences pour nous, qui heureusement aujourd'hui n'iront pas jusqu' à la crucifixion.

  • Ton choix


Je n'avais pas répondu jusque là parce que tu sembles avoir bien compris que ce sont les deux alternatives que l'histoire de ton ami et de cet enfant imminent provoque. A toi de voir ce qui te convient.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [0] Tu en fais trop le 08.04.21, 08h44 par Citadin
  • [0] Trop dogmatique le 08.04.21, 20h37 par Focus

Je ne défendrai qu'une chose, et certainement pas des projections hasardeuses dont l'interprétation t'est toute personnelle (au passage, plutôt ironique de se reporter aux livres saints quand on se donne l'image du Dragon, souvent vu comme l'Ennemi, le Diable, la personnification de l'Impiété. Cela dit, même le Diable tord les écritures, donc il y a une forme de cohérence).
Aussi, pour moi, ces personnages ne représentent personne, car bien trop détachés de la réalité pour que leurs actions comptent vraiment
(On ne prend pas vraiment sur soi la souffrance des autres quand on est une part d'un dieu et qu'on est immortel, quand on vit plusieurs vies d'hommes ou que quoi qu'on fasse la divine providence nous favorisera toujours tant qu'on fait ses rites de bon petit croyant sans un mot plus haut que l'autre. La réalité est bien loin de ça. Ce n'est que de l'espoir à bas prix et de l'explication du monde pour humains encore peu civilisés. Pas sûr qu'il faille y voir toute la sagesse du monde et une explication aux profonds maux humains que ces humains n'ont pu connaître, ne vivant pas des vies et des dilemmes semblables).

Je pense que la bulle dans laquelle tu t'es enfermée, Saori, prend l'eau, mais que la fissure vient de tout autre chose que ce que tu avais finalement mis sous cloche. J'ai vécu longtemps dans un univers organisé, avec une vision du monde très biaisée, peu d'expérience et un sens de la responsabilité suraigu. Le problème c'est qu'au bout d'un moment la logique que l'on bâtit et qui vise à se renforcer pour justifier notre solitude recontre un gain de sable imprévu qui fait éclater cet ensemble soigneusement, trop soigneusement taillé, de choses qui n'étaient pas faites pour tenir ensemble et qui ne le faisait que par un effort surhumain de contrôle et de volonté.

Le fait que tu te poses la question de cette ouverture est déjà un point de non retour. Tu as senti que quelque chose ne va pas dans ta manière d'être et de vivre. Retourner dans ta bulle, colmater tant bien que mal la brèche, ne pourra pas te faire oublier que tu l'as vue. Il n'y a pas de possibilité de retourner dans la matrice, d'effacer ce sentiment, de se réveiller comme si de rien n'était. Et même si c'était le cas, ce n'est pas ton instinct, ce que tu souhaites.
Il ne faut pas t'accabler de regrets car tu n'as pas perdu ce temps, tu en as fait autre chose. Mais maintenant tu dois aborder une nouvelle étape.

Quant à cette histoire, c'est pour moi un autre problème même s'il est révélateur.
Cet homme t'aime, mais il a un comportement malhonnête, manipulateur ou incorrect vis-à-vis de toi. Que tu aies envie de protéger l'enfant des incuries de ses parents au vue de ton histoire personnelle est tout à fait normal, même sans en vouloir un. C'est un écho du passé. Tu n'es pas guérie et tu projettes. C'est normal et personne ne peut contrôler tout et moins encore ce qui vient de ses propres fondations.
Ça ne doit pas t'empêcher de te protéger. Tu n'es pas la responsable de cette histoire de merde, entre ce mec qui ne te dit pas tout et qui peut-être avait une histoire plus sérieuse que ce qu'il veut bien le dire avec cette femme (même s'il est peut-être en train de regretter), ou qui a été suffisamment stupide pour se mettre dans une telle situation: s'il se sent vraiment prisonnier et que c'est un accident, et qu'il n'a aucune envie de cet enfant, plutôt que de le maudire par cette attitude et en lui donnant un tel départ dans la vie il faudrait mieux qu'il soit franc avec elle et qu'elle en tire les conséquences. Au lieu de ça monsieur vient jouer les jolis coeurs auprès de toi en essayant de te faire vaciller par jalousie, instinct maternel, appel au passé...
Ce n'est peut-être pas mal intentionné mais il y a une part égoïste et égocentrique dans sa démarche. Comme s'il était à la croisée des chemins et qu'il ne pouvait échapper à sa situation qu'en se donnant bonne conscience et bonne excuse en fuyant ses responsabilités par "amour pour toi".
Un lâche qui n'a pas la colonne vertébrale pour t'avouer qu'il t'aime plus que platoniquement depuis tout ce temps et que votre rupture n'a jamais été digérée.
Si tu lui demandais ce qu'il attend de toi, que répondrait-il?
Si tu lui demandais ce qu'il ferait si tu lui disais que les sentiments qu'il t'a exprimés sont réciproque, que ferait-il?
Ce ne sont pas des questions que tu dois te poser. Il ne sert à rien de te mettre martel en tête. Pose les lui, juge le par ses actes, et ne sois pas douce en souvenir du passé.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [+1] Intéressant le 08.04.21, 08h45 par Citadin
  • [+2] Absolument le 08.04.21, 09h02 par Nonchalance
  • [+1] Intéressant le 08.04.21, 15h07 par Esope
  • [+2] Effectivement le 08.04.21, 20h36 par Focus
"Non mais arrête, j'ai pas tort, j'aime la séduction", c'est le "non mais tu peux pas parler parce que tu es un homme" des "artistes de la drague" (qui s'y connaissent autant en art qu'en séduction).

@Annah6878

Je ne me suis jamais complètement reconnue dans un style d’attachement particulier, et le poids déterministe attribué aux expériences affectives précoces me dérange, même si je ne nie pas l’importance qu’elles peuvent avoir (par contre je me reconnais totalement dans un des types du MBTI, même si le test en lui-même ne vaut pas grand-chose il a au moins le mérite de mettre des mots sur mon mode de fonctionnement pas facile à appréhender).


@Focus

Si tu t'es senti jugé à travers ma tentative de rationalisation des comportements humains, j’en suis sincèrement navrée, et j’en profite par ailleurs pour m’excuser auprès des personnes que je peux heurter, et notamment auprès des parents qui pourraient me lire. J’aurais sûrement dû le dire dès le départ mais j’ai un grand respect et une admiration sans borne pour celles et ceux qui ont cette capacité d’amour inconditionnel et de don de soi.

Sèche de cœur, c’est ce que les personnes qui ne me connaissent pas ont tendance à penser de moi. Cette aridité, pour ne pas dire stérilité, est voulue de ma part (mise à distance des autres). Je ne dis pas que je ne le suis pas du tout, mais ici en l’occurrence je vais droit au but pour ne pas m’épancher sur dix pages et parce qu’il serait contre-productif d’édulcorer mon cynisme compte-tenu des questionnements que je soumets.

Égocentrée, je l’admets également. J’évoque mon ego dès mon premier message (m’en débarrasser fait partie de mes objectifs et j’en suis encore bien loin). Je ne prends pas de plaisir particulier à raconter ma vie et si je l’ai fait dans mon deuxième message, c’était dans le but d'éclairer le premier vu les questions qui m'ont été posées, et de recentrer la discussion sur ma demande initiale :
Comment pourrais-je soutenir un parent qui le devient alors qu’il ne le souhaite pas (sachant que lui et moi partageons une vision très similaire de l'amour, de l'existence et de la parentalité) ?

Je n’ai pas saisi ce que tu voulais dire ici :
que tu appelles un ami et qui te jette ce qui devrait lui être plus précieux que sa vie pour un peu d’espoir. Sans que tu ne sortes de tes schémas, tout en le jugeant. Ne te méprends pas sur mon point, il est lui aussi responsable. Je ne vois pas d’amitié là dedans. J’ai connu une « amie » qui espérait de moi comme lui de toi. Après avoir eu un comportement de connard, j’ai considéré sa chute et l’ai forcée à vivre sans moi. Pour son bien. Ce n’est pas un conseil, jute mon expérience et mes remords.


@Dragon

Je te remercie pour ton intervention détaillée qui me parle beaucoup mais, si je peux me permettre, ne fait pas avancer le schmilblick :lol:
A une époque où je sentais un risque de déshumanisation chez moi, je me suis justement intéressée à la religion dans l’optique d’une "nouvelle naissance". Je ne suis pas croyante mais j’essaie de m’intéresser à toutes les façons de penser différentes des miennes.

Alors, je ne suis pas allée jusqu’à la crucifixion mais je peux t’assurer que j’ai bien serré les dents. Parce que le problème qui s’est posé pour moi en tant qu’être charnel a été de poser une limite à la fusion dont tu parles, cette fusion avec l’autre aimé mais non désiré, pour qui la désillusion a été grande. J’ai carrément été traitée d’hypocrite alors je suis vite revenue à mon mode de fonctionnement habituel : la mise à distance automatique de toute personne qui ne m’est pas compatible (soit peut-être 98 % des gens que je rencontre).

Comment faire autrement d'après toi ? Je ne veux pas devenir nonne, même si j'ai un temps considéré le bouddhisme.

Pour ce qui est du choix concernant mon ami, je l’avais déjà fait avant de venir en parler ici : je veux le soutenir.


@Onmyoji

Tu l’imagines plus malin qu’il ne l’est. Il est inexpérimenté, d’un naturel désarmant et parfois agaçant (pas étonnant que mon instinct maternel soit apparu à son contact). Quand il est tombé amoureux de moi, je n’étais pas libre et il m’a attendue patiemment, passivement. Il n’a rien d’un conquérant, encore moins d’un manipulateur (ceux-là je les vois venir à des kilomètres), il sait que je n’ai jamais voulu d’enfant avec lui et a renoncé à notre histoire. C’est quelqu’un qui, malgré les épreuves et les injustices qu’il peut subir, ne garde pas d’amertume, accepte les événements et trouve lui-même les ressources pour rebondir. Je ne suis pas en train de chanter ses louanges parce qu’il est mon ami. C’est parce qu’il a toutes ces qualités, parmi d’autres encore, qu’il est mon ami.

Je n’ai pas besoin de lui demander ce qu’il attend de moi, il me l’a déjà dit : rien si ce n’est mon amitié en ce moment difficile (mais je comprends que ce soit inconcevable pour qui perçoit l’amour et l’amitié entre homme et femme comme antinomiques). Avec le recul maintenant, je vois l’expression de ses sentiments comme le seul moyen qu’il ait trouvé pour éviter de me rendre jalouse.

Je te remercie pour tes avis toujours bienvenus et bienveillants vis-à-vis de moi, mais je ne suis pas à protéger. Il pourrait avoir envisagé une relation sérieuse avec cette femme, ça ne change rien à la situation actuelle. On peut lui trouver de la malhonnêteté ou de l’égoïsme, ce serait la première fois qu’il en ferait preuve, ou alors je suis aveugle et ce serait étonnant compte-tenu du regard clinique et sans complaisance que j’ai toujours porté sur le comportement humain. En tout cas ce n’est pas en cette période troublée pour lui que je vais commencer à lui chercher une possible mesquinerie pour me protéger, heureusement que j’ai encore ma bulle pour ça.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [+1] Intéressant le 10.04.21, 09h08 par Onmyoji

Excuse moi de te le dire, mais faire avancer le shmilblick - c'est à dire ta vie - c'est évidemment ton travail, pas le mien. :lol:

Tout ce que je peux faire c'est livrer les idées qui raisonnent à ton histoire. Tu me dis que ça te parle, alors je vais tenter de remettre de l'eau dans la rivière qui, de toute façon, n'arrêtera pas de couler. :wink:

J''ai l'impression que tu as appris avec le temps à encaisser les souffrances. Ca semble une première étape essentielle. Tu as tout de même mis en place une stratégie d'évitement puisque lorsque tu as été traitée d'hypocrite, tu es revenue à ton fonctionnement habituel qui met à distance 98% des gens que tu rencontres.
Après tout, tu aimes être seule et personne n'aime souffrir. Cela semble donc rationnel.

Cependant cet évènement révèle un instinct en toi qui te pousse à sortir de ce cocon rationnel, à aller t'exposer encore, et en même temps que tu sens cet élan (l’envie de m’occuper de son enfant comme si c’était le mien alors que je n’en ai jamais voulu avec lui) , tu ne sais pas si [tu as] raison de vouloir prévenir une possible souffrance.

Mais cela crée une dissonance. t'exposer pour quelle raison? Pour se refaire traiter d'hypocrite et encaisser une souffrance que tu pourrais gérer mais qui n'est pas agréable, alors même que tu es bien seule?
Dit comme ça et vu au travers de la rationalité, rien de t'y pousse et cela semble absurde. La vie est donc absurde et il n'y a pas d'autres alternatives que de finir sa vie seule en lisant Camus? Peut-être que si.

Le but, à mon avis, c'est de se décentrer et de penser pour/à l'autre. L'autre, par exemple celui qui te traite d'hypocrite.

Je continue le raisonnement avec pour exemple celui qui t'a traité d'hypocrite, puisque c'est tout ce que tu m'as livré, mais j'espère que tu sauras l'étendre à tout "autre" qui peut produire de la souffrance. Ceux que tu as pris l'habitude d'écarter de ton monde, ou ton futur enfant à venir. Ou l'enfant d'un de tes exs, whatsoever.


Parce que si il te traite d'hypocrite quand tu te contentes de suivre tes élans, ça en dit plus long sur lui que sur toi.
C'est qu'il n'a pas, lui, encore bien compris comment encaisser les souffrances sans chercher un bouc émissaire. Sans décharger sa frustration sur l'autre. Il y a fort à parier que cette attitude ne l'aidera pas dans la vie, et c'est là où tu peux agir. Au moment où tu seras complètement sûre que lorsque quelqu'un t'insulte, ça en dit plus long sur lui que sur toi, que tu es dans ton total bon droit en exprimant ce que tu as envie d'exprimer et que l'autre, quel qu'il soit, n'a pas son mot à dire là-dessus, il est possible de penser que ça ne t'affectera plus. Du tout.
Qu'au moment où quelqu'un t'insulte alors que tu n'as rien fait d'autre qu'être celle que tu veux être, il te révèle en fait qu'il ne sait pas accepter l'autre dans sa diversité, qu'il est un petit tyran en puissance et qu'il a donc besoin d'aide.
Alors peut-être qu'en restant aimant et concentré sur l'autre et ses besoins, tu peux l'aider, et te voir ainsi effectuer cet acte magique d'apaisement, de guérison. Ce qui rendra magique tes relations avec les autres de façon bien plus large qu'avec seulement 2% de la population.

Evidemment, rien n'oblige de le faire avec tout le monde, mais ça me semble essentiel pour être parent puisque 100% des enfants reprocheront un jour quelque chose à leurs parents. Ca me semble aussi en accord avec la grande admiration que tu ressens pour ceux capable d'un grand don de soi, et en accord avec le fait que tu t'excuses et suppose avoir heurté ceux qui t'invectivent de façon assez rude :wink:

Sinon, il reste Camus!

Il ne faut pas attribuer à la malignité ce qui peut être le fruit de la stupidité.
Mais il ne fait pas non plus oublier que toute cynique que tu es, ton objectivité peut être entachée par tes sentiments, qu'ils soient amicaux ou amoureux.
Peut-être d'ailleurs as-tu du mal à faire le distinguo, étant donné que tu te tiens distante des amitiés même. Tu as peut-être oublié la nuance, ou ne la sens pas dans son cas.
Quoi qu'il en soit, ta bulle ne te sert pas ici, car malgré ton sentiment, tu es perturbée au delà de ce que tu pouvais imaginer.
Je t'invite donc à considérer que ce que tu ressens n'est peut-être pas ce que tu crois, et à relire les situations par les prismes que je te présente pour voir si ça pourrait coller sur certaines situations que vous avez vécues (Je peux voir dans son attente de la lâcheté par exemple). De même, plutôt que de le prendre pour argent comptant sur la version avec laquelle il est venu à toi, tu peux le challenger. Après tout ce qu'il te demande n'est pas une sinécure. Cela pourrait même l'aider, si lui, contrairement à toi, est aveugle à ce qu'il veut vraiment et aux mécanismes qui le motivent. Quoi qu'il en soit il a peut-être besoin de soutien, mais il a aussi besoin d'une belle piqûre de rappel à la réalité. Parce que c'est pas seulement de lui et de la relation à cette femme mais d'un enfant qu'il s'agit, et s'il reste amoureux de toi, sans pouvoir évoluer, enfermé dans un couple avec une femme qu'il n'aime pas et un enfant non désiré, ça va être intenable pour lui. Et si les conséquences que ça peut avoir sur l'autre femme ne sont pas ton problème, l'enfant que tu veux protéger va en souffrir.

Enfin, apparemment ce n'est pas ta première tentative de sortir de ta bulle (tu parlais de ton expérience avec la religion). Elle s'est encore fissurée. Tu devrais peut-être prendre cela comme un signe (après tout elle n'est que le produit de ton mental et tes aspirations), que ton esprit ne peut plus supporter l'énorme charge que cela représente de maintenir un tel système, ou qu'au fond tu as envie de changer et de voir la lumière qui passe dans les fissures sans filtre.
Tu peux t'approcher des flammes dans te brûler les doigts, même sans être dans une combinaison ignifugée... Tu as l'esprit assez alerte et observateur pour cela, tu devrais te faire confiance. Tu n'as pas besoin d'être en permanence dans ta coquille, tu peux en sortir parfois.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [+2] 100% d'accord le 10.04.21, 12h00 par Citadin
"Non mais arrête, j'ai pas tort, j'aime la séduction", c'est le "non mais tu peux pas parler parce que tu es un homme" des "artistes de la drague" (qui s'y connaissent autant en art qu'en séduction).

Dragon,
Calme toi stp.
Personne n’a invectivé personne.
Une formulation maladroite - certes - pour exprimer une opinion, assorti d’un avertissement qu’il ne s´agit pas d’un jugement, n’a jamais constitué une invective.
Inutile de rebondir.
"Franchis d'un pied ferme la limite de l'ombre, droit comme pour une parade, et souris, même, si tu y parviens"

- Celui qui veut le butin doit avoir une volonté ferme-

Je vois que tes chevaliers, des quatre coins de l’univers, quand triomphe le mal, sans hésiter (ils) partent en guerre pour un monde idéal :wink: (Saori est la princesse dans les chevaliers du Zodiaque, pour ceux qui n’ont pas la référence).

Plus sérieusement, je vais me permettre d’intervenir à nouveau suite à tes derniers posts. Ce que je vais dire n’est qu’un avis, une impression qui vaut ce qu’elle vaut.

Tu te décris toi-même comme une personnalité relativement évitante/contrôlante/solitaire, si j’ai bien compris. Dans ce contexte, les relations amicales et amoureuses sont, je suppose, assez rares. C’est probablement la raison pour laquelle l’histoire de cet homme que tu appelles ton ami, mais qui est en fait un prétendant, te touche autant. Et aussi, comme tu l’as dit, parce que ça te rappelle ta propre histoire familiale et interroge ton désir d’enfant.

Je suis d’accord avec Onmyoji et Jalapeno sur le fait qu’il ne faut pas te laisser culpabiliser par le « chantage affectif » de cet homme. Tu ne voulais pas d’enfant avec lui, donc ça n’aurait pas marché et, si tu t’étais forcée, l’enfant aurait été de toute façon malheureux.

Mais pourquoi te sens-tu responsable de cet homme et du bonheur de son enfant à naître ? Sincèrement, je ne comprends pas.

À notre époque, beaucoup de gens font des enfants par simple conformisme social ou, encore pire, pour combler leurs propres manques affectifs. Cela donne des choses malsaines, comme ce que l’on appelle l’inceste émotionnel (des parents incapables de gérer leurs émotions qui exigent de leurs enfants, dès le bas-âge, un soutien moral et affectif que seul un adulte peut donner).

En tout cas et sans vouloir te vexer, je ne pense pas que tu soies la mieux placée pour l’aider en ce moment. Tes sentiments vis-à-vis de lui et de la situation sont peut-être trop ambigus pour fournir une aide objective, malgré ta bonne volonté.

Je dirais que tu as plus besoin de rencontrer de nouvelles personnes, de sortir de ta « bulle » comme tu dis. De te confronter à l’altérité. La pensée des Spinoza and co est très puissante, mais ils n’ont pu la développer qu’au sacrifice d’une vie sociale « normale ». La vérité, parfois brute et crasse, est dans les gens, pas dans les livres.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [+3] Post responsable le 10.04.21, 13h04 par Onmyoji
  • [+3] Like a boss ! le 10.04.21, 14h09 par Annah6878

Saori a écrit :
10.04.21
@Annah6878

Je ne me suis jamais complètement reconnue dans un style d’attachement particulier, et le poids déterministe attribué aux expériences affectives précoces me dérange, même si je ne nie pas l’importance qu’elles peuvent avoir (par contre je me reconnais totalement dans un des types du MBTI, même si le test en lui-même ne vaut pas grand-chose il a au moins le mérite de mettre des mots sur mon mode de fonctionnement pas facile à appréhender).
Merci pour ta réponse Saori.

Il y a quelque chose de très touchant dans ton récit qui personnellement ne me laisse pas indifférente parce qu'on sent ton désarroi. Tu en parles toi-même en début de post, je ne pense donc pas utiliser un mot trop fort pour décrire ton ressenti vis-à-vis de la situation.

Je t'ai posé cette question parce qu'en te lisant, on dirait que derrière ton écriture très poétique et tes raisonnements très rationnels il se cache des peurs que tu ne veux peut-être pas t'avouer à toi-même. Tu as une profonde amitié pour ton ami que tu protèges malgré les remarques de Focus et Onmyoji, mais d'un point de vue strictement externe, sans même le connaître, sa démarche part d'une intention qui il est vraie est égoïste et ne te rend pas service.

Je ne comprends pas bien où il veut en venir en te faisant cette confidence. En connaissant ton histoire, et même sans avoir un tempérament manipulateur, il ne pouvait pas ignorer tes réactions.

Même s'il n'attend pas de toi que tu sois mère, et que ses intentions sont sincères dans sa tentative de déclaration d'amour, même s'il a été respectueux avant (quand tu étais en couple) il vient avec des attentes pas tout à fait formulée qu'il devrait éclaircir et verbaliser.

C'est dans ta manière :
1) de te sentir responsable de cet enfant qui n'est pas le tien,
2) de te sentir dans un profond désarroi (alors que si tu le voulais tu n'aurais aucun rôle à jouer dans cette histoire et pourrais donc tout à fait t'en détacher)
3) de parler de ton envie ou non d'enfant
4) de votre histoire passée

qu'on sent que cette confidence n'a pas eu un impact limité sur toi. Au contraire, on sent que ça te touche et que cet écho peut te faire jouer un rôle qui n'est pas le tien. Cette décision reste la tienne bien sûr mais je rejoins Onmyoji, même si tu affirmes les contraire à te lire, j'ai du mal à te croire. Du coup, peut-être que tu devrais faire attention à bien faire la différence entre la Saori enfant qui a eu tel parcours et la Saori adulte qui peut faire le choix de se détacher de son histoire et construire quelque chose de nouveau sans répéter les évènements du passé.

Et ton amitié pour cet homme est tout à fait à ton honneur par contre vous pourriez peut-être mettre les choses au clair pour que tu ne subisses pas ses erreurs à lui. J'ai ou tes autres réponses sur le forum et à 34 ans tu as encore le temps de vivre une nouvelle histoire avec de nouvelles personnes. Il n'a pas saisi sa chance avec toi pour une raison qu'on ne connait pas. Vous vous êtes ratés et tu as aussi choisi d'en rester là. Même ta décision ne ne pas avoir d'enfant toi seule en connaît les raisons mais j'ai l'impression que ton enfance a joué un rôle dessus.

Est-ce que ta solitude est réellement choisie ou bien est-ce une manière de te protéger des autres, et de tes peurs ? Penses-tu qu'une personne qui t'aime réellement voudrait que toi Saori tu ne construises pas ta vie et passe ta vie à jouer un rôle pour l'enfant d'une autre ? Pourquoi te sens-tu responsable de ton ami alors que c'est lui qui a fait cette erreur ? Tu dis que votre histoire est finie mais j'ai l'impression que ça n'est pas tout à fait le cas. Pour te soutenir toi-même je pense que tu devrais te recentrer sur tes problématiques et essayer de démêler ce qui dans son histoire te touche et te pousse à vouloir jouer un rôle qui n'est pas le tien.

Ce qui me touche aussi c'est que tu cherches à le défendre alors que plusieurs personnes avant moi t'ont dit que ses actes n'allaient pas dans le sens de tes intérêts. Finalement, en cherchant à le défendre, j'ai l'impression que te sentiments sont encore bien présents et que tu n'es pas prête à entendre qu'il n'a pas bien agi vis-à-vis de toi.

J'en reviens au mot que tu refuses d'appliquer à ton cas, le "déterminisme". J'ai parlé de la théorie des styles d'attachement parce que tu as l'air d'avoir un très fort caractère, d'être une femme très forte et très courageuse mais peut-être que tu ne peux pas tout contrôler et que les clés de compréhension de la femme se cachent derrière ton enfance. Sinon tu n'es aurais peut-être pas parlé, et tu ne parlerais pas de cet enfant comme de l'enfant que tu as été. Je suis pas psy et franchement, j'y connais rien aux théories de behaviorisme ou de machin comportementaliste. Mais mon ressenti c'est qu'il y a des choses que tu ne maitrises pas autant que tu le voudrais.

Bon, je ne pensais pas être amenée à m’étaler à ce point mais il faut que je précise certaines choses.

Commençons par le commencement :

Citadin, je ne suis pas étonnée que tu sois le premier à te foutre de ma gueule mais la prochaine fois fais-le en VO stp :lol:



Rien de tel que cette musique pour se mettre en ordre de marche le matin :mrgreen:


@Dragon

Je comprends bien ce que tu me dis là mais je n’arrive pas à l’appliquer à la réalité du terrain. Je veux bien rester à l’écoute des besoins de l’autre et faire don de moi-même mais pas au point d’écarter les jambes, désolée.

J’ai tenté d’apaiser la relation à chaque fois en montrant que, malgré la limite que je posais, je restais disponible en tant qu’amie.
L’un s’est livré au chantage (à l’auto-sabotage de sa boîte qui était comme la mienne vu que j’avais largement contribué à la remettre sur pied), l’autre a continué de vouloir me séduire après.

Je m’entendais particulièrement bien avec eux et j’avais réussi à les laisser entrer dans mon monde. Mais quand quelqu’un ne veut pas respecter mes limites, je ne peux pas faire autrement que de l’éjecter.
Je me suis justifiée pour les aider à évoluer, pour qu’ils ne reproduisent pas la même erreur avec d’autres. Sauf qu’ils finissent par revenir vers moi plus tard, et je suis bien disposée à les accueillir, mais je constate vite que mes explications sont tombées dans l’oreille de sourds.

C’est comme s’ils se disaient : "une femme qui t’accepte tel que tu es, y’a forcément moyen avec, peu importe ce qu’elle te dit, il suffit de forcer". Alors que non, ça marche pas comme ça avec moi.
Les plus civilisés prennent en général leur distance tout seuls, préférant la passion à l’amitié. De mon côté, je ne prends même plus la peine d’aller vers ceux qui ont tenté de me charmer ne serait-ce qu’une seule fois, de peur qu’ils se fassent des films.

J’avais deux vraies amies, perdues de vue avec le temps. Avec les autres, mes relations restent superficielles. Je peux copiner avec n’importe qui même celles qui se posent en rivales (officiellement ou non), mais ça me demande du temps et de l’énergie que j’ai envie de consacrer à des choses plus constructives qu’à la gestion de leurs pseudo-drames du quotidien. Je m’entends très bien avec celles qui n’ont rien à (se) prouver, souvent des femmes bien plus âgées, mais qui ne comprennent pas que je puisse être heureuse toute seule et n’ont qu’une obsession : me marier et que je fasse des gosses :lol:


@Onmyoji

Ne t’en fais pas, il sait qu’il a été stupide, et la piqûre de rappel a été faite en bonne et due forme en même temps que je lui ai renouvelé mon amitié. Et je continuerai à lui en faire.

Si j’ai donné l’impression de le défendre aveuglément, c’était en réaction à ton jugement que j’ai trouvé bien trop sévère. Je ne prends pas tout ce qu’il me raconte au pied de la lettre, je garde en tête que ses sentiments ont très bien pu le pousser à éluder certains détails qui n’en sont pas, voire à réécrire l’histoire (même si ça ne lui ressemblerait pas du tout). Je n’ai pas trouvé utile de faire part de mon scepticisme quand j’ai écrit mon post parce qu’au final, qu’il soit honnête ou non avec moi n’a pas d’importance. Le plus important est qu’il soit honnête avec lui-même, qu’il sache ce qu’il veut vraiment.
Je n’ai rien trouvé à dire quand il a exprimé ses sentiments envers moi. Tout simplement parce qu’il n’y avait rien à dire. Et s’il attendait vraiment plus que mon amitié, mon silence à ce sujet a été, je crois, suffisamment parlant.

C’est intéressant nos différences de perception car je ne vois pas de lâcheté dans son attente mais une capacité de renoncement et une forme de probité que je valorise bien plus que le comportement qui consiste à "voler la partenaire d’un autre" ou à tenter de l’en détourner.

Tu as raison, ma bulle n’a pas été efficace pour me protéger ici. Parce que mon ami en fait partie et que ce qui l’impacte m’impacte aussi. Et parce qu’il était l’une des rares personnes à y apporter un peu de sens et une certaine cohésion. Aujourd’hui j’essaie de retrouver du sens à ce système qui me permettait de faire face à l’absurdité de ce monde. Je n’ai pas envie de l’expulser de cette bulle même si je dois pour ce faire absorber un peu de cette absurdité. Si je le fais, ce sera autant pour lui que pour moi car cela va sûrement me permettre de grandir encore, de m’épanouir encore plus (confrontation à l'irrationalité tout ça...). Nous sommes différents tous les deux mais nous sommes aussi atypiques l’un que l’autre, nous nous retrouvons l'un dans l'autre, un peu comme des jumeaux… je ne sais pas comment nous présenter autrement.


@Citadin

Je ne sais pas ce qui te laisse penser ça mais je ne suis pas une évitante. En tout cas, si je peux l’être parfois, c’est par nécessité et non par nature.

J’ai un goût pour la confrontation qui transparaît déjà dans ma recherche de raisonnements non conformes à mon mode de pensée habituel. Quand quelque chose cloche dans ma pratique, j’essaie de régler le problème en remettant en question ma façon de faire mais aussi mes connaissances ou croyances sur la question. Je suis donc souvent amenée à me renseigner sur le travail de personnes qui ont réfléchi à cette question bien avant moi, et heureusement qu’elles ont fait le boulot à ma place sinon il me faudrait plusieurs vies pour saisir certaines choses essentielles.
J’ai cité les philosophes pour rendre à César ce qui est à César (je n’ai pas inventé les notions d’éternel retour, de volonté de puissance, de Sisyphe heureux etc) et pour donner un éclairage sur le désarroi existentiel dans lequel je suis en train de glisser. Faut pas croire, je suis pas un rat de bibliothèque, loin de là - même si ça me plairait de l’être.

Avant mes 20 ans je détestais les enfants, je me suis fait violence en choisissant de passer mon temps libre à travailler bénévolement avec des enfants.
J’aime exposer mon point de vue avec fermeté là où les autres y voient de l’agressivité.
Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai dit à des "ami(e)s" leurs quatre vérités.
Alors oui, les relations amicales authentiques et harmonieuses sont peu nombreuses (tu en as beaucoup toi ?), mais ça ne m’empêche pas d’être très bien seule. Quant aux relations amoureuses, je ne suis franchement pas à plaindre sans vouloir me vanter. Je n’ai juste plus envie de perdre mon temps avec des gens qui ne me correspondent pas. J’ai eu la chance d’aimer et d’être aimée comme jamais je n’aurais osé l’espérer, et au risque de passer pour une illuminée, j’ai vécu ces histoires comme une bénédiction (sans perdre ma rationalité pour autant) et je souhaite à tout un chacun de vivre une telle expérience. Je suis prête à passer mon tour aujourd’hui comme je le disais plus haut.
Enfin, je ne crois pas que l’objectivité soit toujours indispensable et demandée pour pouvoir soutenir quelqu’un.


@Annah6878


Merci à toi pour ton message et pour tes pistes de réflexion.
J’ai répondu à certaines de tes questions et remarques dans ma réponse aux autres du coup.

Annah6878 a écrit :
10.04.21
Tu as une profonde amitié pour ton ami que tu protèges malgré les remarques de Focus et Onmyoji, mais d'un point de vue strictement externe, sans même le connaître, sa démarche part d'une intention qui il est vraie est égoïste et ne te rend pas service.
Je pense qu’il faudrait justement d’abord connaître mon ami avant de pouvoir juger si son attitude envers moi est égoïste ou non, et le seuil de tolérance est variable selon chacun, sans parler de la définition même de ce mot.

Annah6878 a écrit :
10.04.21
Je ne comprends pas bien où il veut en venir en te faisant cette confidence. En connaissant ton histoire, et même sans avoir un tempérament manipulateur, il ne pouvait pas ignorer tes réactions.
Je n’attends pas d’un ami, même s’il connaît mon passé, d’être capable d’anticiper mes réactions affectives surtout si cet ami se trouve lui-même en état de détresse. Par contre j’aurais eu cette exigence avec un amoureux.

Annah6878 a écrit :
10.04.21
Penses-tu qu'une personne qui t'aime réellement voudrait que toi Saori tu ne construises pas ta vie et passe ta vie à jouer un rôle pour l'enfant d'une autre ?
Quand nous étions en couple et séparés par la distance géographique, il m'a dit presque mot pour mot que s'il devait mourir, il souhaitait que je poursuive ma vie de mon côté sans penser à lui.

Annah6878 a écrit :
10.04.21
J'en reviens au mot que tu refuses d'appliquer à ton cas, le "déterminisme". J'ai parlé de la théorie des styles d'attachement parce que tu as l'air d'avoir un très fort caractère, d'être une femme très forte et très courageuse mais peut-être que tu ne peux pas tout contrôler et que les clés de compréhension de la femme se cachent derrière ton enfance. Sinon tu n'es aurais peut-être pas parlé, et tu ne parlerais pas de cet enfant comme de l'enfant que tu as été. Je suis pas psy et franchement, j'y connais rien aux théories de behaviorisme ou de machin comportementaliste. Mais mon ressenti c'est qu'il y a des choses que tu ne maitrises pas autant que tu le voudrais.
Je ne refuse pas d’appliquer le principe de déterminisme à mon cas (j’ai bien conscience par exemple que le modèle maternel que j’ai eu ne m’a pas aidé à me forger une image positive d’une mère "suffisamment bonne"), c’est juste qu’il me dérange dans l’absolu car il renvoie à une forme de prévisibilité façon "démon de Laplace" où tout serait écrit, tel un destin si tu veux. Ça reviendrait aussi à dire que tout ce qui m’arrive est de la faute des autres (mes parents, et pourquoi pas grand-parents, et arrières grands-parents tant qu’on y est...).

Comme pour d’autres phénomènes biologiques, il doit y avoir une part de génétique et d’environnemental et une interaction entre les deux que seule une anamnèse, que l’on fait en psychanalyse par exemple, ne pourrait démêler.

Non mais encore une fois, la réalité du terrain, c'est soutenir ton ami. Et être consciente qu'il va peut-être voir dans ce réconfort une opportunité de retrouver un peu de stabilité dans une relation de confiance. Il t'a déjà fait quelques sous-entendu, mais t'as été bien lucide sur ça, je sais pas ce qu'on peut dire de plus!

Après, si je donnais mon interprétation de ce que t'écris, c'était aussi parce que le titre du sujet c'est "Questionnements sur l'amour, l'existence et la parentalité" et que ces sujets me questionnent aussi. :lol: :wink:

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