Citation:
Ce qu'il y a de plus dur pour un homme qui habiterait Vilvorde, et qui veut aller vivre à Hong Kong, c'est pas d'aller à Hong Kong, c'est de quitter Vilvorde. C'est ça qui est difficile. Parce qu'après Hong Kong, tout s'arrange. Il suffit d'avoir une santé et une folie et puis... Hong Kong est à la portée de tout le monde. Mais quitter Vilvorde, ça c'est dur...
Je connais un million de types qui vont écrire un livre. T'es bien d'accord. Oh, j'en connais... moi j'en ai rencontré un million dans ma vie. Des types qui disent : "Alors tu sais , encore deux ans... je vends des bretelles encore deux ans, hein, tu vois,... mais alors, en 73, j'écris un livre".
Et puis un jour on les rencontre en 73, et ils diront : " Moi, je continue à vendre des cornichons, tu vois. Je vis avec mes cornichons. J'ai une femme, j'ai deux enfants, j'ai un chat, j'ai une petite amie, ma voiture est vieille, je vends des cornichons jusqu'en 75 et en 75 j'écris un livre". Le livre étant le symbole de ça. Moi, je crois que, bretelles ou cornichons... quand on a envie de faire un truc, il faut plonger comme un fou, il faut le faire, quitte à se tromper. Je préfère me tromper, je préfère plonger moi, et je plonge. Qu'est-ce que ce sera ? Mystère et boule de gomme, hein.
Et tu sais pourquoi les gens ne font pas de chansons et tu sais pourquoi les gens ne chantent pas et tu sais pourquoi les gens n'écrivent pas de livres ? Parce qu'ils font autre chose à la place. Ce n'est que ça. La difficulté pour aller de Vilvorde à Hong Kong, c'est pas d'aller de Bruxelles à Hong Kong, c'est d'aller de Vilvorde à Bruxelles. C'est ça la difficulté.
Interview 1971 - Jacques Brel (1929 - 1978)