Cette opinion est renforcée par mon collocataire, qui me dit s'être livré à une étude détaillée de la faune du 15°. Le résultat est d'après lui très prommetteur et potentiellement riche en soirées intéressantes. Il me fait prommettre de venir le chercher le samedi à la fin de ses cours de prépa, afin de me confronter à la "parisienne", cible difficile s'il en est.
Samedi donc, je vois sortir avec un petit pincement au coeur nostalgique les étudiants dudit cours.J'ai presque le regret de n'avoir pas fait d'études, tant les filles sont mignonnes et me semble-t'il, abordables. Alors que le flot des étudiants se tarie, je vois mon pote sortir en grande discussion avec une HB assez hautaine. Alors qu'ils se rapprochent, je détaille celle qui fait battre le coeur de mon pote, ou plutôt qui lui fait chanter les testicules ( je le croyais alors)...
Grande,élancée, une poitrine très convenable, Margot est l'archétype de la petite bourgeoise dont tous les caprices ont l'habitude d'être satisfaits depuis sa naissance. Son aspect inabordable est renforcé par son air hautain qui vous dénigre sans cesse. Un quart de siècle au compteur et elle porte déjà un foulard Hermès et un sac Gucci dont elle ne voudra pas me dévoiler le prix. Les regards que les mâles lui lancent sont un dû et c'est en ce sens qu'elle se permet de faire des remarques désobligeantes sur l'outrecuidance de ces inconscients qui tentent l'approche visuelle et dont "le style vestimentaire n'est pas à la hauteur de leurs prétentions".Je me forge d'emblée une opinion : Margot donne toute sa définition au mot connasse, qui plus est connasse pédante.Après les présentations d'usage pendant lesquelles elle m'aura fait l'aumône d'un regard condescendant,je comprend que nous allons l'escorter jusqu'à un café près du jardin du Luxembourg pour y retrouver des amies et amis à elle ... Avant même de comprendre je me trouve embringué dans un plan foireux avec mon pote qui sourit comme un con... MAis bon faisant contre mauvaise fortune bon coeur, je décide d'y aller pour être cohésion avec mon pote et certainement me marrer un bon coup .
Néanmoins, à mon grand déplaisir je me sens attiré par Margot. Dans son système de valeurs je suis exactement tout son contraire.Mais ça à le mérite de faire de moi quelqu'un d'original pour elle, quelqu'un qu'elle ne pourra juger et cataloguer comme elle le fait d'habitude. Chemin faisant, et pendant qu'elle téléphone (elle a même une voix d'arrière gorge snobinarde...
Arrivés en vue du café, elle daigne me parler pour s'informer de mon métier afin de me présenter à son groupe. En l'entendant, je la vois manifester un certain intérêt, ce qui me conforte: Margot sera le nouveau champ d'experimentation de mes résolutions de séduction de 2006. Je décide d'adopter un style en complet décalage avec les idées reçues qu'elle véhicule. Pour me démarquer de certains de ses potes qui doivent avoir sûrement le même objectif que moi, je dois l'ammener en terrain inconnu et faire tomber tous ses repères afin de la rendre vulnérable, donc réceptive à mes avances.
Ses comparses ne me déçoivent pas : ils sont une petite dizaine à son image, comme fabriqués dans le moule. Pendant une heure et demi je les observe et les écoute me contentant seulement de répondre aux questions formelles que l'on me pose quand la conversation se tarie. Je m'imprègne de l'ambiance et de l'atmosphère, et tel le joueur de poker moyen j'épie Margot,à la dérobée, ses réactions, sa position dans le groupe. Néanmoins je ne peux éviter à un moment donné que la conversation se focalise sur moi, en la personne d'une copine qui joue à l'alpha du groupe :
Putain, mais où elles vont chercher tout ça?E: Il me semble t'avoir déjà vu, non...? (Je sens qu'elle se prépare à se foutre de ma gueule, escomptant sur 'limpunité féminine" qui l'autorise à sortir une connerie blessante pour ma pomme)
M: Je ne crois pas, ça m'aurait marqué ( réponse neutre, je peux rebondir là-dessus, en bien ou en mal)
E: Vu comment tu nous regardes (elle prend ses copines à témoin, dont Margot) depuis tout à l'heure, je suis sûre que tu serais du genre à suivre des filles comme nous dans les rues de Paris, la nuit...
Jeu, set et match. En une phrase assassine- méchante il est vrai- je me met les rigolards (les mecs ) de mon côté tout en intéressant malgré moi les filles. C'est la cerise sur le gâteau, je ne voulais que me débarasser d'elles en leur montrant que j'avais de la personnalité et de la répartie. S'ensuit un flot de question de ces demoiselles offusquées. N'ayant pas l'habitude d'être dévalorisées elles veulent comprendre. Ces nanas sont toutes vraiment mignonnes et pas mal de types doivent les courtiser, avec un talent dont je ne peux que, sans doute, espérer atteindre. Ordinairement elles sont sûres de leur beauté et de l'impression qu'elles sont en droit d'en retirer de la part des garçons. De plus, elles SAVENT que je dis ça uniquement en réaction à leur attaque, et elles savent que je sais qu'elles me plaisent ; je ne serais pas du genre à les suivre dans la rue tel le voyeur de base, mais si je les avais croisées elles m'auraient laissé un goût de regret dans la bouche. Mais elles veulent me l'entendre dire, avouer ma capitulation devant leurs charmes. Encore un mystère féminin. Elles sont intéressées par celui qui les fait se remettre en question, plutôt que par celui qui joue leur jeu. Néanmoins, je vois du coin de l'oeil que Margot a l'air offusquée, et me manifeste des signes d'intérêts visuels. Etant pour le moment en pleine zone de confiance je lui en fais la remarque:M: je ne crois pas
E: Et pourquoi? me demande une autre.
M: Primo, je ne pense pas que vous ayez l'autorisation parentale de sortir le soir seules, jeunes filles...
Filles offusquées: C'est con ce que tu dis là -je rsynthétise leurs propos-( je vois que les mâles de l'assistance esquissent quelques sourires de conivence masculine).
M (continuant imperturbable) : et secundo je suis au regret de vous dire que j'ai...(attention du groupe)... du goût. Ce qui exclue donc que je vous poursuive.
Après avoir salué tout le monde, je laisse seul mon pote dans le groupe, où il est -bien mieux que moi- intégré. Je me débrouille tant et si bien que je franchis la porte d'entrée -qui est devenue porte de sortie- simultanément avec ma cible. Chevaleresquement je m'efface pour la laisser avoir la primeur du crachin parisien qui s'est mis depuis peu à tomber, et qui noit le paysage dans un fin brouillard liquide.Malgré tout et alors qu'elle déploie son parapluie ( dont je ne me rappelle plus la marqueM: Ne le prend pas mal Margot, je plaisantais . Je me doute bien qu'à ton âge tu as la permission de sortir, qui sait peut-être même jusqu'à 23 heures...
Mgt: C'est ridicule et infantile ce que tu dis (je me dis avoir merdé, mais le vin est tiré, il faut le boire)
M:Je me doute, je me doute. Non c'est vrai que devant tant de félicités (geste englobant les chieuses) je pourrais vous pister une bonne partie de la nuit.
D'ailleurs, si le coeur vous en dis, on peut se retrouver ce soir vers 22h00 pour pas rentrer trop tard, et se livrer à un petit jeu de piste? Surtout que la nuit sera tombée...
[gloussements]
Mgt: J'occuppe autrement mes soirées. Désolé pour ta libido.
M (la voyant commencer à ranger ses affaires dans son sac): elle s'en remettra.Bon, je vais devoir y aller, j'ai d'autres postulantes à poursuivre.
Cette fille est trop forte. Elle ne connait pas le chemin, je vais faire le guide, mais elle ne va pas me suivre... non, non, non, c'est moi qui vais l'accompagner. Vue la différence? C'est à de telles tournures de phrases que l'on peut se dire que le combat va être beau, haletant, et l'issue, incertaine.M: on ne connait plus son chemin?
Mgt: C'est seulement que je dois aller à .... (Bref une boutique dans un monastère dans une rue qui, me semble t-il, se trouve près de Denfert -Rochereau.)
M(prenant l'air du bon samaritain): Si ma présence ne t'offusque pas trop, et dans un souci de te faire connaître la ville de Paris -dont je suis membre du syndicat d'initiatives-, je veux bien te poursuivre jusqu'à Port-Royal (grand sourire).
Mgt: Tu as pas dis que tu devais aller ailleurs, tout à l'heure?
M ( la rapprochant de moi, et mettant un doigt en travers de ma bouche) : ne le répète à personne, mais j'avais envie de partir. Je voulais pas prêter le flanc à une nouvelle attaque de tes amies. Et qui sait peut-être vous aurais-je attendues caché derrière un arbre ou le bout de cette rue (lui montrant l'emplacement de ma cachette présumée de pervers (présumé aussi)
Mgt : C'est vrai, elles peuvent être chiantes des fois (solidarité féminine...). C'est entendu, je veux bien que tu m'accompagnes.
En ramenant ainsi tout à elle, je crois qu'elle essayait de me mettre dans la situation dont elle a l'habitude, celle où c'est elle qui est le prix et le but de toute action d'autrui à son égard. En dévoilant ainsi, partiellement, mon intérêt poour elle, je craignais d'avoir été imprudent. J'allais voir si la suite allait me donner raison.