Discussion

L'intuitif dans les relations sociales avec Bourdieu.

Note : 9

le 04.06.2016 par oHreN

4 réponses / Dernière par FK le 08.06.2016, 19h11

[Warning: Ce post risque de comporter pas mal de concept que certain qualifieront de branlette intellectuelle]

Il y a quelques jours, une idée m’a traversée l’esprit et je me suis dit que ça valait le coup de la partager ou du moins de la soumettre à la réflexion.

Si vos yeux fonctionnent correctement, vous avez sûrement lu “Bourdieu” dans le titre du sujet. Ce bonhomme est un sociologue, je vais lui emprunter quelques concepts que je vais présenter dans les lignes qui suivent. Si tu connais déjà son travail saute le paragraphe suivant!

Un des concepts de Pierre Bourdieu est l’idée d’"habitus”.
Qu’est-ce que c’est ?
C’est, je cite “des structures structurées prédisposées à fonctionner comme structures structurantes “.
Concrètement on baigne constamment dans des structures et des champs sociaux (familles, système judiciaire, promotion d’une école), ceux-ci sont structurés par des normes, et en se socialisant, on intègre cette forme de grammaire qui nous permet de communiquer dans ce milieu, et de ce fait on participe donc à la structure, on devient donc “structurant”.

(Bourdieu incorpore beaucoup de notions de domination, violence symbolique etc. etc. avec justesse je trouve, cependant ce n’est pas mon propos ici)

Ça me fait une belle jambe tout ça me direz-vous, vous allez voir, je vais y venir.

Pendant mon adolescence, je n’étais pas très doué pour les rapports entre humains, ce n'était pas naturel pour moi. Lorsque j’ai commencé à me remettre en question vers la classe de 1re, j’ai découvert FTS, qui fut pour moi une véritable source d'informations. J’avais à ma disposition plein d’info pour comprendre comment me socialisé ! Alors j’ai appris, et je l’ai mis en application. Ça a fonctionné et aujourd’hui je suis un jeune homme extraverti avec de supers amis et j’ai appris à adorer les relations entre être humains.

Les normes sociales qui me paraissaient d’être d’origine extraterrestre me sont aujourd’hui intuitives et naturelles, et même si j'apprécie de comprendre les mécanismes sous-jacents aux interactions sociales, je peux complètement me mettre en mode pilote automatique et vivre l’instant présent.

Certains verront sûrement là où je veux en venir avec le père Bourdieu. En quelques mots, j’ai forgé consciemment une forme d’habitus qui me permet de me mouvoir à l’aise dans les relations sociales.

Je trouve que ce principe, on peut aussi l’extrapoler à la séduction et que ça fait écho à la vision de Blusher qui cherche à creer des rapports funs et spontanés entre deux individus. Les conseils sont là pour guider l’élève vers la formation d’un habitus.
Encore plus simplement, on décrypte les normes, puis on les pratiques pour qu’elles soient intuitives.

Et alors ?

Décrypter les interactions ne fait pas de vous des robots sociaux quand la finalité est d'intégrer cette grammaire pour vous permettre d'avoir de réels rapports sains et intuitifs -dans la séduction entre autre-.

Autre idées qui émanent de cette réflexion:
Ce qui est cool à les décrypter c’est qu’on prend conscience aussi de leur d’arbitraire, on se dit que “c’est le jeu et que ce n'est pas si mal comme ça”, mais comme on a du recul dessus et qu’on sait comment elles fonctionnent et bien ersonnellement ça me donne plein de bienveillance envers ceux qui ne les maîtrise pas.

La notion de DHV où DHL fait écho à cette vision bourdieusienne puisque selon lui l’habitus renvoie aussi à des critères qui hiérarchisent les individus d’un groupe social. Critères intégrés par les individus de ce même groupe social.




Disclaimer: Mon approche pourrait être plus fine, mais par peur de tomber dans l'abscons, j'ai préféré effleurer les concepts ci-dessus.

Iskandar: C'était tout simplement une réflexion personnelle, et je souhaitais avoir vos points de vues la dessus. (j'ai rajouté un "et alors ?" pour conclure)
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [0] Tout ça pour dire quoi ? le 05.06.16, 02h24 par Iskandar
  • [+3] Developpe stp le 05.06.16, 18h22 par FK
  • [+1] Intéressant le 05.06.16, 18h40 par Thedaze
  • [+2] Intéressant le 06.06.16, 09h28 par mistermint
  • [+1] Intéressant le 08.06.16, 21h21 par Allandrightnow
Et puis il est difficile de parler d'un quelconque habitus fruit d'une structure structurée faisant office de structure structurante sans invoquer la notion de champ :)
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [0] lol le 06.06.16, 16h18 par Nonchalance
Complètement, mais faire un gigantesque pavé, qui plus est encore en maturation dans ma caboche, en guise de premier post réel sur FTS, mouai. Je préfère prendre mes repères.
Néanmoins la grande majorité de l'oeuvre de Bourdieu est tourné vers le dévoilement des rapports de domination, et développer encore m'aurait embourbé dans une quantité ingérable de questions.

Je vais développer quand même:

Il y a d'autre concept chez Boudieu, notamment celui de champs:

Un champ, c'est un groupe social où vous évoluez, avec ses enjeux, ses codes et sa hiérarchie particulière. Prenons un patron de PME, son poste lui confère une highe value dans les milieux qu'il fréquente peut-être, mais sera bien moins considéré dans un champ composé d'artiste à Paris. Chaque champ à ses règles et ces dernières servent à juger les individus. Les règles ne valent d'ailleurs que si les individus les font exister en jugeant les autres membres à travers ces dernières.
Bourdieu considère la socio comme un sport de combat, en dévoilant les mécanismes et les règles on peut espérer s'en extraire, ou du moins prendre du recul sur elle.

Une autre idée est celle de violence symbolique:

On l'a vu dans un champ, il y a des règles, portées par les composantes du champ sous forme d'habitus. Et bien les violences symboliques sont tous les éléments qui par leur symbole expriment la domination des individus.

La phrase "si à 50 ans on n'a pas une Rolex, c'est qu'on a raté sa vie" est une base pour illustrer mon propos.
La Rolex est un symbole de réussite, qui ne sert grosso modo qu'a ça. Je ne vais pas lancer la polémique quoi que je viens de sauter dedans à pieds joints au risque de contrarier certains amateurs de montres, mais pour beaucoup de gens une Rolex perd de sa valeur quand le logo disparaît. Donc on achète littéralement un symbole, une possibilité de montrer aux autres que l'on a réussis (selon les critères du champ de la société consumériste). Et bien une violence symbolique c'est ça.
1) On fait parti du champ de la société consumériste.
2) On se forge un habitus lié à ce champ.
3) Comme on a intériorisé ces valeurs-ci, on les reconnait et on se juge sois même inférieur à celui qui a une rolex .
4) On se soustrait à cette violence en devant sois même un dominant.

L'exemple de la Rolex est trivial puisqu'une simple remise en perspective dès ses priorités suffies pour se rendre compte que ça fait mal aux portes feuiller, mais c'est applicable à beaucoup de choses, surtout ce que l'on désire de manière irrationnelle.

Enfin dernier concept important selon moi et qui a quelque chose à voir avec FTS, c'est le sens pratique:

C'est simple, c'est la possibilité d'intuitivement évoluer dans un champ grâce à la compréhension consciente ou non de comment se mouvoir dedans. C'est ce que j'expliquai dans mon poste précédent. On pourrait faire l'analogie avec le dessin. Avec l'entrainement, on parvient à dessiner intuitivement, la création n'est pas hésitante, et l'impro se ferait presque d'un claquement de doigt. On a, à force d'effort, intégré la grammaire, les codes qui permettent de communiquer à travers le dessin. Et j'expliquai que j'avais fait de même avec les relations sociales.
J'aime bien l'idée de théoriser les relations sociales mais je ne vois pas trop comment tirer profit de cette notion d'habitus, en gardant son sens bourdieusien. La grammaire n'est pas un champ, l'art est un champ, traditionnellement opposé au champ commercial par exemple, bien qu'en train de changer (en ce sens un champ est un sous-monde relativement autonome mais pas hermétique au monde extérieur). Je ne vois pas comment on peut définir la séduction comme un champ ? La séduction est justement anti-champ, anti-sous-monde en ce qu'elle fait partie de tout monde.

Par ailleurs, l'habitus est clairement culturellement construit alors s'il est vrai que la drague joue avec les codes sociaux et le dragueur doit donc également les maîtriser, il n'empêche que la séduction implique une grande part de désapprentissage plutôt que d'apprentissage, d'initiation.

A mon avis on se retrouve comme d'habitude avec Bourdieu au pire à enculer des mouches, au mieux à enfoncer des portes ouvertes. Par contre la discussion reste intéressante et ton initiative louable. Merci de ta contribution.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [0] C'est pas faux le 06.06.16, 16h15 par Jalapeno
  • [0] 100% d'accord le 06.06.16, 17h00 par Mr.Smooth
  • [0] +1 le 06.06.16, 17h12 par oHreN
  • [+1] A lire le 08.06.16, 21h22 par Allandrightnow
  • FK King in the North
  • Score : 3176 - 36 ans - MBTI: CHAT
Moi je trouve qu'au contraire, avoir une conscience aigue de la notion de champs et d'habitus, que les rapports sociaux sont régis par des codes, des règles tacites, que tout est regards et jauges, que les barêmes chagent selon le contexte, ça ne peut qu'aider à affûter son game.

Les pires débiles sont ceux qui pensent et agissent monolithique, sans comprendre que tout est nuance.

Et pouvoir mettre des mots aussi précis que ça là dessus, au lieu de rester avec de vagues conceptions, c'est puissant, ça ouvre des portes dans l'esprit.
    Notes et commentaires reçus par ce post :
  • [+1] A lire le 08.06.16, 21h23 par Allandrightnow